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Images du Bengale
Gérard Busquet
Diplômé de Sciences Politiques, ancien correspondant de l’AFP et du Figaro en Inde, accompagne des voyages pour Clio depuis 1994.

Un pays plat comme la Hollande et ceinturé d'eau, mais cinq fois plus grand et dix fois plus peuplé : telle est l'ancienne province du Bengale, divisée aujourd'hui entre le Bangladesh – le Bengale oriental – et le Bengale occidental, rattaché à l'Inde. Renommé pour sa richesse et sa fertilité, le delta du Gange-Brahmapoutre attira des envahisseurs venus de tous les horizons et devint le foyer d'une culture syncrétique qui vit fleurir l'hindouisme, le bouddhisme, puis l'islam… Gérard Busquet nous donne ici un aperçu du kaléidoscope d'images qu'offre cette région.

Au IIIe siècle avant J.-C., le Bengale occidental ou Anga fut intégré dans l'Empire maurya et en partie aryanisé. Mais l'actuel Bangladesh demeura longtemps un champ clos où s'affrontèrent les tribus dravidiennes et tibéto-birmanes, formant la majorité de la population, et les colons aryens qui tentèrent d'implanter le modèle socioculturel hindou. Il n'est donc pas étonnant que les courants « hétérodoxes » du bouddhisme et du jaïnisme se soient développés et que l'islam ait trouvé un terreau fertile en cette région où dominaient les basses castes hostiles à l'orthodoxie brahmanique.

Une région souvent morcelée et difficilement contrôlable

Le Bengale fit partie des puissants empires des Maurya (IVe-IIIe siècles avant. J.-C.) et des Gupta (IVe-VIe siècles après J.-C.), mais le contrôle qu'ils exercèrent fut toujours ténu, particulièrement dans l'est de la province, en raison de sa topographie. En effet, le Bangladesh actuel, lors des crues, est découpé en une multitude d'îles par de puissants fleuves et leurs innombrables affluents. Les autochtones surent toujours tirer parti de cette particularité pour affirmer leurs tendances indépendantistes…

À partir du XIIIe siècle, le Bengale passa sous la domination directe du sultanat de Delhi, puis sous celle de sultans turcs et afghans indépendants. Une grande partie de la population de l'est allait se convertir massivement à l'islam, alors que l'ouest demeurait fidèle à l'hindouisme. L'ensemble du pays fut ensuite absorbé par l'empire des Grands Moghols (XVIe-XVIIIe siècles) et demeura sous sa coupe jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Puis les Britanniques leur succédèrent et conquirent un immense empire depuis leur modeste comptoir de Calcutta, capitale du British Raj jusqu'en 1911.

En 1947 s'opéra la partition. L'ouest fut rattaché à l'Inde et l'est, en majorité musulman, devint le Pakistan oriental. Les désaccords croissants entre les Pakistanais de l'Ouest et de l'Est débouchèrent sur une sanglante guerre civile en 1971, puis sur l'indépendance : en décembre 1971, le Pakistan oriental devint le Bangladesh.

Dhaka, ville aux racines mogholes

Dhaka est au centre d'un vaste delta quadrillé par des fleuves immenses qui ont pour noms Padma, Jamuna, Meghna. Dans cet univers lacustre où les berges imprécises sont constamment redessinées par les flots, l'eau se confond avec la terre et le ciel. Les bateaux aux proues sculptées et les innombrables barques aux voiles multicolores glissent sur les eaux limoneuses, telles d'énormes libellules.

Dhaka, mégapole surpeuplée et dynamique de huit millions d'habitants, conserva longtemps un côté très provincial. C'était une ville verdoyante et alanguie au charme discret. Fondée en 1608 par le gouverneur moghol Islam Khan, elle cessa d'être capitale du Bengale un siècle plus tard et fut éclipsée à partir du XVIIIe siècle par Calcutta, ne jouant plus alors aucun rôle politique et économique important, à l'exception des années 1905 à 1911 où elle fut capitale provinciale du Bengale oriental.

Les vestiges les plus imposants du passé moghol et colonial de Dhaka se trouvent dans les vieux quartiers situés du sud, en bordure du Buriganga. Le fort de Lalbagh construit entre 1677 et 1684 pour protéger la ville des incursions des pirates Mogh (Arakanais) et Portugais compte un très beau mausolée construit par Pari Bibi, la fille du gouverneur Shaista Khan, ainsi qu'une mosquée et une salle d'audiences publiques de style moghol. Parmi les autres monuments notables de la vieille ville, mentionnons l'église arménienne (1781) de construction très originale, la mosquée de l'Étoile (Sitara Masjid – XVIIIe siècle) malheureusement très rénovée, l'ancien palais de Bara Katra (1644), la mosquée de Khan Mohammed Mirdha (1706) de style moghol tardif et le palais d'Ahsan Manzil (fin XIXe), bien restauré et transformé en musée.

Dans le centre ville, autour du Suhrawardy Park, se dressent les bâtiments imposants, de style néoclassique et indo-mauresque, de la Haute Cour de justice (Old High Court) et de l'université, dont le plus beau fleuron est le Curzon Hall. Ces constructions du début du XXe siècle furent mises en chantier lorsque Dhaka devint l'éphémère capitale du Bengale oriental. Quant au Musée national, il renferme de remarquables sculptures hindoues et bouddhistes des périodes Pala et Sena (VIIIe-XIIe siècles), des miniatures mogholes, et un large éventail d'art populaire.

Sonargaon, la Ville d'or

À vingt-cinq kilomètres de Dhaka, vers Comilla, se trouvent les vestiges de cette ancienne capitale du Bengale devenue aujourd'hui ville fantôme. D'abord occupée par des rois hindous, elle devint la capitale subsidiaire des sultans du Bengale aux XIVe et XVe siècles. Durant leurs règnes aussi sanglants qu'éphémères, ils trouvèrent le temps de l'embellir. Parmi les monuments dont les vestiges nostalgiques jonchent aujourd'hui les alentours du village de Mograpara, mentionnons les mausolées de Ghyasuddin Azam Shah (XIVe siècle) et des Panch Pir, ainsi que la mosquée restaurée de Fateh Shah (XVe siècle). Plus au nord se trouve la mosquée de Goaldi (XVIe siècle) dont le mihrab central est orné de superbes arabesques et rinceaux végétaux ciselés dans du basalte noir. À l'est de cette mosquée s'étend le bourg de Painam Nagar, qui comprend une cinquantaine de bâtiments en ruines. Ces demeures palatiales du XIXe siècle appartenaient à de riches négociants hindous qui s'exilèrent à Calcutta en 1947. La plus belle est la Sardarbari, typique du XIXe siècle avec ses statues en stuc de divinités hindoues ou de cavaliers anglais.

Le passé bouddhiste

À proximité de Comilla fut découvert le site bouddhiste de Mainamati dont la plupart des cinquante structures répertoriées – neuf seulement ont été dégagées à ce jour – datent du VIe au XIIIe siècle. C'était l'ancienne capitale des Deva, dont le royaume de Samatata englobait le sud du Bengale. Les plus importants vestiges incluent les monastères de Salban, Ananda et Bhoha Viharas. L'aspect stylistique le plus important en est, outre leur riche décor de plaques de terres cuites ornant leur soubassement, le plan. Ces temples-stupas cruciformes sont situés généralement au centre d'une cour carrée sur laquelle s'ouvraient les cellules des moines – structure reprise dans les grands monastères du Bengale du nord et du Bihar ainsi qu'en Birmanie et à Java. Mais les sites bouddhistes les plus imposants sont situés au nord, dans la le sous les Maurya dès le IIIe siècle avant J.-C. – on a retrouvé les vestiges d'une citadelle couvrant deux kilomètres carrés et ceinturée de douves et d'imposants remparts de briques. Le musée adjacent renferme notamment de très belles plaques de terre cuite au décor naturaliste représentant des personnages humains ou mythiques, des animaux, des oiseaux et des fleurs.

Au nord se dressent les vestiges de Paharpur, l'un des plus grands complexes monastiques construits par les Pala. Le monastère de Somapura Vihara fut consacré par le roi Dharmapala à la fin du VIIIe siècle ; de proportions gigantesques, le temple-stupa de plan cruciforme, haut de vingt et un mètres, compte plusieurs niveaux ainsi que quatre chapelles latérales et s'élève au centre d'une cour carrée comportant cent soixante-dix-sept cellules ainsi que de nombreux stupas votifs et chapelles secondaires. Des plaques de terre cuite ornaient les soubassements des temples et monastères, représentant, comme à Mainamati, des motifs empruntés à l'art populaire.

Anciens bastions de l'islam

La région de Rajshahi recèle bien d'autres trésors architecturaux, hindous aussi bien que musulmans. Ainsi, la petite ville de Puthia est le siège d'un des plus puissants zamindar (propriétaires terriens) hindous ; son palais, le Rajbari, construit en 1885, présente une immense façade de soixante mètres de long, ornée d'une multitude d'éléments décoratifs en stuc, soutenue par treize piliers massifs et percée d'un portail monumental. À proximité se dresse le superbe petit temple de Jagannath (XVIe siècle) au toit imitant la forme incurvée des huttes de bambou.

Deux autres temples plus tardifs (XIXe siècle) dédiés à Govinda (Krishna) et Shiva et d'un plan plus élaboré, sont tapissés de superbes panneaux de terre cuite représentant des scènes associées à la légende de Krishna et aux épopées hindoues.

Gaur, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de la ville de Rajshahi, constitue avec le site de Bagerhat, dans le sud du pays, le plus important ensemble de monuments islamiques du Bangladesh. Elle fut capitale des Sena au XIIe siècle et des sultans musulmans du XIIIe au XVe siècle. Les vestiges de cette immense et riche cité sont disséminés de part et d'autre de la frontière indo-bangladeshi. La plupart des édifices de briques qui ont survécu datent de la seconde moitié du XVe siècle ou du début du XVIe. Mentionnons la Chhota Sona Masjid, « la Petite Mosquée d'or », de plan rectangulaire, qui comporte quinze dômes autrefois recouverts de dorures et dont l'intérieur est décoré de superbes panneaux de basalte ciselés. La Khania Dighi Masjid et la mosquée Darasbari comportent également de très beaux panneaux de terre cuite sculptés, décorés de motifs géométriques et floraux. Mentionnons enfin la mosquée et le mausolée de Shah Niamatullah datant de la fin du XVIe siècle.

Calcutta la mal-aimée

Pour beaucoup d'Occidentaux, cette cité incarne l'extrême misère et le chaos urbain malgré les images positives de La Cité de la joie de Dominique Lapierre. Calcutta, qui domina toute la vie politique, économique et culturelle du Bengale depuis la fin du XVIIIe siècle, était autrefois une ville-jardin réputée pour ses palais, ses résidences princières et ses imposants édifices publics. Bien que passablement délabrés par les moussons, ces vestiges du passé colonial ont encore fière allure.

Le Victoria Memorial, pompeuse « folie » de marbre blanc à la gloire de la reine Victoria, en est le plus connu ; il renferme, entre autres, de superbes collections d'aquarelles et d'eaux-fortes des XVIIIe et XIXe siècles. Mais Calcutta possède de nombreux autres monuments au style hybride alliant néoclassicisme européen et apports indo-musulmans : le Raj Bhavan, le palais du gouverneur, datant de la fin du XVIIIe, la Haute Cour de justice (1872), copie fidèle du Staadhaus d'Ypres, Town Hall de style dorique, la cathédrale Saint-Paul. La plupart des édifices religieux tels que le temple de Kalighat – où ont lieu tous les jours des sacrifices animaliers –, la vaste mosquée Nakhoda ainsi que le temple jaïn Sitambara datent du XIXe siècle.

Le musée de Calcutta, vénérable institution, renferme de véritables trésors : collections de bas-reliefs et de sculptures en ronde-bosse de Barhut (IIe siècle avant J-C.), du Gandhara et de l'époque Pala et Sena ainsi que des miniatures, des peintures et manuscrits de l'Orissa et des textiles. Mais l'attrait principal de cette ville jeune et bruyante, sans cesse en mouvement, est l'extraordinaire appétit culturel des Bengali qui se manifeste au travers d'innombrables spectacles de théâtre ou de danse, de concerts de musique classique, de vernissages, de débats et de séminaires…

Gérard Busquet
Juillet 2000
 
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