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À la Mongolie, terre rude de hauts plateaux et de déserts, est d'abord associé le nom de Gengis-khan, qui, au XIIIe siècle, se fraya un empire de l'océan Pacifique jusqu'au cœur de l'Europe. Cet empire mongol et la pax mongolica qu'il fit régner durèrent deux siècles, le temps pour les civilisations conquises d'assimiler ces guerriers nomades – dont on retiendra la conversion au bouddhisme sous la poussée des Ming. Si l'on considère que cet immense État, pris en tenaille entre deux géants, connut la tutelle chinoise du XVe siècle jusqu'à la révolution chinoise de 1911 qui mena la Mongolie l'indépendance de 1920, puis la tutelle russe, de 1924 à 1989, force est de constater que la Mongolie, dirigée depuis 1996 par une coalition démocratique, a chèrement gagné son autonomie…

Une tribu parmi d'autres

Dès le IIIe siècle avant notre ère, les hauts plateaux d'Asie centrale ont vu circuler d'est en ouest ou d'ouest en est, entre la mer de Chine et la mer Noire, des tribus nomades souvent rivales, vivant d'abord des produits de la chasse et de la cueillette, puis de l'élevage, et exerçant tour à tour une prédominance sur leurs voisines. Au temps où s'unifiait la Chine sous son premier empereur, Qin Shihuandi, les Xiongnu dominaient la steppe, puis vinrent les Xianbei, les Tujue, les Ouïgours, les Kirgiz, les Kitan que les historiens qualifient de « proto-mongols » et qui fondèrent en Chine du Nord la dynastie des Liao, et enfin les Djourchètes, qui leur ravirent le pouvoir en 1125 et fondèrent, toujours en Chine du Nord, la dynastie des Jin. Mais bientôt une autre tribu d'Asie centrale, celle des Mongols, dont le terrain de nomadisation s'étendait au sud-est du lac Baïkal, vit naître en son sein, en 1162 (ou 1167, selon les sources), un fils de berger dénommé Temüdjin, dont L'Histoire secrète des Mongols – une chronique dynastique écrite vers 1240 – nous dit qu'il avait « du feu dans les yeux et de l'éclat sur le visage ». Son père étant mort, empoisonné par le clan rival des Tatars, Temüdjin et ses frères et sœurs furent élevés dans la pauvreté et le dénuement par une mère admirable. Devenu adulte, il n'eut de cesse de se venger et, pour ce faire, rechercha des alliances. La première qui se présenta à lui fut une jeune fille, Börte, de la tribu des Onggirad comme sa mère. Elle aussi, dit la chronique, avait « de l'éclat sur le visage et du feu dans les yeux ». Elle lui donnera quatre fils. Ensuite Temüdjin fit appel au chef de la tribu des Kereid, To'oril-khan, qui avait été l'allié juré ou anda de son père, et enfin à un camarade de jeu, Djamuka, qu'il choisit lui-même pour anda. Ainsi entouré, le jeune chef mongol entreprit de se soumettre les tribus avoisinantes et, en moins de dix ans, réussit à multiplier par vingt son territoire d'origine, ses troupeaux et ses biens. Tout lui réussissait, il était un chef né, un meneur d'hommes, un stratège aussi rusé que courageux. En 1206, ayant réuni pour la première fois une grande assemblée ou khuriltaï de ses chefs de tribu, il fut proclamé par eux Tchinggis-khaan, grand khan universel, empereur, celui qu'on appellera désormais en Occident Gengis-khan, le fondateur de l'empire mongol.

L'empire mongol

Avec une logique implacable, l'empereur poursuivit ses conquêtes, s'emparant au cours des cinq années qui suivirent le khuriltaï, de tous les territoires limitrophes où régnaient d'autres maîtres de la steppe. À partir de 1211, son ambition se porta même sur la Chine du Nord dont son entourage lui avait vanté les richesses et les avantages, jusqu'alors inconnus de lui : la civilisation sédentaire et agricole, la centralisation du pouvoir, la levée des impôts, l'organisation de l'armée. Malgré l'obstacle que constituait, pour les archers mongols, la grande muraille de Chine, Mukhali, un lieutenant de Gengis-khan, réussit en 1215 à ravir Pékin aux mains des Jin, puis à pénétrer en Mandchourie et en Corée. Se tournant alors vers l'ouest, l'empereur, aidé de ses quatre fils, fit progresser ses troupes jusqu'au lac Balkach, s'empara des villes prestigieuses de Boukhara, Samarcande et Kaboul, envahit les plaines du sud de la Russie et le royaume des Bulgares de la Volga. L'Europe prit peur en voyant s'approcher les hordes tartares. Mais en 1225, parvenu aux rives de l'Indus, Gengis-khan rebroussa chemin pour reprendre le contrôle du petit royaume de Xi-xia, au sud de la Mongolie, qui tentait de lui échapper, et c'est alors, dans les derniers jours d'août 1227, qu'il mourut dansa la province chinoise du Gansu, des suites d'une chute de cheval survenue l'année précédente. Son corps, ramené solennellement dans sa contrée d'origine, y fut enterré en grand secret et n'y a toujours pas été retrouvé. Au-delà des souvenirs sanguinaires laissés par ses conquêtes, Gengis-khan est vénéré par son peuple pour son génie militaire, son sens de l'honneur, sa fidélité en amitié, son aversion pour toute lâcheté ou trahison, sa tolérance en matière de religion. Il a été proclamé en 2000 « homme du millénaire ». Sa succession et le partage de son immense empire posèrent plus d'un problème. Son fils aîné, Djötchi, qui devait hériter des terres les plus lointaines, était mort quelques mois avant lui ; ce furent donc ses deux fils, Orda et Batu, qui se partagèrent son territoire. Le deuxième fils, Djagataï, reçut en apanage la Transoxiane avec Boukhara et Samarcande. Le troisième, Ogödeï, désigné comme dauphin par l'empereur lui-même, hérita des régions situées au sud et à l'ouest du lac Baïkal. Enfin le dernier, Tolui, « gardien du foyer » selon la coutume mongole, hérita de la Mongolie elle-même et des terres conquises en Chine du Nord. Malgré d'âpres querelles dynastiques et trois régences successives des belles-filles du grand empereur, les conquêtes gengiskhanides durèrent encore près d'un siècle, couvrant en finale, vers 1310, toute la Chine et presque toute l'Asie centrale. En Chine en effet, un fils de Tolui, Khubilaï, fonda la dynastie des Yuan, tandis qu'un autre de ses fils, Hülegü, devint maître de l'Iran (Perse). Güyük, fils d'Ogödei, hérita du Tarbagataï ; Orda et Batu, respectivement de la Sibérie occidentale et de la Russie méridionale. Des témoignages précieux nous ont été fournis sur cette période notamment par des voyageurs occidentaux : le franciscain italien, Jean de Plan Carpin, envoyé par le pape à la cour de Güyük en 1246, Guillaume de Rubrouck, un franciscain de la Flandre française, envoyé par Louis IX à Möngke, dans son palais de Karakorum en 1253-1254, Marco Polo, le marchand vénitien, attaché à la cour de Khubilaï à Pékin en 1275-1297. Tous, et bien d'autres témoins encore, s'émerveillèrent de la prospérité et des innovations de l'empire gengiskhanide et de la « pax mongolica » qu'elle faisait régner d'un bout à l'autre de l'Eurasie.

Sous les Ming et les Qing

Peu à peu toutefois, dans le courant du XIVe siècle, le démembrement de l'empire entraîna sa faiblesse, tant démographique qu'économique et politique, et deux grands courants se firent jour : les Mongols orientaux, héritiers directs du grand Gengis et qui entendaient conserver leurs prérogatives, et les Mongols occidentaux, simples princes ou taïdji apparentés il est vrai aux gengiskhanides, mais qui rêvaient de créer un nouvel empire dont ils seraient les maîtres. La dynastie des Ming, qui venait de se constituer en Chine du Sud, profita de cette situation pour s'engouffrer dans la brèche. Malgré quelques tentatives, courageuses mais vaines, de restauration de leur empire disloqué, les Mongols durent se soumettre aux Ming (1368-1644). Ceux-ci favorisèrent l'introduction en Mongolie du bouddhisme dit « jaune » – l'école réformée de Tsongkhapa – qui jouera un rôle aussi important qu'imprévu dans l'avenir du pays. En 1644, une dynastie mandchoue, celle des Qing, ravit le pouvoir aux Ming et le garda jusqu'en 1911. Une organisation à la fois militaire et administrative fut mise en place, tant en Mongolie méridionale – qu'on appellera par la suite, en fonction de la Chine, « Mongolie-Intérieure » – qu'en Mongolie d'ethnie majoritairement khalkha, au nord du Gobi – la future « Mongolie-Extérieure ». Des gouverneurs envoyés par le pouvoir central de Pékin, veillaient avec soin sur ces provinces lointaines et mirent en place toute une législation concernant le statut social des princes, des moines et des éleveurs, sans parler des taxes et des corvées dues à l'empereur.

De l'autonomie à l'indépendance

Le déclin du pouvoir des Qing, en même temps que l'ouverture en 1860 d'un consulat russe à Ourga – nom attribué par les Russes à l'Ikh Khuree, le Grand Monastère bouddhique et l'agglomération qui l'entourait – donnèrent lieu à une certaine ouverture d'esprit, laquelle engendra petit à petit un désir d'indépendance. Princes, dignitaires bouddhiques et éleveurs, tous unis autour du supérieur du Grand Monastère, le Bogdo Ghegheen ou Saint Lumineux, demandèrent l'appui de la Russie pour se libérer du joug chinois. Après un premier refus, la révolution chinoise de 1911, qui vit le dernier empereur mandchou, Pu-Yi, chassé de son trône, favorisa leur projet et la Mongolie s'autoproclama indépendante, avec le Bogdo Ghegheen comme souverain, le 1er décembre 1911. Mais c'était compter sans les puissances voisines. Tant les Russes que les Chinois entendaient prendre ou garder une certaine maîtrise du territoire mongol et de ses habitants. S'ensuivirent de nombreux traités bi- ou tripartites qui aboutirent pour la Mongolie, en 1915, au statut ambigu d'État autonome, mais sous suzeraineté chinoise et protectorat russe… La révolte populaire de 1919 menée par Sükhe-Bator et Tchoïbalsan, jointe à l'entrée en scène du Japon et des Russes blancs du baron Ungern, marquèrent une étape nouvelle dans l'accès à l'indépendance. Le Parti populaire mongol, fortement encouragé par la toute nouvelle URSS, vit le jour en 1921 et procéda aussitôt à la nomination d'un gouvernement provisoire. Peu après la mort inopinée de Sükhe-Bator en 1923 et celle du Bogdo Ghegheen en 1924, la République populaire de Mongolie fut instituée le 26 novembre 1924 et sa première constitution, adoptée. La capitale du pays s'appela désormais Oulan-Bator – Ulaanbaatar khot, « la ville du héros rouge » – en hommage à Sükhe-Bator – Sükhbaatar, « le héros à la hache ».

Une république populaire, de type soviétique

De 1924 à 1989, la République populaire de Mongolie (RPM), ancienne Mongolie-Extérieure, vécut au rythme de Moscou, contrairement à l'ancienne Mongolie-Intérieure qui, restée au sein de la République populaire de Chine, en devint en 1947 une région autonome. La RPM suivit en tout le modèle soviétique : dans ses structures politiques et administratives, ses plans quinquennaux de développement économique, son organisation sociale. Grâce aux Russes et à leur soutien financier, le pays se modernisa, une université d'État vit le jour à Oulan-Bator et un alphabet cyrillique adapté à la langue mongole s'imposa dans les écoles, la presse et l'édition. On se mit à exploiter le charbon et le cuivre, les éleveurs furent groupés en coopératives et le chemin de fer transmongol, greffé sur celui du transsibérien, facilita les communications avec Moscou d'une part et Pékin de l'autre. En contrepartie, dans les années trente, sévit une violente persécution contre les moines bouddhistes, accusés de faire obstacle à la modernisation du pays. La presque totalité des sept cents monastères du pays furent détruits et des milliers de moines furent sauvagement mis à mort. La population globale du pays s'accrut néanmoins, passant de moins de 700 000 habitants en 1925 à plus de 2 millions en 1989. Le cheptel, qui restait la principale ressource des Mongols puisque les deux tiers d'entre eux continuaient de pratiquer le pastoralisme nomade, s'accrut lui aussi, passant de 13 millions de têtes de bétail en 1924 à plus de 23 millions en 1980.

La Mongolie d'aujourd'hui

Dans la foulée de la chute du mur de Berlin en 1989 et du déclin du communisme en Europe de l'Est, un mouvement démocratique se fit jour aussi en Mongolie où, pour la première fois, des élections libres et multipartites furent organisées en 1990, suivies de la nomination d'un président de la République et d'une nouvelle constitution en 1992. Désormais, lentement mais sûrement, les institutions politiques du pays évoluent vers toujours plus de démocratie, avec des élections présidentielles et législatives tous les quatre ans, l'accès à la propriété privée, la participation du pays aux grandes instances internationales, l'intensification des relations diplomatiques – avec 141 États, dont le Vatican, en 1999. Le passage à l'économie de marché, la privatisation de la terre, la libéralisation des prix et l'appel aux investissements étrangers marquèrent un certain progrès dans le domaine économique. Mais la Mongolie reste un des pays les plus pauvres du monde, où 27 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. D'où ses constants appels de fonds à la Banque mondiale, au Fonds monétaire internationale, au Programme des Nations Unies pour le développement, à la Banque asiatique de développement, aux « pays donateurs », en particulier la Russie, la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Les organisations non gouvernementales contribuent pour leur part à l'aide humanitaire et sanitaire, à la lutte contre le fléau des « enfants des rues » – plus d'un millier en permanence, rien qu'à Oulan-Bator, en 2000 –, à l'accueil des plus démunis. Les principales sources de richesse de la Mongolie restent son cheptel – moutons, chèvres, bovins, chevaux chameaux – suivi des industries extractives – charbon, spath fluor, cuivre, molybdène, or. En matière de commerce extérieur, les importations de la Mongolie portent principalement sur les carburants, les biens d'équipement et les produits alimentaires avec, pour principaux fournisseurs, la Russie, la Chine, la Corée du Sud et le Japon. Ses exportations consistent avant tout en minerais de cuivre et en molybdène, en cachemire et en laine avec, pour principaux clients, la Chine, les États-Unis et la Russie. Dans le domaine éducatif, il faut signaler le développement de l'enseignement supérieur, le remplacement progressif du russe par l'anglais comme seconde langue, les bourses d'étude et les stages à l'étranger, les échanges culturels bilatéraux. L'ordinateur et le téléphone portable sont devenus monnaie courante dans les villes, mais les offres d'emploi sont loin de correspondre à l'accroissement du nombre de diplômés. La liberté religieuse, inscrite dans la constitution de 1992, voit refleurir le bouddhisme tibétain – largement majoritaire dans le pays – mais aussi l'islam et le chamanisme, et même s'implanter le christianisme sous ses diverses formes – catholiques, protestants, orthodoxes.

La Mongolie en quelques chiffres

Superficie : 1 566 500 kilomètres carrés (soit près de trois fois la France).
Altitude moyenne : 1 580 mètres.
Population : 2 400 000 habitants (soit 1,5 hab. au kilomètre carré), dont 800 000 à Oulan-Bator.
Moyenne d'âge : 70 % des Mongols ont moins de 28 ans, 4 % seulement ont plus de 65 ans.
PIB par habitant : 416 USD.
Cheptel : 30,1 millions de têtes de bétail, dont 13,8 millions de moutons, 10,2 millions de chèvres, 3 millions de bovins, 2,6 millions de chevaux, 322 000 chameaux.

 

Jacqueline Thevenet
Juillet 2004
 
Bibliographie
L'Empire des steppes : Attila, Gengis-Khan, Tamerlan L'Empire des steppes : Attila, Gengis-Khan, Tamerlan
René Grousset
Payot, Paris, 2001

La Mongolie La Mongolie
Jacqueline Thevenet
Méridiens
Karthala, 1999

Mongolie : le vertige horizontal (LB) Mongolie : le vertige horizontal (LB)
Patrick Bard
Autrement, Paris, 2002

Mongolie Mongolie
Sarah Dars
Seuil, Paris, 1979

Les Mongols : un peuple à la recherche de son histoire Les Mongols : un peuple à la recherche de son histoire
Walther Heissig
J-C. Lattès, Paris, 1982

Histoire secrète des Mongols : chronique mongole du XIIIe siècle Histoire secrète des Mongols : chronique mongole du XIIIe siècle
traduction de M.D. Even et R. Pop
J.-C. Lattès, Paris, 1994

La Mongolie La Mongolie
Jacques Legrand
PUF, Paris, 1976

Voyage dans l'Empire mongol (1253-1255) Voyage dans l'Empire mongol (1253-1255)
Guillaume de Rubrouck ( traduction de C.-C. et R. Kappler)
Imprimerie nationale, Paris, 1997

Mongolie Mongolie
Claire Sermier et Etienne Dehau
Olizane, Genève, 2000

Ciel bleu : une enfance dans le Haut Altaï Ciel bleu : une enfance dans le Haut Altaï
Galsan Tschinag
Métailié, Paris, 1999

Les Cavaliers du diable : l'invasion mongole en Europe Les Cavaliers du diable : l'invasion mongole en Europe
James Chambers.Traduction de l'anglais par Bernard Blanc
Payot, Paris, 1988

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