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L'École française de Rome
André Vauchez
Ancien Directeur de l'Ecole française de Rome
Membre de l'Institut

C'est en 1829 que fut créé à Rome l'Institut de correspondance archéologique. Il réunissait dans la capitale des États pontificaux des savants de tous pays qui avaient fait de la Rome antique l'objet de leurs études. Parmi ceux-ci, à côté des spécialistes allemands qui en étaient l'élément moteur, les Français jouèrent un rôle qui n'était pas mineur. Cependant Rome n'était encore pour beaucoup qu'une étape vers Athènes et vers l'étude de la Grèce antique, modèle culturel des hommes du XIXe siècle. L'Institut de correspondance archéologique, véritable communauté européenne d'intellectuels avant la lettre, ne survécut pas à la guerre franco-allemande : en 1871 il devint l'Institut archéologique allemand. En 1873, le gouvernement français créa à Rome une section romaine de l'École d'Athènes, qui devint deux ans plus tard l'École française de Rome et installa ses locaux au second étage du palais Farnèse, le partageant avec l'ambassade de France près du Quirinal. Désirant mieux connaître cette prestigieuse institution, nous nous sommes adressés à son directeur, André Vauchez, membre de l'Institut.


L'École française de Rome a pour mission de développer la recherche et la formation à la recherche sur toutes les civilisations qui se sont succédé en Italie ou dont Rome a été le centre de rayonnement, de la préhistoire à nos jours. Sa vocation centrale est constituée par l'histoire et l'archéologie. Mais depuis sa création, elle n'a cessé d'évoluer : elle fait largement appel à toutes les disciplines voisines, de la philologie à l'histoire du droit, et s'est ouverte aux sciences sociales. Sa diversification, son ouverture croissante vers l'Italie et vers l'Europe, le renforcement des moyens techniques mis au service de la recherche, sa modernisation alliée à une tradition d'érudition qui ne s'est jamais démentie, sont autant d'éléments qui en font aujourd'hui un acteur essentiel de la recherche archéologique et historique française en Italie.


L'École française de Rome est un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel dépendant du ministère de l'Éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Elle est dirigée par un directeur nommé pour cinq ans, choisi parmi les professeurs d'université exerçant leurs fonctions dans les domaines scientifiques qui relèvent de l'institution. Ce dernier est assisté sur le plan financier par un agent comptable exerçant les fonctions de chef des services économiques. Elle occupe les locaux du second et d'une partie du troisième étage du palais Farnèse, aménagés autour de la bibliothèque. En outre, depuis 1974, elle dispose d'un immeuble situé au 62 de la Piazza Navona qui abrite les services de l'administration et des publications, un laboratoire d'archéologie, une salle d'exposition, des salles de conférences et les logements réservés aux professeurs invités et aux boursiers.


Une organisation au service de la recherche


Les activités scientifiques de l'École française de Rome sont coordonnées par le directeur de l'établissement et se développent dans trois sections – Antiquité, Moyen Âge et époque moderne et contemporaine, à laquelle se rattachent les sciences sociales – sous la responsabilité de directeurs des études.


Chaque section est constituée d'un directeur des études, de son secrétariat et de membres : huit en Antiquité, quatre en Moyen Âge, six en histoire moderne et contemporaine, dont deux en sciences sociales. L'organisation en sections constitue un moyen de spécialisation et d'efficacité accrues, mais elle n'implique pas un cloisonnement de l'institution. La mise en place de programmes « transversaux », réunissant autour de thèmes communs les spécialistes de périodes différentes – projet Mégapoles méditerranéennes, projet en cours sur l'espace, l'homme et le sacré… – en témoigne.


La section d'histoire ancienne : de la Grande Grèce à l'Empire romain


La section d'histoire ancienne forme le noyau autour duquel s'est développé l'établissement. Dès 1875, autour de l'archéologie, ce sont la philologie latine, le droit romain, l'histoire politique, religieuse, sociale et économique de l'Italie et du monde romain qui constituent les domaines de recherche de ses membres. Ses compétences couvrent un arc chronologique qui va de la préhistoire à l'Antiquité tardive, sur une aire géographique étendue puisqu'elle touche l'ensemble de la zone d'influence de Rome.


Aujourd'hui, la section Antiquité intervient à des degrés et à des stades divers sur une dizaine de chantiers de fouilles, situés pour la plupart en Italie. Elle prend, en concession ou en collaboration avec les surintendances archéologiques italiennes, une part active à une demi-douzaine de chantiers : à Rome même (Vigna Barberini, sur le Palatin, Villa Médicis et Trinité-des-Monts sur le Pincio), dans le Latium (Musarna, près de Viterbe), dans le Frioul (Aquileia, dans la province d'Udine, en collaboration avec l'université de Trieste), en Campanie, à Paestum (avec le Centre Jean Bérard, l'Istituto universitario orientale de Naples, l'Istituto per il Catalogo et la Surintendance archéologique de Salerne), en Basilicate, à Tricarico (province de Matera). Elle dispose d'un laboratoire d'archéologie où le matériel des chantiers de fouilles est catalogué, traité puis dessiné en vue de la publication.


La section d'histoire médiévale : des manuscrits du Vatican à l'étude de la culture matérielle


L'histoire du Moyen Âge a constitué, dès la naissance de l'école, un point fort de l'érudition française en Italie. La proximité du Vatican et de ses trésors archivistiques et documentaires a très vite ouvert l'établissement sur l'histoire de l'Église. Dès 1877, un jeune archiviste paléographe, Élie Berger, obtenait l'insigne privilège de consulter à la bibliothèque Vaticane les registres d'Innocent IV. Après l'ouverture par Léon XIII des Archives vaticanes en 1880-1881, la publication des lettres pontificales fut confiée à l'École française, travail qui se poursuit encore. Aujourd'hui, si l'histoire de l'Église et l'histoire religieuse restent un domaine reconnu de la section d'histoire médiévale, ses activités se sont renforcées en histoire politique, économique et sociale de l'Italie, et en archéologie. Les principaux chantiers actuellement en activité sont ceux de Squillace en Calabre, de Vaccarizza en Pouille, de la vallée du Turano et de Cencelle dans le Latium.


Les laboratoires d'archéologie : de la truelle à l'ordinateur


Tant en histoire ancienne qu'en histoire médiévale, l'archéologie constitue un point fort de l'activité de l'École française. Des archéologues du CNRS qui lui sont rattachés, avec l'aide d'un architecte, de dessinateurs, d'un topographe, d'un documentaliste et de nombreux universitaires et chercheurs français, ont su, ces dernières années, s'adapter au bouleversement profond de la discipline archéologique. Afin de tirer le meilleur parti de campagnes limitées dans le temps, le travail de fouilles a connu une professionnalisation accrue. Le traitement du matériel s'effectue désormais sur support informatique en utilisant les logiciels mis au point par les laboratoires du CNRS ; le traitement traditionnel des tessons est donc complété par la réalisation de bases de données qui permettent une approche comparative plus fiable et plus rapide.


La section d'histoire moderne et contemporaine : Rome, l'Église et l'Italie, de la Renaissance à nos jours


Il y a toujours eu à l'École française de Rome des membres spécialistes d'histoire moderne ou contemporaine, et ce dès le XIXe siècle. Humanisme, Renaissance, histoire de la Révolution, ainsi qu'histoire de l'art constituèrent les thèmes de recherche des premiers travaux. Cependant, ce n'est que depuis 1972, avec la création de sections, que l'étude de cette période fait l'objet d'une activité scientifique régulière et que les recherches menées ont connu un profond renouvellement. En histoire moderne, un accent tout particulier est mis sur l'histoire économique et sociale, la démographie historique, l'histoire politique, culturelle et artistique et l'histoire religieuse de l'Italie, ainsi que sur l'étude de la papauté. Quant à l'histoire contemporaine, elle se développe rapidement autour des thèmes économiques et sociaux, mais aussi en histoire religieuse et en histoire politique des deux derniers siècles. Le Mezzogiorno, dans ses dimensions géographiques, économiques, sociologiques et politiques contemporaines fait l'objet, en collaboration avec des partenaires français et italiens, d'une attention toute particulière.


Les trois sections organisent, seules, ensemble ou en collaboration avec d'autres institutions, des rencontres scientifiques (tables rondes, séminaires, colloques) qui sont en général la manifestation publique de leurs programmes de recherches ou de leurs chantiers.


L'ensemble des activités des sections, qu'il s'agisse des chantiers de fouilles, des recherches programmées ou des rencontres scientifiques, fait l'objet de publications, soit dans les Mélanges de l'École française de Rome, soit dans la Collection de l'École française de Rome.


Un réseau scientifique d'ampleur européenne


Si le recrutement des membres de l'École française reste en majorité constitué de jeunes chercheurs français, le réseau scientifique dans lequel elle s'insère est désormais européen. Par la venue de boursiers, par les conventions qui la lient à nombreuses universités françaises et étrangères, par l'impulsion donnée à des programmes rassemblant des chercheurs de toute l'Europe, par l'organisation de colloques internationaux, par les échanges de la bibliothèque avec des universités du monde entier, par l'utilisation de réseaux informatiques comme Internet, l'École française poursuit son ouverture, tout en restant fidèle à sa mission première.


Une nébuleuse de chercheurs


L'École française de Rome, ce sont bien sûr ses membres – aujourd'hui au nombre de dix-huit – mais aussi les boursiers, les participants à des programmes de recherche communs, les intervenants aux colloques, les lecteurs de la bibliothèque ; l'ensemble forme une véritable nébuleuse de chercheurs aux centres d'intérêt communs, gravitant autour d'elle.


Ses membres sont recrutés par concours et séjournent ordinairement trois ans en Italie. Ils se consacrent à des activités de recherche de niveau doctoral et post-doctoral, et se destinent normalement à une carrière d'enseignant-chercheur ou de chercheur à leur retour en France. Des membres étrangers peuvent également être recrutés sous certaines conditions.


L'École française reçoit quelque cent quarante boursiers par an, français ou étrangers, recrutés au niveau du DEA soutenu, sur la base d'un projet de recherche. Ils effectuent des séjours plus courts, de quinze jours à un mois, alors qu'ils sont en train de préparer leur thèse ou d'en mettre au point la publication. Ils proviennent le plus souvent d'universités ou d'institutions scientifiques liées par convention à l'École française de Rome. Les boursiers sont, dans la mesure des capacités d'hébergement, logés dans l'annexe de la place Navone, bénéficient de conditions avantageuses d'utilisation de la bibliothèque, et l'établissement s'emploie à faciliter leur séjour de recherche.


Enfin, de nombreux collaborateurs scientifiques, de niveau post-doctoral – anciens membres de l'École française, chercheurs du CNRS, universitaires français et étrangers – travaillant dans le cadre de ses programmes de recherche archéologique et historique ou collaborant avec elle dans le cadre des conventions qui la lient à des organismes de recherche français et italiens, constituent un réseau précieux et sont un gage d'ouverture.


La bibliothèque : ouverture et modernisation


La bibliothèque constitue un instrument de travail exceptionnel, largement ouvert aux chercheurs confirmés. La consultation en accès direct, les horaires continus, la disponibilité du personnel en font un lieu d'échanges et de rencontres scientifiques unique à Rome.


Créée en même temps que l'École française de Rome, la bibliothèque a vu dès sa naissance ses collections se développer en fonction des travaux des membres de l'institution. Les achats se font maintenant de façon systématique, en fonction des lignes de force de l'activité de l'établissement, dans un souci de cohérence thématique et bibliographique.


Si l'archéologie et l'histoire du monde méditerranéen – sources archéologiques et philologiques – demeurent les spécialités premières, l'éventail des champs de recherche s'est toutefois élargi très vite au cours des années. Ainsi, aujourd'hui, l'histoire médiévale italienne, la patristique, l'histoire religieuse et certains aspects de l'histoire de France sont très bien représentés. Depuis 1989, l'importante collection d'Edoardo Volterra a enrichi la bibliothèque d'un fonds exceptionnel de droit romain antique et médiéval.


La bibliothèque s'étend sur deux niveaux, aux deuxième et troisième étages du palais Farnèse où elle offre deux cents places de lecture. Ses collections, classées de façon thématique et librement accessibles aux chercheurs, comportent 180 000 ouvrages et 1 600 titres de périodiques.


Les lecteurs disposent de plusieurs catalogues : auteurs anonymes, périodiques, sujets. Depuis 1994, la bibliothèque fait partie du réseau URBS de l'Unione romana delle biblioteche scientifiche, et son catalogue est en cours d'informatisation.


Ouverte du lundi au vendredi, sans interruption, de 10 heures à 19 heures, la bibliothèque s'adresse à tous les chercheurs à partir du niveau de la laurea italienne, de la maîtrise française ou d'un diplôme universitaire équivalent.


Un centre de documentation photographique sur le palais Farnèse


Le centre de documentation sur le palais Farnèse a été constitué de 1972 à 1981 dans le but de rassembler le matériel nécessaire à la publication du livre Le Palais Farnèse (1980-1981). Depuis cette publication, ce fonds est à la disposition des chercheurs pour consultation. Il est surtout composé de documents iconographiques, dont des relevés photogrammétriques du palais réalisé par l'Institut géographique national en 1973 et environ quatre mille photographies en noir et blanc, commandées par l'École française ou provenant de photothèques italiennes et de musées ou collections. Ont été rassemblées les photographies des anciennes collections Farnèse, du palais – architecture intérieure et extérieure, fresques – et de ses œuvres d'art, dessinées, gravées et imitées.


Les publications de l'École française de Rome : une tradition érudite au service de l'information historique


L'École française de Rome assure ses propres publications depuis 1876. Elle l'a d'abord fait par l'intermédiaire d'un éditeur parisien puis, depuis 1972, de manière autonome. Conformément à la vocation statutaire de l'établissement, son domaine éditorial recouvre l'histoire et l'archéologie de l'Italie et du bassin occidental de la Méditerranée, de la protohistoire à l'époque contemporaine.


Elle publie un périodique, les Mélanges de l'École française de Rome (de 1881 à 1970 : Mélanges d'archéologie et d'histoire) actuellement divisé en trois séries : Antiquité (abr. MEFRA), Moyen Âge (abr. MEFRM), Italie et Méditerranée (abr. MEFRIM).


En 1876 est née la collection Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, dont la première série a eu pour vocation presque exclusive l'édition des thèses de doctorat des anciens membres des deux établissements de Rome et d'Athènes. Depuis 1964, l'École de Rome a sa propre collection (Collection de l'École française de Rome, dont les six premiers numéros ont paru sous le titre de Mélanges d'archéologie et d'histoire. Suppléments). C'est dans cette série, comprenant environ trois cents titres, que sont publiés les résultats des travaux organisés par l'établissement – actes des colloques et séminaires, fouilles archéologiques – ainsi que divers ouvrages touchant ses domaines de recherche : thèses, monographies, éditions de textes… La série Images à l'appui, consacrée à des thèmes iconographiques et créée en 1986, est publiée en coédition avec les éditions La Découverte (Paris).


Divers travaux sont édités en dehors des séries traditionnelles : des monographies de grands monuments (Le Palais Farnèse, La Villa Médicis), des catalogues d'expositions dont l'École française assure la présentation scientifique, une bibliographie critique courante des travaux sur le Maghreb antique (Bibliographie analytique de l'Afrique antique).


Le catalogue général des publications est mis à jour chaque année, au mois d'octobre. Les publications sont disponibles à l'École française de Rome, au bureau de Piazza Navona 62.


La place Navone : le second pôle de l'École française de Rome


Prévoyant un développement de l'établissement que les seuls locaux des second et troisième étages du palais Farnèse n'auraient pu abriter, elle fit l'acquisition, en 1966, d'un immeuble ancien situé à quelques pas de ce dernier, Piazza Navona 62. Destinée à loger boursiers et hôtes de passage, la « place Navone » a très vite accueilli les services comptables, le service des publications et les salles de conférence. Les laboratoires d'archéologie et de dessin s'y sont également installés. Cet ensemble constitue le second pôle de l'École française de Rome, celui que connaissent bien boursiers et hôtes de passage.

André Vauchez
Février 2000
 
Bibliographie
La Villa Médicis La Villa Médicis
André Chastel, Philippe Morel
Académie de France à Rome, Paris-Rome, 1990

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