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En Grèce, la religion des oracles
Pierre Lévêque
Professeur émérite d’histoire ancienne
Président d’honneur de l’université de Besançon

Parmi toutes les manifestations de la religion grecque, l'art oraculaire, la mantique disaient les Grecs, est l'une des plus chargées de signification. C'est un lieu d'intersection entre dieux et hommes, ainsi qu'un lieu d'intercession, car les hommes ont besoin des dieux, dont la volonté s'impose même si les hommes méprisent les indications données par les oracles. J'aime rappeler cette jolie histoire rapportée par Pindare (IVe Pythique) : un citoyen de Théra (Santorin) va consulter pour guérir de son bégaiement et se voit imposer de coloniser Cyrène en Afrique ; il refuse d'abord, mais il doit finalement obéir à la volonté d'Apollon et il est guéri de son infirmité par la rencontre avec un lion dans le désert libyque…

Les formes que prend la consultation sont multiples. Je laisserai ici de côté tout ce qui est clientèle des devins isolés qui cependant jouent un rôle de premier plan, en raison de la crédulité populaire… à moins qu'il ne faille mieux s'exprimer en parlant de l'intense inquiétude qui se développe dès le IVe siècle, lorsque la cité n'a plus son pouvoir d'intégrer et partant de dédramatiser.

Dodone et Delphes

Seront donc ici évoqués – en nous fixant en Grèce d'Europe uniquement – les grands centres où la mantique s'est développée comme une spécialisation religieuse, tels Dodone ou Delphes, au service des communautés ou des individus. Ils utilisent des rituels parfois étranges venus du fond des âges – les prêtres aux pieds sales de Dodone, la Pythie lovée dans son chaudron de Delphes – et des structures théologiques de base – hiérogamie de la Terre, jeunes dieux, jeunes déesses…– pour apporter leurs réponses et le plus souvent leur consolation ; encore que certains oracles ne soient guère rassurants, comme celui que la Pythie rend aux Athéniens avant Salamine et sur lequel nous reviendrons. Bien qu'en apparence l'inspiration mantique soit lieu de spontanéité, tout s'opère sous la très stricte surveillance d'un clergé exégète qui se substitue volontiers au dieu.

Le mot grec mantis, « le devin », d'où mantique, « l'art oraculaire », appartient à une racine qui signifie « penser », « se souvenir ». Cette racine est indo-européenne, comme le montre la comparaison avec le latin mens, « l'intelligence », ou avec des mots sanskrits, celtiques, balto-slaves. Mais le grec est ici assez spécifique et les autres vocables de cette même racine s'appliquent plus volontiers à la notion d'« ardeur folle », de « fureur » : tels ménos, « la colère », Ménade, « la folle », nom des compagnes de Dionysos qui se livrent avec lui à de violentes divagations dans les bois. Il est clair ainsi que la mantique est une activité de la pensée et une activité qui relève d'une certaine exaltation. Nombreuses sont les manières d'interroger les dieux et l'anthropologie religieuse montre que les premières sociétés humaines réservent une place importante au chaman, l'homme inspiré par le divin, qui, doté lui-même de pouvoirs magiques, établit la médiation entre les hommes et le sacré.

On peut proposer une distinction entre deux types de mantique : celle qui résulte de l'observation de la nature, celle qui s'exprime par l'intermédiaire d'un prêtre ou plus souvent d'une prêtresse possédée par la divinité. Du premier cas les exemples ne sont pas rares et l'on peut avancer ceux d'Olympie et surtout de Dodone. À Olympie, qui n'est pas seulement le sanctuaire des concours olympiques, existe une pyromancie, c'est-à-dire une divination par le feu, où l'on examine les signes donnés par la flamme dévorant la peau des victimes. On en attribue l'origine à un devin des temps héroïques dont les descendants, les lamides, assurent la suite.

À Dodone, en Épire (Grèce du nord-ouest), les interrogations oraculaires se multiplient. La plus ancienne – très ancienne, puisqu'on a retrouvé sur le site un sanctuaire du début de l'âge du bronze – interprète le bruissement des feuilles du chêne qui est au centre de l'enclos sacré. C'est Zeus qui y préside à la mantique, un Zeus Naios, du « temple », associé dans un couple hiérogamique à une Dioné Naia – dont le nom est celui d'« une Zeus », un Zeus au féminin. Un étrange clergé dessert ce lieu redoutable : des prêtres, les Selles, sont tenus à ne jamais se laver les pieds afin de conserver un contact étroit avec la terre, sans doute la première à être honorée ici ; des prêtresses sont dites Péleiades, c'est-à-dire Colombes ou mieux Grisets, perpétuant le souvenir d'un de ces oiseaux venus de Thèbes d'Égypte nicher à Dodone. On est ici dans une couche religieuse très ancienne, dans un culte des forces les plus intimes, les plus profondes et les plus essentielles, qui sont celles de l'arbre sacré, de l'arbre qui parle et qui répond aux angoisses des hommes.

Dodone livre peu à peu ses secrets

La charge oraculaire de Dodone est si forte qu'on y pratique d'autres formes de mantique, en tout cas par les cailloux qu'on tire au sort, sans doute par l'observation du vol des grisets, peut-être par une révélation extatique. Dodone s'éclaire peu à peu et les fouilles permettent de mieux comprendre le sens complexe d'un sanctuaire qu'on voit largement consulté à l'époque classique, comme en témoignent les tablettes de bronze où l'on écrivait les réponses de l'oracle.

Les traits anciens de cette mantique correspondent à une religiosité des forces de la Terre qui ramène très loin dans le temps. L'essentiel en tout cas est dans cette observation des signes qui révèlent l'avenir.

À Delphes, c'est autre chose : une mantique par révélation où le contact entre les dieux et les hommes ne peut s'établir que par le moyen d'un médium, en l'occurrence la Pythie. Ce nom est équivoque et a pu être interprété comme signifiant tantôt « s'informer, consulter », tantôt « pourrir », par allusion au mythe où Apollon tue le dragon femelle envoyé contre lui par la Terre. Peut-être aussi, et c'est sans doute la solution vraisemblable, n'est-il pas interprétable par le grec et remonterait-il à des populations antérieures installées dans le sanctuaire avant la descente des Grecs dans la péninsule balkanique.

C'est en tout cas cette Pythie qui forme le relais essentiel de la communication entre monde des dieux et monde des hommes. Possédée par le dieu Apollon, elle est saisie par l'enthousiasme, au sens grec du terme, beaucoup plus fort que le nôtre, c'est-à-dire « ayant le dieu en elle ». Des propos incohérents sortent de sa bouche frémissante, qui sont recueillis par les exégètes, des prêtres qui fixent le sens à retenir de la consultation.

Le mécanisme oraculaire est donc clair, même si l'on ne comprend pas tout de ces scénarios ancestraux. La Pythie se purifiant avec l'eau de la fontaine Castalie – source d'inspiration aussi bien prophétique que poétique – buvait l'eau de Cassotis, mâchait des feuilles de laurier et montait sur le trépied fatidique pour que le dieu s'exprime par sa voix. L'analyse critique montre qu'aucun de ces facteurs ne peut expliquer la transe qu'on cherche à discerner en elle. Il n'y a pas non plus, la géomorphologie est incontournable, cette « fente de la terre » mentionnée par certains auteurs anciens et d'où se seraient échappées des fumées méphitiques. En réalité la Pythie est en état de grâce, de réceptivité : elle peut prononcer les paroles qu'Apollon lui souffle. Aucune supercherie, à mon sens, dans le mécanisme de cette prise de possession d'une jeune fille – ce sera plus tard une vieille femme, quand un sacrilège l'aura possédée physiquement, et d'autant souillée – par une force extérieure qu'elle sent monter en elle et que l'on constate dans tant de religions. Les exégètes ensuite « traduisent » les paroles divines de la Pythie. C'est assurément ici l'un des centres géométriques de la religiosité hellénique – d'ailleurs deux aigles partis des extrémités du monde étaient censés s'être rencontrés à Delphes ! Dans l'obscurité de l'adyton – littéralement : « l'endroit où l'on ne va pas » – la Pythie exécute son « travail » oraculaire au nom de toute la communauté.

Le rôle de la Pythie a dû être de plus en plus mystique, au fur et à mesure que partout se développaient des cultes outranciers, mêlés de violence. Le mécanisme delphique analysé, il faut s'attacher aux mythes fondateurs. C'est la Terre Gè qui règne d'abord avec sa fille Thémis, la Justice, et qui rend les oracles, mais Apollon convoite ce magnifique sanctuaire et tue le monstre femelle Python dépêché par Gè pour conserver sa puissance. Le jeune dieu arrogant – c'est un trait de l'Apollon le plus archaïque – laisse le dragon pourrir sur le sol et conclut un accord avec Gè à qui il abandonne un petit enclos sacré, qui contient aussi le rocher de la Sibylle – sans doute une première forme de la Pythie – et une colonne surmontée d'un Sphinx, animal hautement terrestre et énigmatique. Tout le centre du sanctuaire reste ainsi voué aux déités oraculaires, chthoniennes, c'est-à-dire relevant de la Terre. Non loin du sanctuaire principal voué à Apollon, et de l'autre côté de la fontaine Castalie, se dressait l'enclos dit aujourd'hui Marmaria, « les marbres », où continue à régner une jeune déesse, Athéna.

Les dieux de Delphes

 

Ces mythes supposent l'intervention d'un riche panthéon sur lequel il faut maintenant revenir.

Ce sanctuaire est essentiellement sous l'invocation d'Apollon, ce qui n'est pas sans une contradiction interne, en fait vite résolue. Apollon est en effet un dieu tardivement établi en Grèce, vers -1000 sans doute, et son nom ne figure pas sur les tablettes mycéniennes du IIe millénaire. Mais le mythe dit expressément qu'il n'a pas été le premier propriétaire des lieux, d'abord livrés à une Terre-Mère, dont le culte restera associé, dans un coin du sanctuaire, aux forces chthoniennes représentées par un couple mère-fille, Gè et Thémis, une prophétesse, la Sibylle, et le Sphinx des Naxiens.

De jeunes déesses sont étroitement associées aux antiques Terres-Mères et au jeune Apollon. À Athéna est voué le sanctuaire de l'entrée où elle est Pronaos, « qui se tient devant le temple », et qui prend la suite d'un sanctuaire mycénien où l'on a exhumé un dépôt de statuettes – déesses et taureaux en tant que géniteurs mâles dans une hiérogamie. Pour Artémis, ce n'est pas totalement sûr, bien que la tholos, le « temple rond » de Marmaria lui soit attribuée, à bon droit selon moi. Quoi de plus naturel que la sœur bien-aimée d'Apollon ait été adorée non loin de chez lui, même si l'on peut s'étonner qu'on n'ait pas encore trouvé l'enclos de leur mère commune, Léto, si bien honorée à Délos, dans un sanctuaire évidemment beaucoup plus oriental et cycladique que celui de Pytho.

Ce n'est pas tout : il y a à Delphes des attestations de cultes de Poséidon et de Dionysos. Poséidon avait un autel à l'intérieur du grand temple, situation très rare et qui attire l'attention sur l'ancienneté de l'implantation du dieu des forces souterraines, des tremblements de terre, des eaux vives, de l'union sexuelle avec la Grande Mère qui ébranle le sol – Poséidon étant ici l'amant de Gè la Terre.

Quant à Dionysos, qui a à Delphes son tombeau, il y est desservi par un collège de jeunes filles, les Thyiades, « les Bouillonnantes », qui célébraient pour lui tous les deux ans, sur le Parnasse, une fête orgiaque en l'honneur d'un Liknitès ou « enfant au berceau ». Ce Dionysos est bien le divine child, le jeune dieu au berceau, accompagné d'une troupe d'affolées : il meurt et ressuscite, gage pour les fidèles de leur propre résurrection.

On pourrait ajouter aux jeunes dieux Apollon et Dionysos des héros, tel Héraclès qui, dans un coup de folie, tente d'arracher à son frère le trépied et la domination sur le sanctuaire – mais l'affaire est vite réglée grâce à leur demi-sœur Athéna.

Ainsi, c'est toute une théologie issue des croyances du Néolithique que nous voyons en œuvre dans le sanctuaire pythique, où les stratifications sont claires. Il y a une génération de grands dieux hiérogamiques – c'est-à-dire pratiquant l'union sacrée qui renouvelle l'univers –, et une génération de jeunes dieux, tous enfants de Zeus. Chaque génération a sa puissance mantique. Terre d'abord, mais jamais complètement exclue, Apollon ensuite. Poséidon n'apparaît plus que par des traces. Mais deux jeunes dieux non proprement mantiques jouent un rôle éminent : Athéna la vierge, puissance fondamentale de fécondité, de fertilité, de courotrophie, c'est-à-dire des soins à donner aux enfants ; Dionysos, dieu des courses errantes en pleine nature sauvage, dieu de salut mourant et ressuscitant et qui remplace Apollon comme maître de Delphes pendant qu'en hiver il rend visite aux Hyperboréens, les hommes du grand Nord. C'est l'inspiration qui est le thème central du sanctuaire pythique, inspiration prophétique, distincte, mais très proche, des autres formes initiatiques, celles des initiés aux mystères de salut, des poètes, des musiciens, des médecins…

Le rôle de Delphes

Si nous cherchons à comprendre la spiritualité hellénique, nous constatons l'importance extrême de l'oracle delphique, notamment dans le domaine de la législation religieuse. Platon le dit avec force dans sa République :

« C'est à Apollon, le dieu de Delphes à dicter les plus importantes, les plus belles, les premières des lois… celles qui regardent la fondation d'un temple, les sacrifices et en général le culte des dieux, des démons et des héros, et aussi les tombeaux des morts et les honneurs qu'il faut leur rendre pour qu'ils nous soient propices… car ce dieu, interprète traditionnel de la religion, s'est établi au centre et au nombril de la Terre, pour guider le genre humain. »

Même constatation pour l'essor d'une morale moins dure et plus humaine, qui connaisse le pardon, ignoré dans les sociétés les plus archaïques, victimes des vendettas en chaîne. Oreste, qui a tué sa mère pour venger son père, et a donc commis un épouvantable forfait, est purifié par Apollon qui verse sur ses mains le sang d'un porcelet et l'invite à se rendre à Athènes devant le tribunal de l'Aéropage, présidé par Athéna, qui l'acquitte. Apollon lui-même a dû s'exiler momentanément pour expier le meurtre du monstre Python. Et c'est aussi toute une morale de modération, de juste mesure qui s'impose, celle qui a produit certaines des plus nobles maximes delphiques : « Rien de trop », expression d'une sagesse qui fuit l'excès orgueilleux et la démesure violente qui font sortir l'homme de sa condition, ou bien le « connais-toi toi-même », nouvelle proclamation des limites de l'homme. Deux mots antithétiques s'opposent, tous deux d'étymologie inconnue, donc pas grecs, sophos, sophron « le sage », d'où sophrosyné, « la sagesse », qui s'oppose à hybris, « la violence accompagnée de démesure ».

Le rôle de la mantique pythique n'est pas moindre dans les affaires d'État. C'est elle qui favorise le mouvement de colonisation, soutenant religieusement les colons dans leur dure condition d'exilés, parfois même les conseillant dans le choix de leur implantation. Quelques-unes des plus grandes fondations de l'Occident grec lui sont dues, telles Syracuse, Géla, Crotone, Tarente. Les monnaies de nombreuses colonies portent le trépied, symbole de leur dévotion envers un Apollon véritablement Archégète, « fondateur ».

Considérable est aussi le rôle politique du sanctuaire oraculaire. Hélas ! dirait-on, car le clergé delphique, qui dirigeait en fait la politique de l'oracle bien plus que la parole du dieu qu'on interprétait comme on le voulait, suivait la loi du plus fort et a pu être accusé sans injustice de prendre le parti de Sparte au VIe siècle, celui du roi de Macédoine au IVe siècle.

L'exemple le plus fameux, le plus sinistre, est celui de la réponse qui est donnée aux ambassadeurs athéniens venus consulter après les Thermopyles : « Malheureux, pourquoi vous tenez-vous assis ? Quitte ta demeure et les hauts sommets de ta ville oraculaire. Fuis aux extrémités de la terre. Ni la tête ne reste solide, ni le corps, ni l'extrémité des jambes, ni les mains, ni rien de ce qui est au milieu n'est épargné ; tout est réduit à un état pitoyable, détruit par l'impétueux Arès monté sur son char syrien. » Cet « impétueux Arès » n'étant autre le grand roi perse, dont l'armée approche sans plus rencontrer de résistance… On imagine bien comment cette prophétie devait renforcer le courage des Athéniens ! Dans son soutien intéressé au Perse, l'oracle était allé trop loin et l'Athénien Thémistocle, qui avait des amis dans le clergé delphique, avait obtenu un second oracle, où il était conseillé de se protéger dans un rempart de bois. Sur ses conseils, les Athéniens abandonnèrent donc leur ville, se réfugièrent sur la flotte qui gagna l'incontestable victoire de Salamine en 480.

Le phénomène oraculaire est donc d'une extrême complexité, même à rester dans le centre fondamental de Delphes. On n'oublie d'ailleurs pas que, de même qu'il y avait de la mantique à Olympie, on célébrait des concours à Delphes, qui commémoraient la mort de Python. Les oracles répondaient à des besoins intimes des particuliers, demandant par exemple si le dieu les poussait à se marier, comme aux interrogations douloureuses des cités vivant une crise d'identité. Ces rituels sacrés où la volonté divine communiquait aux hommes ses réponses représentaient une des formes les plus anciennes des cultes d'inspiration. Mais d'autres liturgies, d'autres spéculations se développaient, donnant un éclat plus vif à Delphes : les concours et les représentations théâtrales amenaient de très vastes panégyriques ; une morale nouvelle s'élaborait, valorisant la mesure, source de toute sagesse ; les jeux sur les nombres faisaient florès dans des spéculations de type pythagoricien ou dans le trésor de Cyrène où s'incarnaient les nombres irrationnels, alors tant « à la mode » ; les constructions couvraient peu à peu le terrain, trop souvent vouées à humilier les vaincus, d'autres Grecs.

Les bienfaits d'Apollon

Le monde entier chantait la gloire de l'Apollon pythique aux innombrables responsabilités : « C'est lui, dit Pindare dans la Ve Pythique, qui octroie aux hommes et aux femmes les remèdes qui guérissent leurs maladies cruelles ; il nous a donné la cithare ; la muse inspire ceux qui lui plaisent ; il fait pénétrer dans les cœurs l'amour de la concorde, l'honneur de la guerre civile ; il gouverne le sanctuaire prophétique. » Mais les bienfaits du jeune dieu étaient connus au loin : à 5 000 kilomètres à vol d'oiseau, un philosophe grec voyageant vers l'Inde grave à Ai-Khanoum (Afghanistan) des maximes delphiques copiées dans « la sainte Pytho »…

Ne quittons pas le dieu vivifiant de Delphes sans évoquer un texte difficile du Phèdre de Platon (244e), car il faut terminer par le délire sacré, la mania – le mot a un sens beaucoup plus fort qu'en français –, sans lequel il n'y aurait pas de mantique. S'agissant d'hommes atteints de maladies et de malheurs indicibles, le philosophe écrit que « le délire a trouvé le moyen de les éloigner, et cela par un recours à des prières aux dieux, à des services en leur honneur ; grâce à quoi, ayant abouti à des rites purificateurs et d'initiation, il a mis à l'abri celui qui y participe… » Puissance innombrable des forces mantiques, capables d'éloigner les pires maladies, les épreuves majeures...

Pierre Lévêque
Mars 1995
 
Bibliographie
L'Aventure grecque L'Aventure grecque
Pierre Lévêque
Références Histoire
Le Livre de Poche, Paris, 1997

Introduction aux premières religions Introduction aux premières religions
Pierre Lévêque
Le Livre de Poche, Paris, 1997

Empires et barbaries Empires et barbaries
Pierre Lévêque
Le Livre de Poche, Paris, 1996

La Naissance de la Grèce La Naissance de la Grèce
Pierre Lévêque
Découvertes
Gallimard, Paris, 1990

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