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La Chine des Tang, entre troubles et sérénité
Danielle Elisseeff
Ancienne chercheur à l'EHESS et chargée de cours à l'Ecole du Louvre

Au cours de sa longue histoire, la Chine connut plusieurs périodes d'apogée. Si l'on exclut la période des empereurs mythiques qui servaient de référence à Confucius, on peut retenir cinq grandes dynasties qui donnèrent à la Chine un rayonnement exceptionnel : les Han de 206 avant J.-C. à 220 de notre ère, les Tang de 618 à 907, les Song de 960 à 1279 qui furent supplantés par les Yuan, d'origine mongole, qui régnèrent jusqu'en 1368 et enfin les Ming, jusqu'en 1642… Les amateurs d'art connaissent bien le classicisme flatteur et raffiné du style Tang, les céramiques Trois Couleurs, les merveilleux verres soufflés et les rouleaux peints qui atteignent pour la première fois la perfection. D'autres évoqueront la place prééminente prise alors par le bouddhisme qui avait été introduit au cours des siècles précédents mais qui prend alors en Chine une couleur si originale… Mais l'époque des Tang fut aussi marquée par plusieurs phases d'expansion vers l'ouest et la multiplication des contacts avec la Perse et la rencontre avec l'islam.

Durant près de trois siècles après la chute de la dynastie des Jin, le pouvoir en Chine s'émiettait entre les dynasties nationales du Sud et les royaumes barbares du Nord. En 590, les Soui réussissent à rétablir l'unité de l'empire, mais ils n'étaient pas appelés à une longue gloire…

L'agent du destin, au début du VIIe siècle, est Li Yuan (565-635), un général au service de la dynastie des Sui (581-617) – celle-ci vient, en 589, de réunifier l'empire après plus de trois siècles de fragmentation en unités régionales. De son quartier général de Taiyuan (Shanxi), Li Yuan garde les frontières, entretenant de précieuses relations, et même des rapports de parenté, avec les tribus turques établies à proximité. Quand l'un de ses fils, Li Shimin (598-649), le convainc en 617 d'agir contre l'empereur, Yangdi (règne de 604 à 617), les deux hommes, forts de leurs appuis, entrent en rébellion, marchent vers le fleuve Jaune, prennent la capitale et chassent le souverain. Li Yuan est proclamé empereur en 618 et ils choisissent le nom dynastique de Tang. Ils s'installent à Chang'an (l'actuelle Xi'an), renouant comme leurs prédécesseurs avec la légende des Han dont la capitale, en ruine déjà depuis trois siècles, se dressait là autrefois – dans la vallée de la rivière Wei, au débouché des couloirs de lœss qui conduisent vers les territoires de l'Ouest et l'Asie centrale. Les circonstances, cette fois-ci, sont particulièrement favorables : depuis la réunification du pays, la région, trop longtemps coupée des ressources de Chine du Sud, se régénère enfin. Elle va pouvoir bénéficier des marchandises convoyées par le Grand Canal dont l'aménagement avait été entrepris en 605 sous le règne de l'empereur destitué. Les Tang poursuivront cette œuvre vitale.

Organisation administrative et réforme agraire

Dès leur arrivée au pouvoir, en 619, leur premier soin est d'appeler à verser l'impôt, sous forme des grains que récoltent les hommes, des étoffes que tissent les femmes, des corvées effectuées pour la communauté – simples travaux de voirie ou service militaire. Puis, en 624, ils engagent une réforme de grande ampleur afin de répartir les terres productives en fonction d'une « égalisation des champs » ou juntian. Le système, imposant la rotation régulière de parcelles attribuées à titre temporaire, repose sur la conviction que le sol n'appartient à personne, puisqu'il est un don de la nature. Ce plan, dont les lettrés nourris de pensée confucéenne dissertent depuis des générations, n'est pas une invention récente ; il a déjà été testé à la fin du Ve siècle en Chine du Nord par les Wei Septentrionaux (386-535), une dynastie d'origine étrangère. Ces dispositions répondent à un souci d'égalité : il ne faut pas que les mêmes profitent toujours des emplacements fertiles, tandis que d'autres vivent chichement sur des surfaces arides. Des portions consacrées aux cultures annuelles sont donc attribuées à chaque famille, en fonction du nombre de bouches nourrir, mais à titre précaire ; on maintient à côté certains lots – dits perpétuels et transmissibles par héritage – réservés aux plantes à croissance lente, comme les arbres fruitiers et les mûriers. Difficile à mettre en place, le système connaîtra un succès mitigé et ne survivra pas à l'explosion de violence secouant le pays au milieu du VIIIe siècle. Il se révélera même inapplicable en Chine du Sud, où les rizières irriguées exigent des investissements étalés sur plusieurs générations. Mais il semble que cette pratique ait fonctionné pourtant mieux, en certains endroits, et plus longtemps qu'on ne le dit parfois.

Le code juridique des Tang

Cette même année 624, les Tang dotent aussi la Chine d'un outil juridique précieux et durable : une collection de textes qui, révisés en 627, puis 637 et pourvu d'un commentaire en 653, constituent le code des Tang. Adapté au fil des siècles, ce dernier restera en usage jusqu'à la proclamation de la République, en 1912 ! Enfin, l'administration, organisée en quatre départements, rappelle à ses fonctionnaires qu'il leur appartient de composer des monographies locales ou fangzhi : de longs rapports que les préfets envoient chaque année au trône, afin de rendre un compte minutieux de l'état de leur circonscription. Ces fangzhi sont aujourd'hui la providence des historiens. Deux ans plus tard, en 626, un drame éclate à la cour : Li Shimin tue ses frères qui conspiraient contre lui et destitue son père ; lorsque ce dernier mourra en 635, il lui décernera, en relevant une terminologie Han, le nom posthume de Gaozu, le « Grand ancêtre ».

Les débuts de l'expansion

Li Shimin règne ainsi de 626 jusqu'à son décès en 649. Il reçoit alors le nom posthume de Taizong. Son temps est celui de la découverte : de l'étranger, des territoires, des doctrines, des hommes qui les propagent et des textes qui les pérennisent. En 629, le plus célèbre des moines bouddhistes et pèlerins chinois, Xuanzang (602-664), quitte Chang'an pour aller, par la route des oasis, chercher des écritures sacrées en Inde. Il reviendra en 645. Est-ce un hasard si, quelques mois plus tard (630), les troupes impériales s'engagent à leur tour en Asie centrale ?

À la fin de la décennie suivante (640), Tourfan – on disait alors le royaume de Gaochang –, la plus belle et la plus grande oasis du désert, passe sous contrôle chinois. Des fonctionnaires envoyés de la métropole s'y installent. Attirés par les espoirs d'une vie meilleure, les déracinés que le chômage a chassés des pays voisins affluent. Les autorités leur fournissent des autorisations et des contrats pour travailler en Chine, en des lieux et dans le cadre d'emplois définis par les papiers officiels qui leur servent de sauf-conduits et leur permettent d'entrer dans l'empire. Ces présences étrangères y deviennent rapidement si importantes qu'elles contribuent grandement à son enrichissement et au raffinement de la vie qu'on y mène, tout en suscitant un certain nombre de difficultés. C'est ainsi que vers 631 se crée un bureau pour gérer les biens des Mazdéens, tandis que des Nestoriens, venus d'Iran, s'installent à leur tour. La capitale chinoise brille jusqu'au Moyen-Orient comme un refuge pour les hommes persécutés ailleurs à cause de leurs convictions religieuses. Et la renommée de la Chine gagne l'Occident : en 643, une ambassade byzantine se présente à la capitale. Mais l'empereur ne regarde pas seulement vers l'Ouest ; il songe aussi à son voisin immédiat de l'est, la Corée, qui était alors divisée entre les trois États antagonistes du Koguryö, du Paekche et du Silla. En 644, l'armée chinoise se lance donc contre le plus puissant d'entre eux, le Koguryo, et l'attaque à la fois par terre et par mer.

La consolidation des acquis

Succédant à Taizong, Gaozong, qui règne de 649 à 683, suspend ces campagnes coûteuses qui, à ce moment, marquent le pas. Mais les expéditions reprennent en 655. Les Chinois jouent habilement, dressant chacun des trois protagonistes les uns contre les autres. En 668, au terme d'un long processus, leur intervention permet d'unifier la Corée sous l'autorité du Silla. Ces campagnes ne freinent pas pour autant les engagements en Asie centrale : les Chinois établissent en 658 un gouvernement général dans l'oasis de Kucha, à l'occident de Tourfan. En 679, les armées chinoises reprennent leur avancée. Elles occupent une oasis sur le territoire de l'actuel Kirghizistan : ainsi, elles ont contourné le désert et pris pied sur les contreforts himalayens.

Une éphémère dynastie féminine

Lorsque Gaozong sent venir sa fin, il lègue de grands pouvoirs à sa compagne, l'impératrice Wu, qui avait déjà charmé son père et dont il apprécie l'intelligence : cette femme paraît tellement plus brillante que l'héritier du trône ! Ce dernier, Zhongzong, règne à peine un an (683-684) et l'on murmure déjà qu'avec lui le sang des pionniers s'est perverti. En fait, il y a beau temps (depuis 660) que l'impératrice Wu exerce un rôle politique majeur. En 684, elle démet l'empereur et dirige à sa place. Six ans plus tard, elle prend le nom de Zetian ou « conforme au Ciel » et déclare fonder une dynastie, nommée Zhou ; dès lors le pouvoir sera exercé et se transmettra par les femmes. Jamais personne n'a osé franchir un tel pas, et si nombre de femmes ont joué un rôle important à la cour, elles sont toujours restées « à leur place », celle de mère – fût-elle tyrannique – d'un enfant choisi pour héritier par l'empereur régnant. Wu Zetian, elle, règnera personnellement et en son seul nom de 690 à 704, juste avant sa mort. Pour échapper aux groupes de pression puissants à Chang'an, et pour mieux vivre son nouvel engagement en faveur du bouddhisme dont les tenants semblent approuver ses projets, elle transfère la capitale à Luoyang en 690. Afin de matérialiser son pouvoir, elle y fait couler, en bronze, d'abord des piliers en 695, puis en 697, neuf énormes tripodes – identiques à ceux qui, selon la tradition, auraient été perdus par le Premier Empereur au IIIe siècle avant notre ère. Ils étaient les symboles, depuis l'Antiquité, du mandat accordé par le Ciel à une dynastie, c'est-à-dire de l'aptitude de celle-ci à régner. Or aucun terrible phénomène ne vient détruire les chaudrons de Wu : le Ciel semble accepter le principe d'une dynastie féminine. Cette impératrice mégalomane et effrayante veut aussi favoriser le savoir. Elle met en place, par exemple, à partir de 692, de nouveaux processus de recrutement par examen des fonctionnaires. Mais elle meurt assassinée en 704. La nouvelle sitôt connue, les sicaires de Zhongsong, qui retrouve enfin son trône après vingt ans d'éclipse, exterminent le clan de Wu Zetian.

La restauration masculine

Après de violentes péripéties, les femmes sont déclarées inaptes à régner. L'autorité éclairée de Xuanzong, qui règne de 712 à 756, donne à l'empire un rayonnement incomparable. De multiples ambassades se présentent, telle celle qui vient du Japon en 724. Les cultures, les religions, les formes de pensée les plus diverses du Vieux Monde s'acclimatent dans une Chine qui est à la fois confucéenne, taoïste et bouddhiste : c'est à ce moment, par exemple, que naît et s'affirme le célèbre courant bouddhiste Chan dont le fondateur, Huineng, meurt en 713. L'heure est aux poètes – les plus célèbres que la Chine connut jamais, Li Bai (701-762), Du Fu (712-770) –, aux philologues qui, dans le sillage de Kong Yingda (574-648), se lancent dans la critique des textes confucéens, aux intellectuels qui réfléchissent sur le sens de l'histoire (Liu Zhiji, 661-721).

Le poids de la périphérie

La splendeur de la cour cache cependant un drame latent : le gouvernement ne contrôle pas sa défense. Un général d'origine étrangère, An Lushan, responsable des armées du Nord, veille (742) sur la sécurité de l'empire en ses flancs les plus exposés. Il est militairement parlant le vrai maître du pays, alors même que les peuples non Chinois d'Asie centrale, auxquels il appartient par sa naissance, commencent à constituer des communautés importantes et forger leur identité. Les Ouigours, notamment, se sédentarisent au Xinjiang oriental à partir de 744 et au Gansu. Et l'expansion chinoise n'est plus qu'un rêve : les Arabes écrasent en 751 l'armée impériale entraînée très loin de ses bases, sur la rivière Talas, au Kirghizistan. Les Arabes n'avanceront pas vers l'est, mais l'influence de l'islam gagnera dès lors, de proche en proche, l'Asie centrale, puis l'ouest chinois ; le bouddhisme y reculera très lentement mais inexorablement.

Une cassure irrémédiable

Peu à peu une rivalité s'installe entre le clan d'une dame Yang, dont l'empereur Xuanzong s'est follement entiché, et An Lushan. L'affaire prend un tour dramatique : en 755, An Lushan trahit le souverain, dirige ses troupes contre lui. Il envahit la vallée du fleuve Jaune, pille les villes et Chang'an plus qu'aucune autre, s'empare des trésors impériaux, puis se proclame empereur (756). Xuanzong s'enfuit au Sichuan en compagnie de son grand amour. Sa garde personnelle lui promet fidélité, mais exige qu'on pende la dame, rendue responsable des malheurs du pays. L'empereur pleure et laisse faire, pour retrouver son trône – et meurt l'année suivante. An Lushan tombe à son tour, assassiné (757). Son parti, cependant, vit toujours : un autre révolté, Shi Siming, prend la relève. Il s'en faut de peu que les Tang ne disparaissent.

Repli en Asie centrale

Le nord de la Chine se trouve entre les mains de mutins ou de chefs militaires qui captent l'impôt à leur profit. Seules les rentrées venues de Chine du Sud arrivent encore. Le gouvernement tente de redresser la situation, institue, comme les Han l'avaient fait jadis, un monopole du sel (758), très lucratif. Mais des pirates arabes et persans pillent Canton, préfigurant l'arrivée des Ouigours qui mettent Chang'an à sac (762). Les Tibétains suivent le même chemin quelques mois plus tard. C'est seulement lorsqu'ils quittent la ville que l'empereur d'alors, Suzong (756-762), ose y rentrer, en fait pour y mourir. Les années suivantes alignent les combats contre les uns et les autres, parfois gagnés en ralliant habilement les Ouigours contre les Tibétains (765). Mais de tels alliés ne se manipulent pas aisément : quelques années plus tard (772) des envoyés ouigours créent tant d'incidents à Chang'an, que le gouvernement leur interdit (779) de s'habiller à la chinoise. Et lorsque les Tang signent un traité de paix avec les Tibétains (787), ces derniers n'hésitent pas à placer sous leur contrôle (790) la région de l'actuelle Urumchi. Trente ans plus tard, au moment où les Tang reconnaîtront leur indépendance (821), ils occuperont le Gansu, bloquant le passage vers l'Asie centrale.

Difficultés budgétaires

Entre temps, le gouvernement dépense des trésors d'ingéniosité pour trouver de l'argent : en 780, il établit « l'impôt double » calculé à partir des propriétés foncières et portant sur les deux récoltes de l'année, celle de l'été et celle de l'automne. L'impôt foncier restera, jusqu'à la fin de l'empire, au début du XXe siècle, la première source des revenus de l'État. Si ce dernier ne cesse de s'appauvrir, il existe en revanche des îlots de prospérité : les monastères bouddhiques. Exemptés de tout impôt car ils s'étaient généralement implantés sur des terres jugées impropres à la culture, ils ont su développer diverses activités économiques lucratives ; de plus, les particuliers leur concèdent, depuis des générations, d'importantes donations. Il y a donc des ressources à trouver chez eux. Enfin, l'esprit général est en train de changer. Un fort courant de retour vers les formes de pensée et de religion traditionnelles chinoises se fait jour, incarné notamment par le haut fonctionnaire et philosophe Han Yu (768-824), chantre des valeurs confucéennes. La décision est prise en 845 : l'État ordonne la destruction des temples, à l'exclusion d'un par circonscription, et fait main basse sur leurs biens. En 846, un empereur nouvellement intronisé a beau adoucir les mesures prises par son prédécesseur, jamais le clergé bouddhique ne retrouvera la puissance et la richesse qui avaient été la sienne au cours de la première période de la dynastie des Tang. Est-ce un effet de cette manne qui assure pour un temps l'intendance ? Les Chinois chassent en 851 les Tibétains de Dunhuang, rouvrant ainsi la route nord du désert. Mais la situation intérieure, minée par le jeu des multiples réseaux et factions, notamment ceux des eunuques, se dégrade d'année en année.

Chute d'un gouvernement, triomphe d'une culture

En 878, Huang Chao, un lettré qui a échoué au doctorat, entre en rébellion, puis se proclame empereur en 880. Le général Li Keyong, grâce à l'aide des tribus turques, vole au secours des Tang et écrase les rebelles (883-884). En vain. Chang'an sombre dans l'anarchie et l'empereur Zhaozong s'enfuit en 895. Ramené de force au bout de huit ans, il assiste impuissant au massacre des eunuques tandis que déjà commence le morcellement de l'empire. Son successeur, l'empereur Ai, abdique en 907.

Par-delà ces drames, cependant, les Tang ont fait rayonner leur nom à travers tout l'Extrême-Orient. C'est à leur cour ou sous son égide que s'est épanouie, par exemple, la réflexion sur les rapports entre texte et peinture, que sont nées de nouvelles formes musicales et poétiques, qu'ont été développées d'innombrables techniques – d'orfèvrerie, de céramique – et que les routes, terrestres ou maritimes, ont commencé à intégrer définitivement la Chine à la marche du monde.

Danielle Elisseeff
Septembre 2003
 
Bibliographie
La Civilisation de la Chine classique La Civilisation de la Chine classique
Danielle et Vadime Elisseeff
Les grandes civilisations
Arthaud, Grenoble, 1987

Le Monde chinois Le Monde chinois
Jacques Gernet
Armand Colin, Paris, 1999

Anthologie de la poésie chinoise classique Anthologie de la poésie chinoise classique
Edition sous la direction de Maurice Coyaud
Les Belles-Lettres, Paris, 1996

Histoire de la Chine : les racines du présent Histoire de la Chine : les racines du présent
Danielle Elisseeff
Éditions du Rocher, Monaco, 1997

Histoire de Ngan Lou-chan Histoire de Ngan Lou-chan
Robert des Rotours
PUF, Paris, 1962

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