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Jordanie, pays de rencontres au fil du temps
Daniel Elouard
Agrégé de lettres

La Jordanie porte l'empreinte d'une histoire féconde, et Daniel Elouard a voulu réveiller les fantômes de ceux qui ont parcouru ce pays aux paysages somptueux et désolés, où la pierre prend les couleurs et les formes les plus étranges, et où les eaux « douces » les plus importantes sont celles, surchargées de sels, de la mer Morte – lesquelles pesantes, chaudes et huileuses évoquent une malédiction sans fin. Voici un voyage imaginaire qui suivra non le cours des chemins, mais celui du temps, et de tous ceux, célèbres ou anonymes, réels ou imaginaires, qui l'ont illustré.

En cette terre de passage, entre Nil et Euphrate, désert d'Arabie et Méditerranée, rares sont les pouvoirs qui s'installèrent durablement, car une telle terre est toujours convoitée par les pays voisins qui désirent la contrôler non pour elle-même, mais pour s'assurer un moyen de développer leur puissance au-delà de leur frontière. De création très récente (1947), la Jordanie doit donc construire son identité et s'affirmer, ce qui ne peut se faire qu'en s'appuyant sur une histoire brillante – les monuments en deviennent le témoignage – car son agriculture manque d'eau, son industrie, de matières premières, et son commerce, de débouchés. La personnalité du roi Hussein lui a permis de jouer un certain rôle politique au Proche-Orient, mais les difficultés économiques ne facilitent pas la tâche de son successeur. La population jordanienne mêle deux peuples, les Bédouins, nomades de plus en plus sédentarisés qui ont toujours soutenu la monarchie hachémite, et les Palestiniens qui, pour une part, habitaient depuis des siècles la rive orientale du Jourdain, et pour une autre part, ont afflué de l'actuel État d'Israël à la suite de divers conflits et qui commencent à s'installer durablement. Le pays moderne a donc dû se construire de toutes pièces, essayant d'adapter un modèle occidental inspiré par les Anglais à des contraintes orientales modelées par les traditions et la religion. Un réseau routier moderne traverse le pays et Amman, ville étonnamment neuve, est desservie par de larges autoroutes. La propreté de la capitale, ses belles façades de pierre, les commerces de ses faubourgs, les voitures de luxe, les nouveaux hôtels de grand confort (non seulement à Amman mais aussi à Pétra) donnent au visiteur l'image d'une Jordanie très occidentale, originale dans le contexte du Proche-Orient. Mais le pays cultive ses racines orientales ; les coutumes ancestrales, l'islam y trouvent un regain de vigueur. Plus que les États voisins, il a besoin de mettre en valeur son passé pour montrer que les frontières modernes recèlent un patrimoine millénaire, en un mot, qu'il existait avant d'avoir été créé. Chaque vestige prend ainsi un sens nouveau, bien différent de celui donné par ceux qui l'ont créé…

Beidha, quelque 7000 ans avant notre ère

Aux confins de Pétra, le site de Beidha rappelle l'existence de familles qui, de nomades, devinrent sédentaires. Pendant des siècles, elles ont habité cette haute vallée, construisant des maisons dont restent de curieuses fondations, pratiqué un premier artisanat, cultivé des graminées et peut-être domestiqué des animaux. Des meules, des récipients, les habitations elles-mêmes permettent de reconstituer la vie de ces très lointains ancêtres à jamais inconnus. D'autres familles occupent aujourd'hui Beidha : elles vivent de l'élevage et les femmes tissent sur d'étroits métiers de fortune les toiles de laine dont sont faites les tentes. Leur mode de vie ne diffère pas tellement de celui de ceux qui vécurent en ce lieu, il y a quelques millénaires.

Le mont Nébo, quelque 1300 ans avant notre ère : Moïse

« Alors, partant des steppes de Moab, Moïse gravit le mont Nébo, sommet du Pisga en face de Jéricho, et Yahvé lui fit voir tout le pays […] C'est là que mourut Moïse, serviteur de Yahvé, en terre de Moab, selon l'ordre de Yahvé, vis-à-vis de Bet-Péor. Jusqu'à ce jour nul n'a connu son tombeau » (Deutéronome, XXXIV, 1-8).

S'il est un lieu où souffle l'esprit, c'est bien le mont Nébo qui domine la mer Morte, à l'est de Jérusalem. Depuis le IVe siècle, des sanctuaires chrétiens se sont succédé sur la crête, chacun ayant laissé de splendides mosaïques où chasseurs, bergers et animaux plus ou moins sauvages racontent des histoires plus ou moins religieuses, tant l'Antiquité imposait encore ses motifs aux artistes. Une communauté de moines franciscains anime toujours le sanctuaire alors que, dans les alentours, à Khirbet el Mukhayyat notamment, d'autres monastères, jadis eux aussi décorés de grandes mosaïques, sont depuis des siècles à l'abandon.

Hircan à Irak al Amir, au IIe siècle

Lorsque Hircan, de la dynastie juive des Tobiades, meurt en 175 avant J.-C., il laisse un palais de rêve conçu à la manière des édifices orientaux : dans une vallée verdoyante où courent des eaux vives, il avait élevé des kiosques de détente, et un palais qui s'ouvrait par de vastes terrasses sur le jardin « de paradis » ou sur la vallée tout aussi paradisiaque. Il faut imaginer, dans un immense parc clos de murs, des plantes rares, des bassins, des animaux, des allées dallées et des sentiers ombragés. Le palais comportait au rez-de-jardin des cuisines, des ateliers et des entrepôts ; à l'étage, des salles de réception, des chambres et les loggias. Des Circassiens habitent aujourd'hui le village voisin, y apportant leurs couleurs et leurs traditions.

Jésus à Gadara et Hérode à Machéronte, au début de notre ère

« Quand Jésus fut arrivé de l'autre côté dans le pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre… » Et Jésus chassa les démons : « Voilà que, du haut de l'escarpement, tout le troupeau se précipita dans la mer où il périt sous les flots ». Cette Gadara de l'Évangile (Matthieu, VIII, 28) correspond-elle à l'ancienne Gadara jordanienne ? Il aurait fallu en effet que les gorets fussent de véritables athlètes, pour sauter dans le lac de Tibériade, distant de plusieurs kilomètres. Qu'importe ! Perchée sur sa montagne, c'est une curieuse ville, à moitié envahie par les habitations construites par des Ottomans qui s'étaient installés en cet endroit stratégique. Comme partout, les vestiges chrétiens se mêlent aux restes antiques, près du théâtre où une église occupe toute une terrasse, au-dessus de boutiques remarquablement conservées. Il faut suivre l'ancien decumanus peu à peu dégagé des oliviers qui l'entourent, pour trouver, au milieu d'un camp militaire désaffecté, une nécropole creusée d'une vaste tombe souterraine.

La tradition situe à Machéronte l'exécution de Jean, celui qui baptisa Jésus. De nos jours encore, Machéronte semble maudit, sur sa colline pierreuse desséchée par le soleil qui chauffe à blanc la mer Morte, en contrebas. Pas une ombre, et les lieux sont le plus souvent déserts… Cet isolement parvint-il à apaiser les angoisses d'Hérode qui craignait d'être assassiné ? Il est bien difficile d'imaginer la forteresse qui devait être entourée de verdure et qui dominait une ville basse dont on ne voit plus rien. Difficile aussi de retrouver le plan de ce « palais magnifique par la grandeur et la beauté des chambres », tant les niveaux mis au jour par les archéologues sont enchevêtrés. On devine une cour, on descend dans une citerne. Remparts et tours d'angle indiquent que les fortifications jouèrent un rôle essentiel. Où Salomé dansa-t-elle si bien qu'Hérode puis Jean-Baptiste en perdirent la tête ? À la suite de la révolte de 70, nombre de Juifs vinrent se réfugier ici. Les Romains les assiégèrent, prirent la forteresse et la rasèrent. Voilà pourquoi il en reste si peu…

Trajan à Pétra en 106

Devenu empereur en 98 de notre ère, Trajan réussit au fil de nombreuses campagnes à stabiliser les frontières d'un Empire romain qui ne fut jamais si puissant que sous son règne. Il voyage beaucoup, organisant le ravitaillement de ses armées, les accompagnant lors de leurs conquêtes. En 106, le royaume nabatéen est annexé : les Nabatéens, à force de vouloir imiter les Romains, ont été assimilés. Ils se sont incroyablement enrichis, contrôlant le commerce de l'Arabie, notamment celui de l'encens et des aromates. Ils construisent dans le rocher pour leurs princes et les chefs de tribus d'extraordinaires tombeaux dont les façades sculptées s'inspirent de modèles gréco-romains.

Peu à peu, la ville réapparaît autour du wadi Musa, avec ses temples, ses maisons et, plus tardives, ses églises chrétiennes. C'est probablement des deux premiers siècles de notre ère que provient la plupart des grands monuments, mais les datations sont difficiles, tant les pillages furent nombreux, et la pierre, lorsqu'aucune inscription ne la creuse, n'a pas de mémoire. Pétra ne peut se décrire, tant le site est grand, tant la couleur de ses rochers varie, tant les montagnes et les gorges sont diverses et les constructions ou excavations surprenantes.

D'anciens chemins ont été retrouvés, et le Siq – voie d'accès principale – a révélé une grande frise : une caravane qui entre dans la ville. Partout, des barrages et des canalisations conservaient et apportaient l'eau si précieuse aux fontaines, aux thermes et aux jardins. Du Haut Lieu où se déroulaient les sacrifices se découvrent des perspectives à couper le souffle. Les balades sont longues, les montées épuisantes, et les monuments bien ruinés, mais la visite de Pétra suscite toujours, quel que soit le moment, un intense émerveillement.

Hadrien à Jerash, au IIe siècle

En 129, Hadrien rend visite à la ville qui construit pour lui un arc de triomphe, espérant naturellement en tirer quelque avantage… Il est probable qu'elle n'a jamais été jamais terminée, mais son étrange forum elliptique dominé par la volée d'escaliers arrivant au temple de Zeus montre que ce rêve s'est en partie concrétisé. Jerash possède deux théâtres, un hippodrome et son immense temple d'Artémis montre, une fois de plus, sa richesse. Lorsque les chrétiens renversent les idoles, ils ne créent pas de ville nouvelle et se contentent d'habiller la cité païenne de leurs églises, avec une cathédrale qui, de terrasse en terrasse, descend jusqu'au cardo. Quel contraste entre la modeste entrée de cet ensemble et le somptueux propylée du temple d'Artémis ! Mais, ici comme partout dans le Proche-Orient, les tremblements de terre ont limité les ambitions et réduit les rêves en tas de pierres.

Né en Espagne en 76, Hadrien hérite de Trajan un Empire solide, dont il doit cependant sans cesse surveiller les frontières, qui se veut « universel » – ce qui à cette époque, signifie « méditerranéen » – et s'étend loin de l'Urbs et de ses environs. De 117 à 138, Hadrien parcourt ses territoires, rendant la justice, réglant les problèmes locaux, commanditant des monuments, toujours avide d'approfondir ses connaissances.

Les Ghassanides à Umm El Jemal, au Ve siècle

La tribu arabe des Ghassanides s'installe à la fin du Ve siècle aux frontières de l'Empire byzantin. Elle se convertit au christianisme, seconde au siècle suivant les Byzantins en lutte contre les Perses et s'installe à Umm el Jemal qui, depuis l'époque romaine, joue un rôle militaire important, non loin de la capitale, Bosra, actuellement en Syrie. Umm el Jemal est saisissante, en raison de ses édifices en basalte noir. Il reste un palais, de nombreuses églises, et de vastes demeures dont les plafonds sont parfois encore soutenus par des poutres de pierre. Sans un arbre, Umm el Jemal semble avoir été consumée par un gigantesque incendie qui n'aurait laissé que des blocs calcinés. En fait, c'est un tremblement de terre qui la détruisit, au VIIIe siècle.

Le pèlerin de Madaba, au VIe siècle

Comme le pèlerin de Bordeaux en 333, ou dame Éthérie en 381, le pèlerin de Plaisance découvre en 570 une multitude d'églises. Ils viennent d'Occident pour se recueillir sur la tombe du Christ, mais leur voyage se termine rarement à Jérusalem. Ils partent souvent vers l'Égypte sur les pas de la Sainte Famille, s'arrêtant au mont Nébo et dans les églises de la région, qui deviennent autant de lieux de pèlerinage.

Les écoles de mosaïstes qui ont travaillé dans les églises poursuivent leur activité après la conquête arabe, non seulement au service des nouveaux maîtres, mais aussi dans de nouvelles églises : au beau milieu du VIIIe siècle, une splendide mosaïque est ainsi réalisée à Umm er Rasas, à une cinquantaine de kilomètres de Madaba. Dans cette cité, un parc archéologique recouvre plusieurs églises et conserve les pavements de nombreux sanctuaires des environs. Le pavement le plus célèbre, représentant la carte de la Palestine, avec quelque cent cinquante lieux, orne l'église Saint-Georges de rite orthodoxe grec.

Walid Ier à Qasr Amra, au VIIIe siècle

La dynastie omeyyade connaît son apogée avec Walid Ier. Les princes ont aménagé à la limite du désert, dans une zone de steppes, des domaines agricoles, des jardins et des résidences plus ou moins bien conservés. Le décor le plus étonnant est celui du bain de Qasr Amra près duquel devait s'élever un palais disparu. Dans un monde où les images devaient être prohibées, des artistes ont orné les murs et les voûtes de représentations d'animaux, d'êtres humains et même de femmes dévêtues. Il est bien difficile d'imaginer les lacs et les bassins, les jardins et les vergers qui entouraient ces bains. Le désert a gagné sur la steppe. Les autres « châteaux » – Qasr el Hallabat, Qasr el Kharaneh – ne conservent pas de peintures mais le premier possédait quelques pavements de mosaïque et le second, des stucs.

Baudouin, en 1115 à Shaubak

Lorsque les croisés veulent contrôler la Transjordanie, ils doivent y « planter » quelques forteresses, et Baudouin Ier, roi de Jérusalem et frère de Godefroi de Bouillon, élève le puissant « Crac de Montréal » à Shaubak. Venant d'Edesse, au nord, il sait que le royaume de Jérusalem doit également assurer sa sécurité au sud, là où l'Égypte risque de se réveiller. Le château bénéficie d'un environnement favorable puisque des paysans chrétiens en cultivent les abords. Il faut un an et demi à Saladin pour s'emparer de la forteresse, en 1189. Aucune armée de secours n'est venue la sauver. Shaubak tombe de lassitude et ses énormes remparts cantonnés de grosses tours auraient pu encore résister à bien des attaques. L'intérieur du château a été remarquablement dégagé, révélant quelques salles et la chapelle, de l'époque franque ; mais l'essentiel est plus tardif, et les Mamelouks y ont construit, étonnants en un tel lieu, de vastes bains, une école, et bien entendu un palais. À deux pas de Pétra où les croisés élevèrent trois petites forteresses, l'énorme Crac de Montréal contrôlait le passage vers la fameuse route des Rois qui franchit d'impressionnants ravins, aux wadi Mujib et wadi Zarqa.

Renaud de Châtillon à Kerak et Graves, au XIIe siècle

Kérak est un château « urbain », juché sur un escarpement, accumulant sur un nombre impressionnant de niveaux des caves, des réserves, des appartements, des écuries… Dans son état actuel, il conserve bien peu de chose de ses origines, hormis sa puissante façade ; cependant, des salles et des corridors souterrains ont été dégagés sur plusieurs niveaux. Kérak se visite entre ombre et soleil, parmi les décombres de bâtiments écroulés, à travers quelques salles restaurées, et sur des remparts qui ont mieux résisté au temps.

Renaud de Châtillon n'a pas bonne réputation, surtout parmi les chroniqueurs musulmans. Il est vrai que ce chef de guerre, peu fidèle à sa parole, leur en fit voir de toutes les couleurs, ayant même engagé une (petite) flotte sur la mer Rouge afin de jouer au corsaire et s'attaquer à la Mecque. Pour les chroniqueurs chrétiens, il est un héros qui, jamais en repos, ne cesse de poursuivre son combat contre les « infidèles », qu'ils soient orthodoxes ou musulmans.

En 1177, Renaud de Châtillon épouse Étiennette de Milly, veuve d'Onfroi du Toron et de Milon de Plancy. En 1183, Saladin met le siège devant la forteresse, un des points d'appui les plus avancés des croisés vers le sud. On célèbre alors le mariage d'un fils d'Étiennette avec une sœur de Baudouin IV. Saladin ayant ordonné que l'on ne tire pas sur la tour où se tiennent les jeunes mariés, Étiennette aurait fait porter à Saladin quelques plats du festin.

À la suite de la bataille de Hattin, en 1187, Renaud est amené devant Saladin, qui éclate : « Que de fois tu as juré puis violé tes serments, que de fois tu as signé des accords que tu n'as pas respectés ! », ce à quoi Renaud répond : « Tous les rois se sont toujours comportés ainsi. Je n'ai rien fait de plus ». Renaud est exécuté. En 1188, Étiennette, après un long siège, doit remettre le château à Saladin.

Saladin à Ajlun, en 1185

Saladin est unanimement considéré au Moyen Âge comme un héros, modèle du parfait chevalier musulman. Né en 1137 en Mésopotamie, il part en Égypte, où il devient général de Noureddin et, dès 1174, entreprend la conquête de la Syrie. Il connaît son heure de gloire à Hattin, près du lac de Tibériade, où il inflige aux croisés une telle défaite qu'ils ne s'en remettront jamais. C'est un de ses parents qui bâtit le château d'Ajlun, Qalaat er Rabadh, en 1484-85, pour empêcher la progression des croisés vers l'intérieur.

Le château, mal défendu par la nature, est entouré d'un fossé entièrement creusé. Cette forteresse n'a guère eu d'usage, mais a tout de même été reconstruite, transformée à plusieurs reprises, si bien que sa visite s'apparente à un jeu de piste pour qui veut attribuer, à chaque mur, une époque. Finalement, jamais ce château n'a autant servi que depuis que les touristes y viennent.

Lawrence d'Arabie à Azraq, en 1917

Ce pourrait être l'histoire de celui qui connaît celui qui connaît celui qui a connu celui… Le gardien actuel n'a jamais vu Lawrence, mais comme ses ancêtres l'ont vu, Lawrence fait partie de sa famille et il en tire toujours un certain prestige, montrant à qui veut bien les regarder des photocopies quasiment effacées de photographies de Lawrence à Azraq. Et il faut bien reconnaître que ce site sans Lawrence est un peu triste, avec ses blocs de basalte tant réutilisés que toutes les époques se confondent. La tour qui domine l'entrée – seule construction presque intacte – est devenu le lieu le plus important puisque Lawrence précise : « La position d'Azraq était favorable pour nous et le vieux château, si nous le rendions habitable, nous fournirait un bon quartier général, pour dur que fût l'hiver. Je m'établis donc dans la tour de la porte sud et mis mes six serviteurs Hauranis (pour lesquels un travail manuel n'était pas une déchéance) à recouvrir de broussailles, de palmes et d'argile les anciennes poutres de pierre du toit aujourd'hui béant vers le ciel. »

L'émir Abdallah à Amman, en 1921

En janvier, l'émir Abdallah, quatrième fils du chérif Hussein, passe à Kérak, sur la route de Damas où son frère Fayçal se trouve en difficulté face aux Français. Les Anglais convainquent Abdallah de prendre la direction du pays dans lequel il se trouve alors, avec Amman pour capitale ; c'est alors un gros village installé au pied d'une citadelle poussiéreuse et ruinée, peuplé de Circassiens chassés par les Russes. Peu à peu Amman s'est développée pour couvrir aujourd'hui une vingtaine de collines. Les monuments anciens ont été restaurés : le théâtre, l'odéon, la citadelle, avec les vestiges du temple d'Hercule et le palais omeyyade. Abdallah devient le premier roi d'une Jordanie d'où les Britanniques se retirent en 1948.

Aqaba, aujourd'hui

Aqaba devient lentement une cité balnéaire. Pour tous ceux qui viennent de traverser le wadi Rum, elle est un havre de confort, image de la civilisation moderne. Au wadi Rum où, d'une plaine de sable, surgissent des pitons tourmentés et colorés, s'oppose un littoral peu à peu grignoté par les immeubles. Rien à voir pourtant encore avec Eilat, la voisine israélienne entièrement bâtie de neuf.

Aqaba se trouve souvent au terme d'un voyage en Jordanie, un peu comme une conclusion. La ville s'ouvre sur la mer Rouge qui alimenta les rêves ou les souvenirs de la plupart de ces fantômes qui ont traversé l'histoire.

Daniel Elouard
Avril 1999
 
Bibliographie
La Jordanie La Jordanie
Jacques Duclos
Que-sais-je ?
Presses Universitaires de France, Paris, 2000

La Jordanie La Jordanie
M. Lavergne
Karthala, 2000

Jordanie : Le Royaume frontière Jordanie : Le Royaume frontière
Ricardo Bocco, Géraldine Chatelard (Sous la dir.)
Autrement, Paris, 2000

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