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Gainsborough ou les charmes du XVIIIe anglais
Marie-Annick Sékaly
Directrice du service culturel de Clio

S'il est un domaine de l'histoire de l'art ignoré du public français, c'est bien celui de la peinture anglaise… Aussi est-ce sans doute spécialement pour notre édification que la Tate Britain de Londres propose aux curieux cette magnifique exposition des œuvres de Thomas Gainsborough. Elle nous invite ainsi à la découverte de l'œuvre et de la personnalité d'un grand maître dont le parcours et le style sont caractéristiques des mutations de la société anglaise du XVIIIe siècle. Tous les amateurs d'art et d'histoire se feront donc un plaisir de découvrir comment l'Angleterre atteignit grâce à lui à son autonomie picturale en un siècle ou tout semblait acquis à la suprématie française…

La jeunesse de Thomas Gainsborough

Gainsborough est né en 1727 dans une famille de drapiers du Suffolk étrangère au monde de l'art. Cependant le jeune Thomas se sent très tôt appelé par une vocation de peintre et son père accepte de l'envoyer à quatorze ans en apprentissage à Londres. Il se forme chez le maître graveur français Gravelot, un élève de Watteau réputé pour son style brillant et dont Gainsborough dira plus tard « qu'il fut un très bon peintre de portraits, abstraction faite de sa conception française ».

Énergique et passionné, Thomas se mit immédiatement à la peinture et ouvrit son propre atelier à l'âge de dix-huit ans, avant même d'avoir reçu une véritable formation ou de s'être rendu en Italie comme il se devait alors : sans doute est-ce là la racine de l'originalité d'une œuvre qui ne s'embarrassa jamais des « habitudes » hollandaises ni françaises. Gainsborough n'est cependant pas un autodidacte, il fréquenta l'académie de Saint Martin's Lane où il s'initia à la manière de son illustre prédécesseur Hogarth et bénéficia des enseignements du peintre Francis Hayman, auteur d'élégants portraits collectifs.

Une passion du paysage

Fasciné dès l'enfance par le spectacle aimable de la nature, Gainsborough a souvent répété que le paysage était son genre de prédilection. La campagne anglaise était alors en bute à deux types de transformations. Les unes étaient sauvages, liées aux débuts de l'industrialisation qui allait faire la fortune du pays, les autres relevaient de l'esthétique grandiose du paysagiste Capability Brown qui remodelait alors à bride abattue prairies, collines, vallons et forêts d'Angleterre à travers les immenses propriétés de la gentry du pays… Gainsborough invente aussi ses paysages sur la toile, savants mélanges de détails naturalistes, de scènes bucoliques et d'échappées vers de vastes horizons ponctués de quelques ruines ou d'un lointain clocher. L'historien de l'art John Hayes a révélé l'extrême richesse du génie paysagiste de Gainsborough et l'exposition présentera un florilège de ce que le maître considérait comme ses œuvres favorites.

Affaires de portraits

Gainsborough connu immédiatement le succès et se constitua d'emblée une clientèle ; un succès qui ne devait rien au beau mariage qu'il fit en 1746 en épousant Margaret Burr, la fille naturelle du duc de Beaufort. Pourtant, il jugea difficile de vivre convenablement de son art à Londres et retournant vers son Suffolk natal, décida de se soumettre aux nécessités économiques : « Un homme, dira-t-il, peut faire de grandes choses et pourtant mourir méconnu dans un grenier s'il ne maîtrise pas ses inclinations et ne se conforme pas à l'œil du vulgaire en choisissant la spécialité que tout le monde payera et encouragera. » C'est pourquoi Gainsborough fait son gagne-pain de l'art du portrait, où il excelle, et déploie son talent pour la bourgeoisie et la petite noblesse de sa région.

L'œuvre emblématique de cette période est un double portrait, M. et Mrs Andrews, où sont associés, selon son style propre, portraits et paysage. Conscient d'avoir trouvé là un excellent moyen d'assurer sa notoriété et ses ressources, il s'installe à Bath en 1759. Cette ville d'eaux voyait affluer toute l'aristocratie d'une Angleterre en pleine prospérité économique et il y devint rapidement le portraitiste à la mode. Il n'avait pas fait le voyage d'Italie mais les riches collections privées de Bath lui permettent d'admirer des œuvres de Claude Lorrain, de Rubens et surtout de Van Dyck à qui il rend un vibrant hommage en peignant son célèbre Blue Boy. En 1774, Gainsborough va s'établir à Londres où sa réputation était déjà affirmée : il est désormais un peintre « à la mode » et le rival de Reynolds. Il expose en public lors des manifestations qui rivalisent avec les fameux « Salons » organisés à Paris par l'Académie. « Rien ne l'égalait au monde » dira un critique. En 1785, sa Villageoise avec chien et cruche, qui fait irrésistiblement penser à Greuze, remportera un vif succès. Il s'intéresse alors particulièrement aux gens du peuple et aux paysans, réalisant, à la veille de sa mort, un poignant Bûcheron : c'est ainsi toute la sensibilité de l'Angleterre du XVIIIe, son goût des plaisirs et du luxe mais aussi sa sentimentalité et sa vision idéalisée de la campagne menacée par l'expansion industrielle qui s'exprime dans l'œuvre du séduisant Gainsborough qui s'éteint en 1788.

Un fondateur de l'École anglaise

Une peinture anglaise originale existait déjà avant Thomas Gainsborough, puisqu'à la génération précédente Hogarth avait ouvert la voie en s'affirmant comme le premier peintre d'origine britannique dont la réputation franchit les frontières de son pays et comme le premier représentant d'une école anglaise affranchie des modèles étrangers. Mais le style de Hogarth et ses thèmes orientés vers la critique sociale et politique limitaient sinon le succès de son œuvre, du moins sa portée institutionnelle. Gainsborough au contraire, participa en 1768 à la fondation de l'Académie royale où il exposa l'année suivante. En 1777, il reçut ses premières commandes royales. Les portraits de George III et de la Reine Charlotte séduisirent la cour et Gainsborough fut alors considéré à l'égal de Joshua Reynolds, son rival et ami qui déclara : « Si jamais cette nation devait produire un génie assez grand pour nous permettre d'accéder au titre honorable d'école anglaise, le nom de Gainsborough passera à la postérité dans l'histoire de l'art, parmi les tout premiers de cette nouvelle école. » L'histoire confirmera ce jugement et le grand Constable le répétera à l'envi…

Marie-Annick Sékaly
Janvier 2002
 
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