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Dernières découvertes de l'art rupestre
Jean Clottes
Conservateur général du patrimoine
Responsable de l'étude scientifique de la grotte Chauvet

Partout dans le monde, dès l'époque glaciaire, mais parfois encore récemment, des hommes ont pratiqué l'art rupestre. Pourtant, à l'exception de quelques sites prestigieux, cet art premier de l'humanité par excellence demeure souvent méconnu… C'est pourquoi les éditions du Seuil ont confié à Jean Clottes la direction de la collection « Arts rupestres ». Conservateur général du patrimoine et responsable de l'étude scientifique de la grotte Chauvet, il a lui-même publié dans cette collection Le Musée des Roches. L'art rupestre dans le monde.

Au cours des dernières années, de nombreuses découvertes ont été effectuées en France. Des travaux importants ont été menés sur des sites des Pyrénées, de la Dordogne, du Quercy, de l'Ardèche, de la Bourgogne et de la Provence. En outre, les datations et les analyses se multiplient dans les grottes ornées et les recherches ont repris sur les problèmes d'interprétation. Mais la France est loin d'être le seul pays du monde où des découvertes se produisent et où la recherche avance. En Espagne, plusieurs grottes ornées sont révélées chaque année, outre des abris appartenant à des périodes plus récentes. Dans le monde, l'art rupestre est présent sur les cinq continents. Actuellement, on estime à plusieurs centaines de milliers l'effectif total des sites.

L'art des temps glaciaires

La découverte majeure des dernières années, de loin la plus médiatisée, fut celle de la grotte Chauvet, en Ardèche, à la fin de 1994. Depuis 1998, cette caverne est en cours d'étude par une équipe uniquement composée de spécialistes. C'est la première fois qu'une grotte ornée est étudiée dans des délais relativement brefs après sa découverte avec un tel professionnalisme. Dès à présent, les résultats de cette étude collective sont considérables. Les images d'animaux répertoriées, près de quatre cent quarante, comptent des espèces nouvelles ou très rares dans l'art pariétal, comme le bœuf musqué, la panthère et le hibou. La majeure partie des animaux représentés – rhinocéros, félins, mammouths – n'étaient pas chassés, alors que plus tard la tendance s'inversera, témoignant ainsi d'une évolution des religions préhistoriques. Les dates obtenues ont, par leur ancienneté, étonné autant que la qualité des peintures. Une vingtaine de dates s'étagent en effet entre 24 000 et 32 000 av. J.-C., les plus anciennes concernant les dessins eux-mêmes. Ce sont, jusqu'à présent, les dates les plus reculées connues au monde pour des dessins. Cette découverte révèle que l'évolution de l'art n'a pas été linéaire, avec des débuts frustes et des progrès plus ou moins constants. Au contraire, à une époque très ancienne, certains artistes maîtrisaient déjà des techniques aussi évoluées que la perspective ou l'estompe. Ces inventions furent sans doute perdues et retrouvées de nombreuses fois au cours du temps.

Dans certaines cavités déjà connues, des travaux d'ampleur ont été menés, comme dans la grotte Cosquer, à Marseille. Les plongées effectuées par Jean Courtin et Jacques Collina-Girard à la fin de l'année 1994 ont permis d'y trouver des mains négatives, faites au pochoir, et de nombreuses figures gravées et peintes.

Dans la grande grotte d'Arcy-sur-Cure (Yonne), les recherches originales de Dominique Baffier et Michel Girard ont mis au jour des peintures recouvertes de calcite, qui ont été littéralement fouillées par décapage minutieux des dépôts qui les cachaient à la vue.

Au Portugal, à Foz Côa, des milliers de gravures paléolithiques furent repérés, en 1994 et dans les années suivantes, sur des rochers, au bord d'une rivière. Un barrage en construction a été abandonné afin de les protéger, et un parc culturel a été créé. Cette découverte de première importance, complétée par d'autres en Espagne, montre que l'art de l'époque glaciaire n'était pas uniquement destiné aux grottes et que les roches en plein air étaient souvent utilisées. Dans la plupart des cas, l'art extérieur trop ancien n'a pas survécu aux intempéries. Les sites comme Foz Côa ne sont que les derniers vestiges d'un patrimoine disparu.

L'art rupestre dans le monde

Depuis une vingtaine d'années, les recherches sur l'art rupestre de toutes époques se sont multipliées, provoquant partout une avalanche de découvertes.

L'Europe est le continent où cet art est le plus célèbre mais le moins répandu. En effet, les grottes, les abris et les sites de plein air appartenant aux temps glaciaires ne sont que trois cent cinquante. Leur importance est donc disproportionnée par rapport à leur nombre. Les groupes majeurs sont postérieurs. En Scandinavie, un art particulier sur rochers a été créé par les premiers agriculteurs du néolithique, puis par leurs successeurs des âges du bronze et du fer. Aux mêmes époques est attribué l'art de l'arc alpin, avec quelques hauts lieux tels que le mont Bego en France et le Valcamonica en Italie. L'art du Levant, avec plus de huit cents abris peints dispersés du nord au sud de l'Espagne sur sa façade méditerranéenne, fait suite à celui des cavernes et se prolonge jusqu'au début des âges des métaux. Il est remplacé par un art schématique plus abstrait, qui couvre toute la péninsule Ibérique. On trouve aussi un groupe important de plus d'un millier de lieux ornés de gravures dans la forêt de Fontainebleau, près de Paris.

L'Afrique compte plus de cent mille sites, dont beaucoup de très grande importance. La plus grande partie appartient à des époques relativement récentes. L'on peignait encore des abris au XIXe siècle dans le sud de ce continent. Grossièrement, on peut distinguer deux très vastes aires principales : le Sahara et ses marges d'une part, le sud de l'Afrique de l'autre. L'art rupestre existe aussi dans le centre de l'Afrique, mais il y est moins répandu.

L'Asie est moins connue et son art rupestre est le plus souvent non daté. Ce continent si vaste doit comporter plusieurs dizaines de milliers de sites, avec plus de dix mille en Chine, mais il est encore impossible d'en faire une évaluation, même approximative. En gros, on peut distinguer quatre très grandes zones : Proche-Orient, Asie centrale, Inde et Chine.

Gravures et peintures sur roches sont présentes dans toute l'Océanie, où des sites majeurs se trouvent aussi bien sur les îles Hawaii que sur l'île de Pâques. L'Australie est le pays du monde le plus riche en art rupestre, avec plus de quatre-vingt mille sites. C'est le lieu où l'on connaît la plus longue tradition artistique ininterrompue. Certaines gravures y ont été datées – expérimentalement il est vrai – de plus de 40 000 ans, et des peintures traditionnelles étaient encore effectuées il y a une trentaine d'années.

L'art rupestre des Amériques est encore trop méconnu, bien que les recherches se soient intensifiées au cours de la dernière décennie. Des dizaines de milliers de sites existent, du Canada à la Patagonie. En Amérique du Nord, cet art est très varié, avec des peintures et des gravures spectaculaires. Citons les gigantesques figures fantomatiques de la Great Gallery dans l'Utah, les représentations chamaniques extraordinaires de la Pecos River, au Texas et au Mexique, ou encore les innombrables gravures de la Coso Range en Californie. L'Amérique centrale et l'Amérique du Sud sont également riches en art rupestre avec des traditions culturelles tout aussi diverses. La majeure partie des sites ornés américains ne doit pas dépasser quelques milliers d'années, voire quelques centaines, ce qui n'enlève rien à leur intérêt.

Interpréter l'art et le faire connaître

L'interprétation de l'art est un problème majeur. Idéalement, un informateur connaissant la signification des œuvres les explique au chercheur. Cela arrive, mais c'est rare. Dans certains cas, lorsque personne ne peut plus livrer les clefs de l'art rupestre, il est possible d'en approcher le sens en utilisant les données de l'ethnologie locale. C'est ce que font depuis vingt ans David Lewis-Williams et ses collaborateurs avec les peintures du Drakensberg, et plus généralement celles du sud de l'Afrique. On connaît les façons de penser des Boschimans, leur conception des mondes naturel et surnaturel, leurs façons d'agir. L'étude de leurs œuvres à travers ce filtre conceptuel a permis aux chercheurs de renouveler les interprétations d'un art que l'on croyait devenu fossile. Quant aux arts préhistoriques, pour lesquels on ne dispose ni d'informateurs directs ni de contexte ethnologique, on ne peut les approcher qu'à travers des analogies avec les arts plus récents.

Que des gravures ou des peintures remontent aux temps glaciaires, ou qu'elles aient été réalisées voici à peine deux cents ans importe en définitive assez peu. L'art rupestre, par sa généralisation géographique et chronologique, témoigne partout de systèmes de pensée complexes et de l'unité du génie humain.

Mis à part quelques sites prestigieux, comme Chauvet, Lascaux ou Altamira, l'art rupestre est encore trop méconnu. Un exemple récent le prouve : le célèbre musée des Arts premiers et des Civilisations, en cours de réalisation à Paris, est centré sur l'art des objets, alors que l'art rupestre – l'art premier par excellence de l'humanité – n'est jamais mentionné dans le projet. Pour mieux le faire connaître, une collection « Arts rupestres » a été créée aux éditions du Seuil. Elle comprend déjà une douzaine de beaux ouvrages, dont Le Musée des Roches. L'art rupestre dans le monde de Jean Clottes. Une lettre internationale d'informations sur l'art rupestre (INORA, 11 rue du Fourcat 09000 Foix), où tous les articles sont en anglais et en français, paraît trois fois par an et est diffusée dans 106 pays (abonnement : 16 Euros par an).

 

Jean Clottes
Juin 2000
 
Bibliographie
L'Art rupestre en Afrique du Sud : Mystérieuses images du Drakensberg<br/> L'Art rupestre en Afrique du Sud : Mystérieuses images du Drakensberg

David Lewis-Williams. Traduction de Jean Clottes

Arts rupestres
Le Seuil, Paris, 2003

L'Art rupestre dans le monde L'Art rupestre dans le monde
Jean Clottes
Le Seuil, Paris, 2000

Préhistoire de l'art occidental Préhistoire de l'art occidental
André Leroi-Gouran, Brigitte et Isabelle Delluc
Citadelles & Mazenod, Paris, Nouvelle édition 1995

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