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Ceylan, ou l'île de la diversité culturelle
Carisse Busquet
Diplômée de l’Institut d’art et d’archéologie de Paris I

Si-Lan pour les Chinois, Ilam pour les Indiens et Taprobane pour les Grecs : quel qu'ait été le vocable donné à Ceylan, de Rome à la Chine, ce pays fut réputé dès le IIIe siècle avant J.-C. pour ses gemmes et ses épices. « Larme scintillante », « Émeraude de l'océan Indien », il resta longtemps dans l'imaginaire des marins et des voyageurs synonyme de terre d'abondance et de mystères. Carisse Beaune-Busquet auteur de plusieurs ouvrages sur les civilisations de l'Asie du Sud, dont Sri Lanka chez Larousse et Sri Lanka aujourd'hui aux éditions du Jaguar, vous convie ici à partager sa fascination pour cette île.

Ceylan entre dans l'histoire au moment où le roi Devanampiya Tissa (IIIe siècle avant J.-C.) se convertit au bouddhisme et avec lui, au fil des siècles, toute la population cingalaise de l'île. Les Tamouls, venus de l'Inde dravidienne, constitueront dès la fin du IIIe et le début du IIe siècle avant J.-C. le contrepoint minoritaire hindou qui marquera de son indélébile empreinte l'histoire et l'art ceylanais.

Colombo, centre économique et ville-jardin

Ville sertie dans la lumière de l'océan Indien et tamisée par la luxuriance de la végétation tropicale, Colombo, capitale depuis 1948, est à elle seule un raccourci d'une histoire marquée du sceau de la diversité ethnique et religieuse. L'ancien port de Kalambu a vu accoster boutres arabes et vaisseaux portugais, hollandais puis britanniques. De ces négociants et colons successifs, elle a gardé quelques vestiges épars. Mais il fallut attendre les années 1870-80 pour que Colombo détrône l'ancien port de Galle, situé sur la côte sud.

Le quartier du fort est le cœur de l'activité commerciale. Les édifices les plus anciens offrent de beaux exemples de l'architecture coloniale britannique, comme la blanche General Post Office, la Clock Tower, ancienne résidence des gouverneurs devenue palais présidentiel (Janadhipati Medura), et l'Assemblée nationale. À ces vestiges d'un passé récent se mêlent bâtiments modernes et grands hôtels.

Plus pittoresque et animé est le quartier adjacent de Pettah (Pitakotuwa qui en cingalais signifie « fort extérieur »), centre de l'activité traditionnelle. C'est là que les commerçants tamouls le disputent aux Maures, descendants des premiers négociants arabes arrivés au Xe siècle. S'y négocient les célèbres pierres précieuses : le saphir, « seigneur de Lanka », le rubis, l'améthyste, le grenat, les pierres de lune et œils-de-chat. Aux gemmologues s'ajoutent les orfèvres de Sea Street, les marchands de fruits et légumes de Main Street et les mystérieux apothicaires ayurvédiques de Gabo's Lane qui vendent toute la pharmacopée traditionnelle d'Asie du Sud. Mais Pettah rassemble également les édifices religieux propres aux confessions de ses marchands : la grande mosquée Jami ul Alfar, la Wolfendahl Church, la plus ancienne église hollandaise de l'île (1749), l'église romaine de Santa Lucia (1876) et les temples hindous de style dravidien (kovil), dont le baroque Ponnambula Vanesvara.

Ville constamment balayée par la brise océane, Colombo est aussi une ville-jardin : face à la mer, Galle Face Green est le grand lieu de détente vespérale ; plus au sud, les Cinnamon Gardens constituent le quartier résidentiel, avec d'opulentes villas coloniales fondues dans les bougainvillées.

Anuradhapura ou le premier âge d'or cingalais

C'est dans l'antique Rajarata que naquit Anuradhapura, première capitale de l'île. Elle fut le fruit de la rencontre de Mahinda, le fils du grand empereur indien Ashoka, et de l'infatigable roi bâtisseur Devanampiya Tissa. Dès lors, ce souverain plein de sapience et ses successeurs dotent le site sacré d'innombrables dagoba, de gracieux vatadage (création architecturale typiquement cingalaise), de vihara ou monastères ainsi que de palais royaux ruisselant d'or et de pierres précieuses.

Anuradhapura, véritable hymne au Bouddha, acquiert au fil de ses douze siècles d'existence ce visage de ferveur et de sereine splendeur dont le Mahavamsa puis le Chulavamsa se sont fait les chantres. En effet, où que porte le regard, s'élèvent les étincelants dômes blancs des dagoba. Le Thuparama Dagoba est le plus ancien. Fondé au IIIe siècle avant J.-C. pour abriter la relique de la clavicule du Bouddha, il reste sans doute le plus beau de par l'équilibre subtil de ses proportions. Au loin se dresse le Ruvanvelisiya Dagoba (IIe siècle avant J.-C.), qui donne l'idée la plus juste de la majesté originelle de ces reliquaires monumentaux.

Anuradhapura doit sa sacralité au fait que le temple Shri Maha Bodhi abrite l'arbre sacré Bô provenant d'un rameau de l'arbre originel de Bodh Gaya en Inde, lieu où le Bouddha atteignit l'illumination de la sagesse.

Le temps a estompé l'architecture palatiale dont les vestiges attestent cependant la magnificence : les ruines du palais de Bronze du roi Duttugemunu (IIe siècle avant J.-C.) et ses 1 600 colonnes délimitant neuf cents salles réparties sur neuf étages ; le palais de Mahasena (IIIe-IVe siècles) et sa magnifique « pierre de lune » ; enfin, le palais royal fondé par Vijaya Bahu Ier au XIe siècle, avant que le monarque ne déplace la millénaire Anaradhapura à Polonnaruwa, à quelque quatre-vingts kilomètres au sud.

L'intermède de Sigiriya

Sigiriya, gigantesque forteresse bâtie sur une éminence qui surplombe de 370 mètres la plaine déchirée de crêtes erratiques du Rajarata, devint entre 477 et 495 le centre du pouvoir cingalais. Le roi Kassyapa, ayant fait assassiner son père Dhatusena, se réfugia sur le repaire d'aigle de Sigiriya. Il y fit construire un gigantesque palais dont il ne subsiste que les extraordinaires peintures murales dites des Demoiselles de Sigiriya, les fondations des édifices royaux et les réservoirs. Kassyapa y vécut dix-huit années durant, hanté par la peur de l'inévitable : la revanche de son demi-frère Moggallana qui rasa la « citadelle du Lion », tua l'usurpateur parricide et restaura le pouvoir à Anuradhapura.

Polonnaruwa, le dernier joyau du Rajarata

Si Anuradhapura est née dans le climat de foi et de douceur propre au bouddhisme, Polonnaruwa est fille de la guerre de reconquête que mena son fondateur Vijaya Bahu Ier (fin du XIe siècle) pour chasser les troupes de Rajaraja Ier, l'envahisseur tamoul indien qui avait pris possession de Lanka. Parakrama Bahu (1153-1186) et son successeur Nissamka Malla (1186-1196) sont les grands rois architectes de Polonnaruwa où se juxtaposent sanctuaires hindous et monastères bouddhistes.

Les temples de Shiva sont les plus beaux exemples de l'architecture dravidienne hindoue sur le sol ceylanais. L'élégant vatadage de Polonnaruwa (XIIe siècle), le Lankatilaka, le Kiri Vihara et l'étrange Lata Mandapya aux piliers de pierre en forme de tiges de lotus courbées sont autant d'odes au bouddhisme. Mais l'hommage le plusnirvana et son Bouddha debout, les bras croisés sur la poitrine, méditant la souffrance du monde (paradukkha-dukkhita).

Le palais de Parakrama Bahu, immense édifice de sept étages comprenant mille salles, conserve aujourd'hui les splendides vestiges de l'imposante salle des Audiences et de la salle du Conseil ornée d'étonnantes frises animalières.

De véritables royaumes hydrauliques

Les deux grandes capitales du Rajarata, région sujette aux sécheresses périodiques, sont ponctuées de bassins et de réservoirs artificiels qui les firent exister et perdurer. Ainsi, Polonnaruwa est située sur la rive orientale d'un plan d'eau de 2 500 hectares, si vaste pour l'époque qu'il fut appelé « l'océan de Parakrama » (Parakrama Samudra). Monastères et palais sont ornés de bassins rituels délicatement ouvragés comme le Kuttan-Pokuna, près du monastère de l'Abhayagiri, à Anuradhapura.

Mais, aux XIIIe-XIVe siècles, les grands travaux d'irrigation et les réservoirs naturels sont abandonnés et la population fuit le Rajarata. Fleurissent alors les royaumes de Kandy au centre et ceux plus éphémères de Kotte, Dambadeniya et Kurunegala dans le sud-ouest. Les causes de cet abandon sont encore sujettes à conjectures : invasions tamoules répétées, crises monarchiques internes, mauvais entretien des plans d'eau qui favorise le développement de la malaria. Quoi qu'il en soit, Kandy devient au XVIe siècle la dernière des grandes capitales cingalaises.

Kandy, ville martyre et bastion de résistance

Dans le haut pays aux vallées boisées et aux cluses aménagées en fertiles rizières, Kandy s'étend, enserrée entre le lac créé en 1806 par Shri Wickrama Raja Sinha, dernier roi de la dynastie kandyenne et le fleuve Mahaveli Ganga, le plus important de Ceylan.

Son architecture qui date du XIXe siècle porte le stigmate d'une histoire ponctuée par des combats d'une rare cruauté. Kandy, créée au XVIe siècle, fut en effet le bastion de quatre cents ans de résistance face aux conquérants portugais, hollandais puis britanniques. Pillage après pillage, les rois de Kandy rebâtirent inlassablement leur capitale. Seuls les Anglais parvinrent, à la faveur d'une trahison, à s'en emparer en 1815 et signèrent un traité qui mit fin aux carnages iconoclastes des Européens, sans réussir toutefois à instaurer une paix définitive dans le pays.

Kandy, véritable phénix insulaire, est aujourd'hui une paisible ville de pèlerinage et de villégiature. Le temple de la Dent (XVIIe-XVIIIe siècles) et l'ancien palais royal sont l'emblème de la permanence du bouddhisme et de la légitimité du pouvoir royal. Tous les ans, l'ancienne capitale s'anime au moment de la fastueuse fête de l'Esala Perahara, pendant laquelle le reliquaire contenant une réplique de la précieuse Dent est porté à travers toute la ville pendant dix jours.

Et tandis que les lumineux camaïeux de vert de la campagne kandyenne enchâssent les temples d'Embekke, de Gadaladeniya et du Lankatilaka, les jardins enchantés de Peradeniya offrent les senteurs de toutes les espèces tropicales…

Carisse Busquet
Juillet 1997
 
Bibliographie
Sri Lanka. Vision de l'île de Ceylan Sri Lanka. Vision de l'île de Ceylan
Suzanne Held
Vision
Hermé, Paris, 1999

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