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Des chevaliers de l'hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem à l'ordre de Malte
Philippe Conrad
Historien, rédacteur en chef de la Nouvelle Revue d'Histoire

L'ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, dit de Rhodes et de Malte, compte aujourd'hui environ onze mille membres laïcs réunis au sein de quarante et une associations nationales. Installé à Rome au Palazzo di Malta, qui bénéficie d'un privilège d'extraterritorialité, il a rang d'État souverain et entretient des relations avec soixante-sept pays. Il est dirigé par un Grand Maître élu à titre viager, assisté d'un Souverain Conseil de dix membres élus tous les cinq ans par les chapitres généraux. Près d'un millénaire après la fondation à Jérusalem de l'hospice amalfitain, l'ordre de Malte maintient ainsi les traditions d'assistance et de charité qui, ajoutées à son rôle militaire et au magnifique mécénat qui a embelli l'île devenue la place forte de la Méditerranée chrétienne, font de lui l'une des réalisations les plus hautes et les plus prestigieuses de l'histoire occidentale, comme nous le fait découvrir l'historien Philippe Conrad.

 L'origine de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, devenu à partir de 1530 l'ordre de Malte, remonte au milieu du XIe siècle. Des marchands amalfitains actifs en Terre sainte obtiennent alors du calife fatimide d'Égypte la concession d'un terrain correspondant à l'emplacement de la maison de Zacharie, père de Jean le Baptiste, pour y bâtir l'église Sainte-Marie-Latine, deux monastères (l'un réservé aux hommes, l'autre aux femmes), une auberge et un hospice bientôt placé sous la protection de saint Jean-Baptiste. Bénéficiant de collectes effectuées en Occident, formée de moines portant une robe noire frappée de la croix blanche à huit pointes, la confrérie chargée de l'hospice, dirigée à la fin du XIe siècle par Gérard de Martigues, se consacre aux soins dispensés aux malades. Les services rendus aux chrétiens à l'été de 1099, lors du siège de la Ville sainte, lui valent les faveurs de Godefroi de Bouillon et de Baudoin, premier roi franc de Jérusalem, qui font bénéficier l'hospice de nombreuses donations. En 1113, le pape Pascal II approuve les statuts de la confrérie qui, placée sous la protection directe du Saint-Siège, devient le 13 juillet 1120, par la volonté du pape Calixte II, un véritable ordre religieux « exempt d'Église », à savoir indépendant du clergé séculier établi en Orient.

Une double vocation, hospitalière et militaire

De nombreux autres hospices sont créés en Terre sainte, et plusieurs voyageurs du temps ont rapporté la qualité des soins qui y étaient dispensés, mais la nature de l'ordre évolue rapidement. Une fois acquise la délivrance de Jérusalem, la faiblesse militaire de la Terre sainte apparaît chronique, et c'est dans ces circonstances que le chevalier champenois Hugues de Payns crée, en 1118, la compagnie des « pauvres chevaliers du Christ », reconnue en 1128 par le pape Honorius III comme l'ordre des Templiers, le premier des ordres religieux militaires nés de l'aventure des croisades. Il fournit rapidement un modèle aux Hospitaliers, quand le Dauphinois Raymond du Puy succède à Gérard de Martigues, disparu en 1120. Composée de dix-neuf chapitres, la nouvelle règle promulguée en 1135 et approuvée par le pape Eugène III en 1153 ne remet pas en cause le devoir d'assistance aux malades et aux pèlerins particulier aux Hospitaliers de Saint-Jean, mais elle fait également d'eux des moines-guerriers pleinement engagés dans la défense de la Terre sainte et, dès 1137, le roi Foulques de Jérusalem leur confie la défense de la forteresse de Bath Gibelin, près d'Ascalon. En 1142, Raymond de Tripoli leur cède les territoires perdus par les chrétiens qu'ils parviendront à reconquérir. C'est alors que les Hospitaliers s'installent au Crac des Chevaliers qu'ils défendront contre de nombreux assauts jusqu'en 1271. Durant la seconde moitié du XIIIe siècle, les chevaliers de l'Hôpital sont de tous les combats. Ils prennent en 1153 une part décisive à la victoire chrétienne d'Ascalon ; en 1187, leur supérieur, Roger Des Moulins, est tué lors de la désastreuse bataille de Hattin, qui précède de peu la reprise de Jérusalem par Saladin. Cette vocation combattante ne se démentira pas jusqu'en mai 1291, quand le Grand Maître Jean de Villiers est grièvement blessé en défendant Acre, la dernière place croisée de Terre sainte. Sur les huit cents chevaliers engagés dans cet ultime combat contre les troupes du sultan mameluk d'Égypte, seuls survivent sept Hospitaliers et dix Templiers.

D'Acre à Rhodes

Si les chevaliers du Temple – dont le Grand Maître, Guillaume de Beaujeu, est mort sur les remparts de la ville – regagnent l'Occident pour y connaître peu après la tragique destinée que l'on sait, les Hospitaliers se replient d'abord sur Chypre où le roi Henri II de Lusignan leur donne la ville de Limassol ; mais ils préfèrent, avec l'aide du Gênois Vignolo da Vignoli, s'emparer en 1307 de Rhodes dont la position privilégiée au sud-ouest de l'Asie Mineure ne leur a pas échappé. Ils ont compris que la reconquête « terrestre » de la Terre sainte était pour le moment hors de portée et qu'il était impératif de donner la priorité à la domination navale sur la Méditerranée orientale, condition nécessaire au succès des futures croisades. Le Grand Maître Foulques de Villaret installe donc les chevaliers dans l'île où ils demeureront pendant plus de deux siècles. La dissolution de l'ordre du Temple qui intervient en 1312 bénéficie directement aux Hospitaliers, dans la mesure où le pape Clément V leur transmet les biens de l'ordre rival, ce qui contribue à la croissance de leurs ressources dans des proportions considérables. Rhodes est alors devenue une principauté territoriale souveraine et puissante tirant une bonne partie de ses richesses des revenus que lui valent le nombre et l'étendue de ses propriétés occidentales. Fidèle à sa vocation initiale, l'Ordre construit un premier hôpital à Rhodes dès 1311, puis un second de 1437 à 1478. Ces établissements apparaissent alors comme de véritables modèles. Le savoir médical mis en œuvre s'inspire des traditions arabe et juive, et le « confort » assuré aux malades – lits individuels, hygiène, sévérité des quarantaines, souci de la diététique, usage d'une vaisselle d'argent permettant une meilleure asepsie… – est exceptionnel pour l'époque. Fidèles à leur vœu « d'hospitalité » qui s'ajoute à ceux, traditionnels, de pauvreté, d'obéissance et de chasteté, les chevaliers se dépouillent deux fois par jour de leurs emblèmes pour venir soigner « leurs seigneurs les malades », et les Grands Maîtres eux-mêmes doivent s'astreindre à ce service au moins une fois par semaine, ce qui coûtera la vie à Roger des Pins, victime de la peste en 1363. Des hôpitaux analogues à celui de Rhodes sont établis à Corinthe et Nègrepont, possession vénitienne en Eubée.

Puissance souveraine battant monnaie, l'Ordre continue à assumer sa vocation guerrière en luttant à la fois contre les Mameluks d'Égypte et contre les Turcs devenus maîtres de l'Asie Mineure. Les chevaliers s'emparent ainsi de Smyrne en 1344, portent secours au royaume arménien de Cilicie trois ans plus tard et participent au raid lancé par les Lusignan de Chypre contre Alexandrie en 1363. Dans toute la Méditerranée orientale, les « galères de religion » mènent aux dépens des navires musulmans une fructueuse guerre de course qui contribue à l'enrichissement rapide de l'Ordre, ce qui ne va pas sans inquiéter les papes d'Avignon Jean XXII et Clément VI, lequel interroge le Grand Maître Hélion de Villeneuve au sujet « du bon usage qui est fait des biens possédés ».

La guerre contre les Mameluks et les Ottomans

La chrétienté vit encore dans l'attente d'une relance de la croisade dont les Hospitaliers constituent plus que jamais l'avant-garde face à l'Orient musulman ; cependant la destruction à Nicopolis, en 1396, de l'armée chrétienne venue se porter au secours du roi Sigismond de Hongrie ruine tous les espoirs de reconquête des Lieux saints, au moment où l'Occident apparaît dangereusement affaibli, de 1378 à 1417, par le Grand Schisme qui oppose les pontifes d'Avignon à ceux de Rome. La victoire que remporte Tamerlan sur Bajazet Ier à Angora en 1402 donne à l'Europe un répit de quelques années, nécessaire à l'Empire ottoman pour reconstituer ses forces, mais c'est aux Mameluks que doivent alors faire face les Hospitaliers. Les troupes égyptiennes assiègent en effet Rhodes sans succès en 1426, 1440 et 1444, et acceptent finalement de conclure une trêve en 1450. Trois ans plus tard, le sultan ottoman Mehmed II le Conquérant parvient à s'emparer de Constantinople ; cependant, le vainqueur de l'Empire byzantin ne pourra briser la résistance de Rhodes lors du terrible siège de 1480 qui voit le Grand Maître Pierre d'Aubusson et ses chevaliers tenir tête victorieusement à plus de cent mille assaillants – exploit immortalisé par le célèbre manuscrit enluminé de Guillaume de Cahoussin. Sous le commandement d'Émery d'Amboise, les chevaliers reprennent la guerre de course mais doivent compter, sous le règne de Bajazet II, avec l'alliance conclue contre eux par les Turcs et les Égyptiens. Tout change sous Sélim Ier qui entreprend la conquête de l'Orient et conduit des campagnes victorieuses contre les Mameluks et la Perse. L'Égypte et tout le Proche-Orient arabe sont ainsi conquis par le souverain ottoman dont le successeur, Soliman le Magnifique, peut désormais tourner tous ses efforts contre l'Europe. Rhodes est dès lors une menace trop dangereuse pour les communications ottomanes en Méditerranée orientale, et le nouveau sultan décide de s'emparer de l'île, défendue par le Grand Maître Philippe de Villiers de l'Isle-Adam.

La chute de Rhodes

En juin 1522, quatre cents navires et deux cent mille hommes sont affectés à cette campagne alors que l'Ordre n'a, pour défendre l'île, que six cents chevaliers, renforcés de quatre mille cinq cents autres combattants. Ils brisent cependant tous les assauts et Soliman – qui a déjà perdu quatre-vingt mille hommes – s'apprête à lever le siège quand la trahison d'André d'Amaral, chancelier de l'Ordre et prieur de la langue de Castille – les chevaliers étaient répartis en huit « langues » correspondant chacune à un espace géographique et linguistique –, qui informe les Turcs de l'état d'épuisement de la garnison, l'encourage à poursuivre le siège entamé depuis quatre mois. La résistance chrétienne est alors à bout, et le Grand Maître est contraint de négocier avec les émissaires de Soliman. Il abandonne la place après avoir fait sauter les églises pour éviter qu'elles ne fussent profanées et après avoir obtenu les « honneurs de la guerre » et la permission d'emmener avec lui quatre mille habitants refusant de subir le joug ottoman. Le 1er janvier 1523, les vaincus embarquent sur trente vaisseaux, et les chevaliers de Saint-Jean voient s'éloigner pour toujours les rivages de Rhodes. Quand, douze ans après cette défense héroïque, Villiers de l'Isle-Adam rendra son âme à Dieu, Soliman fera lire dans toutes les mosquées la déclaration suivante : « Croyants, apprenez d'un infidèle comment on remplit ses devoirs jusqu'à être admiré et honoré de ses ennemis… »

Partis de Rhodes en janvier 1523, les chevaliers de l'Hôpital firent halte à Messine, en Crète, en Italie et à Nice. Villiers de l'Isle-Adam envisage de les installer dans les îles d'Hyères, mais c'est à Viterbe et Civita Vecchia que le pape Clément VII, ancien prieur de l'Ordre à Capoue, les établit jusqu'au traité de Castel Franco qui, conclu en mars 1530 entre le Grand Maître et l'empereur Charles Quint, donne à l'Ordre l'archipel maltais, peuplé d'une trentaine de milliers d'habitants et rattaché à la Sicile depuis sa conquête par les Aragonais en 1282. En contrepartie, les chevaliers doivent remettre chaque année un faucon à l'empereur. À l'automne 1530, ils débarquent dans l'île et s'installent à Borgo où s'élèvent bientôt les auberges qui leur sont destinées et le palais du Grand Maître.

L'installation à Malte et le siège de 1565

L'Ordre participe en 1535 à la conquête de Tunis, mais subit en 1541 de lourdes pertes lors de la malheureuse expédition contre Alger et perd Tripoli de Barbarie en 1551. L'archipel est très vite menacé par les galères ottomanes et par les assauts des corsaires barbaresques. Élu Grand Maître en 1557, Jean Parisot de la Valette doit préparer méthodiquement sa défense car la prise de Djerba, survenue en 1560, annonce à coup sûr un assaut de grande envergure. Les remparts sont renforcés, on accumule des réserves d'eau et de vivres, des chevaliers affluent des divers prieurés et commanderies d'Europe pour venir affronter le Turc, et neuf mille hommes en âge de combattre sont mobilisés dans la population locale pour faire face au péril. C'est en mai 1565 que Mustapha Pacha amène à pied d'œuvre trente mille hommes, transportés par cent soixante galères, avec l'intention d'emporter ce qui constitue alors l'un des avant-postes de la chrétienté, indispensable à la défense des côtes italiennes et espagnoles. L'héroïque résistance du fort Saint-Elme, qui ne tombe que le 23 juin, permet de gagner les délais nécessaires et « d'user » les assaillants qui ont dû consentir de très lourdes pertes. Rien ne parvient à briser la volonté des défenseurs des forts Saint-Ange et Saint-Michel et quand, le 7 août, les Turcs parviennent à pénétrer dans le Borgo, ils en sont finalement refoulés. Enfin, l'arrivée du « grand secours » dépêché par le vice-roi de Sicile Don Garcia de Toledo décide, au début de septembre, du sort de la bataille. L'apparition des tercios de Don Alvaro de Bazan décourage les chefs turcs qui doivent renoncer, à l'issue d'un siège de quatre mois très meurtrier pour leurs troupes. Célébrée dans toute l'Europe, cette victoire contre le Turc – ce « Verdun du XVIe siècle », pour reprendre la belle expression de Jacques Godechot – constitue une étape décisive dans la guerre pour la Méditerranée. Elle sera confirmée six ans plus tard, en octobre 1571, quand les flottes d'Espagne, de Venise, du Saint-Siège et de la plupart des principautés italiennes placées sous le commandement de Don Juan d'Autriche infligeront à Lépante un nouvel échec aux galères du « Grand Seigneur ». L'Ordre engagera quatre galères dans la bataille et soixante de ses chevaliers seront tués lors de cet affrontement majeur.

Malte, école navale de l'Occident

Entre-temps, à Malte, La Valette a rebaptisé le Borgo Citta Vittoriosa et créé une ville nouvelle qui prendra son nom. C'est l'architecte italien Francesco Laparelli qui, entre 1566 et 1571, est chargé de la réaliser en mobilisant dans ce but quatre-vingt mille ouvriers. Une fois élevée cette forteresse imprenable, Malte sera hors de portée des assauts ottomans et poursuivra pendant deux siècles une lutte efficace contre la piraterie barbaresque. Jusqu'à la seconde moitié du XVIIIe, c'est sur les galères de Malte, au cours des quatre « caravanes » – les campagnes navales – que doivent accomplir les chevaliers que se forment les maîtres de la guerre sur mer, tels d'Estrées, Tourville, Suffren ou de Grasse. Les navires barbaresques ont alors tout à craindre des « galères de religion », à l'époque où Jacques François de Chambray (1687-1756), surnommé le « Rouge de Malte », l'un des meilleurs marins de son temps, multiplie, au cours de ses vingt-quatre campagnes, prises et destructions. Redoutable instrument militaire, l'Ordre demeure fidèle à sa vocation hospitalière. Un premier hospice a été bâti à Malte entre 1530 et 1532 et un second, la « Sacrée Infirmerie », de 1575 à 1663. La capacité d'accueil des malades s'est accrue régulièrement, de trois cents lits au XVIIe siècle à cinq cent cinquante en 1789. Trois médecins, trois chirurgiens, un pharmacien y sont affectés, et les chevaliers accomplissent toujours, régulièrement, leur mission d'assistance auprès des malades. Malte possède ainsi, au XVIIIe siècle, le plus grand et le plus moderne des hôpitaux de toute l'Europe. Sous le Grand Maître Pinto de Fonseca, c'est une université de médecine qui succède aux écoles d'anatomie, de chirurgie et de pharmacie précédemment implantées et dotées, depuis 1687, d'une bibliothèque spécialisée qui fait l'admiration des contemporains. Le relâchement des mœurs, les progrès de l'irréligion, la vogue de l'orientalisme et des « turqueries » qui fait jeter un regard nouveau sur l'ennemi ottoman de la veille contribuent à la décadence de l'Ordre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les chevaliers, fils cadets des familles de la haute noblesse européenne, se consacrent désormais davantage aux plaisirs qu'à l'assistance aux malades ou aux campagnes navales.

Le déclin et la renaissance de l'Ordre

Alors que le royaume de France fournissait près des deux tiers de l'effectif des chevaliers, la Révolution française porte un coup terrible à l'Ordre vieux de plus de sept siècles. L'Assemblée nationale de 1789 refuse de le considérer comme un État souverain possessionné en France où se trouvaient alors 358 de ses 671 commanderies. L'abolition des privilèges, la suppression des ordres de chevalerie et la mise en vente de leurs biens en septembre 1792 réduisent dans des proportions catastrophiques les revenus de l'ordre de Malte, au moment où le Grand Maître Emmanuel de Rohan-Polduc refuse de reconnaître le nouveau régime républicain. Son successeur Ferdinand de Hompesch, Allemand élu en 1797, tente d'intéresser au sort de l'Ordre le tsar Paul Ier de Russie mais aussi l'Angleterre, devenue la puissance dominante en Méditerranée, alors que le jeune général Bonaparte explique au Directoire « l'intérêt majeur » que présente l'île de Malte pour la France. L'expédition d'Égypte est l'occasion d'un débarquement français qui débouche le 12 juin 1798 sur la reddition signée par Hompesch, bientôt réfugié à Trieste alors que les chevaliers – dont certains ont rejoint l'armée d'Égypte – sont regroupés pendant plusieurs mois à Antibes avant de recouvrer leur pleine liberté. Dès 1800, les Anglais se substituent aux Français à Malte et, si le traité d'Amiens conclu en 1802 prévoit la rétrocession de l'île aux chevaliers, le gouverneur nommé par Sa Gracieuse Majesté ne veut rien entendre à ce propos. L'Angleterre se verra confirmer la possession de l'île lors du traité de Paris de 1814 et à l'occasion des congrès de Vienne et de Vérone en 1815 et 1822. Affaibli par les disputes nées des prétentions sans lendemain du tsar Paul Ier, l'Ordre, privé de territoire, est dirigé désormais par un « lieutenant du magistère » à qui le pape Léon XII concède un couvent et une église de Ferrare. Il revient pourtant s'installer à Rome en 1834, dans le palais de la Via dei Condotti, et renaît au cours du XIXe siècle, dans le cadre des associations nationales, jusqu'à la restauration de la Grande Maîtrise en 1879.

Il se consacre désormais de nouveau à ses tâches hospitalières et intervient lors des combats de l'unité italienne ou à l'occasion de la guerre franco-allemande de 1870. Il multiplie les hôpitaux et organise des trains sanitaires pendant la première guerre mondiale, notamment à l'arrière du front de Verdun, avant de fonder en 1934 l'Institut de médecine missionnaire. Après une période de tension liée aux tentatives du Vatican pour exercer sur lui un contrôle plus direct, l'Ordre se dote d'une nouvelle charte, approuvée en 1961 par le pape Jean XXIII.

Philippe Conrad
Mars 2002
 
Bibliographie
Histoire de Malte Histoire de Malte
Jacques Godechot
Presses Universitaires de France, Paris, 2000

Au temps des chevaliers de Rhodes Au temps des chevaliers de Rhodes
Claude Petiet
Fernand Lanore, Paris, 2000

Les chevaliers de Malte Les chevaliers de Malte
Armel de Wismes
France-Empire, Paris, 1998

Ces messieurs de la Religion ou l'ordre de Malte au XVIIe Ces messieurs de la Religion ou l'ordre de Malte au XVIIe
Claude Petiet
France-Empire, Paris, 1992

Les chevaliers de Malte. Des hommes de fer et de foi. Les chevaliers de Malte. Des hommes de fer et de foi.
Bertrand Galimard Flavigny
Découvertes
Gallimard, Paris, 1998

Sous l’emblème de la Croix de Jérusalem Sous l’emblème de la Croix de Jérusalem
Francis Gutton 
Éditions P. Lethielleux 1980

Neuf siècles de l’Ordre souverain, militaire et hospitalier de Saint Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte Neuf siècles de l’Ordre souverain, militaire et hospitalier de Saint Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte
Claude de la Salles
La Tradition vivante, 1992

Le Rouge de Malte Le Rouge de Malte
André Plaisse
Éditions Ouest-France Université 1991

Le siège de Malte. La grande défaite de Soliman le Magnifique 1565 Le siège de Malte. La grande défaite de Soliman le Magnifique 1565
Catherine Desportes
Hors collection
Librairie Académique Perrin, 1999

Les Barbaresques. La course et la guerre en Méditerranée. XIVe-XVIe siècles Les Barbaresques. La course et la guerre en Méditerranée. XIVe-XVIe siècles
Jacques Heers
Librairie Académique Perrin, Paris, 2001

Trésors de Malte Trésors de Malte

Dossier de l’Art n° 35, février 1997, Éditions Faton, Dijon.

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