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Canaan à l'ombre des pharaons (XVIe-Xe siècles av. J.-C.)
André Lemaire
Directeur d’études à l'Ecole pratique des hautes études

« Canaan », c'est-à-dire, le sud du Levant, n'était séparé de la prestigieuse Égypte que par la zone désertique du nord du Sinaï, le long de la côte basse méditerranéenne. Si la civilisation cananéenne fut florissante du temps du Moyen Empire, les nombreuses campagnes menées par les pharaons du Nouvel Empire leur permirent de prendre le contrôle des petites cités de Canaan. La commémoration de ces campagnes sur les stèles funéraires est une source précieuse d'information, en particulier celle qui relate comment Merneptah mata une révolte cananéenne et où apparaît, pour la première fois, le nom d'Israël. Si ce pharaon réussit à réaffirmer son contrôle sur Canaan, l'arrivée des « peuples de la Mer », parmi lesquels les Philistins, allait modifier une fois de plus l'équilibre géopolitique précaire de cette région.

Du Moyen Empire au Nouvel Empire, renversements de pouvoir

Le plus souvent c'est l'Égypte qui exerçait son influence politique, directe ou indirecte, sur Canaan. Cependant, après le Moyen Empire, lors de la deuxième période intermédiaire égyptienne (XVIIIe-XVIe siècle av. J.-C.), période qui reste assez obscure, les Hyksos – population ouest-sémitique venant probablement du sud du Levant – réussirent à dominer politiquement le delta du Nil, spécialement durant la XVe dynastie (env. 1634-1526). Durant cette période, l'Égypte se trouvait politiquement divisée en deux entités politiques : le Delta et le reste de la vallée du Nil, avec Thèbes pour capitale.

À cette époque la civilisation cananéenne était à son zénith et comportait de nombreuses villes puissamment fortifiées aussi bien à l'intérieur – Hazor, Sichem, Gézer, Lakish, Hébron, Jérusalem… – que sur la côte – Akko, Jaffa, Ashqélôn… En étudiant les résultats des fouilles archéologiques et des explorations de surface, les spécialistes de démographie antique ont pu très approximativement estimer la population de la Palestine à cette époque à quelque 140 000 habitants et c'est peut-être de cette époque que date l'invention de la première écriture alphabétique qui suppose une population ouest-sémitique en contact fréquent, voire en symbiose, avec l'antique civilisation et l'écriture de l'Égypte.

Avec le Nouvel Empire égyptien, la relation dominant-dominé entre l'Égypte et Canaan va, à nouveau, s'inverser. Après avoir libéré l'Égypte en chassant les Hyksos, en particulier par la prise de leur capitale Avaris/Tell el-Dab'a vers 1525, le pharaon Ahmosis réussit, après un siège de trois ans, à s'emparer de Sharuhen, la véritable capitale des Hyksôs dans le sud de la Palestine. Quelque temps après, les pharaons Thoutmosis I et surtout Thoutmosis III (1479-1457-1424) se lanceront dans de grandes campagnes militaires en Asie avec la prise et le pillage d'un certain nombre de villes dont ils dresseront ensuite les listes sur les murs des temples de Karnak. Lors de la première campagne de Thoutmosis III, une bataille très importante à Megiddo livra le Retenou – territoire entre l'Égypte et le Litani, correspondant pratiquement à la Palestine géographique – au pouvoir de l'Égypte. Désormais cette région est intégrée au Nouvel Empire égyptien et doit payer tribut, avec d'autres territoires du Levant situés encore plus au nord.

Canaan, colonie féodale

Sous le pouvoir des pharaons, Canaan apparaît comme une sorte de protectorat ou de colonie féodale. Chaque roi, ou roitelet, ou maire de ville, doit faire allégeance au pharaon et tenir compte des exigences de ce dernier qui assure aussi son pouvoir en envoyant un certain nombre de représentants sur place. Certaines plaines fertiles, comme la plaine de Yizréel, sont directement administrées et exploitées par l'administration égyptienne. De plus, certaines villes, telles que Gaza et Beth-Shéan, deviennent des villes de garnison avec une très forte présence et influence égyptienne, tandis que, ici et là, on érige des temples dédiés à des divinités égyptiennes, temples éventuellement dotés de terres comme en Égypte. À la même époque d'ailleurs, apparaît en Égypte le culte de plusieurs divinités cananéennes : Resheph, Haurôn, Astarté… Enfin, de temps à autre, le pharaon organise une expédition militaire soit pour « pacifier » Canaan, soit éventuellement pour affronter des ennemis encore plus au nord. On a ainsi plusieurs références à des campagnes asiatiques des pharaons Amenhotep II (c. 1424-1398) et Thoutmosis IV.

Cependant c'est surtout à partir du règne d'Amenhotep III (env. 1387-1348) que nous sommes mieux renseignés sur la situation de Canaan grâce aux fameuses lettres d'El-Amarna, tablettes cunéiformes akkadiennes dont beaucoup ont été envoyées par des roitelets cananéens au pharaon et ont été retrouvées dans les ruines d'El-Amarna/Akhétaton, la capitale provisoire d'Amenhotep IV/Akhénaton (env. 1348-1331). Ces lettres révèlent un contexte international généralement pacifique avec, par exemple, des relations diplomatiques entre le roi de Babylone Kadashman-Enlil et Amenhotep III, ce qui n'exclut pas la naissance d'un royaume d'« Amourrou », en partie aux dépens de celui de Byblos, et l'influence grandissante des Hittites d'Anatolie, ainsi que de nombreuses tensions et même parfois interventions militaires entre royaumes cananéens voisins et rivaux.

Se prétendant souvent calomniés par leurs voisins, tous les rois cananéens se considèrent comme des vassaux du pharaon et lui promettent obéissance, en s'exprimant avec des formules obséquieuses telles que :

« Message de Yapahu, l'homme de Gézer, ton serviteur, poussière à tes pieds : je me prosterne aux pieds du roi, mon seigneur, mon dieu, mon Soleil, le Soleil du ciel, 7 fois et 7 fois, sur le ventre et sur le dos… » (EA 378)

« Abdashirta, ton serviteur, boue sous tes pieds et chien de la maison du roi, mon seigneur » (EA 61).

De l'autre côté, le pharaon adresse ses ordres à ces roitelets et formule ses exigences : « Sois sur tes gardes. Tu dois garder la place du roi là où tu es. Prépare les contributions : 20 esclaves de première classe, de l'argent, des chars, des chevaux de première classe… » (EA 99) et les roitelets se déclarent prêts à remplir ces exigences auxquelles s'ajoute l'entretien matériel des troupes égyptiennes de passage. Ainsi le maire d'Ashqélôn, écrit-il au pharaon : « Je fais attention aux ordres du roi, mon seigneur, le fils du Soleil : j'ai préparé de la nourriture, de la boisson forte, de l'huile, du grain, des bœufs, du petit bétail avant l'arrivée des troupes du roi, mon seigneur. J'ai tout entreposé pour les troupes du roi, mon seigneur… » (EA 325).

Ces roitelets locaux devaient aussi assurer la police et la sécurité de leur territoire, en particulier pour les caravanes de marchands internationaux. Ce respect n'était pas toujours assuré comme le montre la plainte du roi de Babylone Burnaburriash auprès du pharaon : « Mes marchands en route avec Ahutabu ont été retenus en Canaan pour des questions d'affaires. Après qu'Ahutabu se soit rendu chez mon frère, à Hinnatôn de Canaan, Shumadda fils de Balume et Shutatna fils de Sharatum d'Akkô, envoyèrent leurs hommes, tuèrent mes marchands et prirent leur argent… Canaan est ton pays et ses rois sont tes serviteurs… Demande-leur des comptes. » (EA 8.) De même, ces roitelets devaient-ils assurer la sécurité et éventuellement l'entretien des messagers et ambassadeurs bénéficiant d'un sauf-conduit (EA 30). Dès lors, il ne faut pas s'étonner si, dans leurs messages, ils demandent souvent des renforts pour assurer cette sécurité. Ainsi Abdihéba de Jérusalem demande-t-il « cinquante hommes comme garnison pour garder le pays » (EA 289). Les effectifs très limités montrent qu'il s'agit d'un détachement de « gendarmerie » plutôt que d'une véritable armée !

En même temps, cette correspondance laisse apparaître des rivalités entre cités ou royaumes voisins qui se disputent une ville frontière. Ainsi Shuwardata reproche-t-il au roi de Jérusalem, Abdihéba, d'avoir pris la ville de Qeïlah dans la Shephélah (EA 280) tandis qu'Abdihéba accuse le roi de Gézer d'avoir pris Rubute et qu'il reproche au commissaire égyptien de préférer les ‘Apiru aux maires de villes cananéennes.

Les ‘Apiru

Les ‘Apiru sont mentionnés dans plusieurs autres textes du Proche-Orient ancien. Le terme désigne des groupes sociaux en marge de la société « urbaine » cananéenne directement liée, en Canaan, à la puissance égyptienne. Les ‘Apiru sont comparés à des chiens qui s'enfuient (EA 67) ; ils servent de troupe auxiliaire du roi d'Amourrou Abdashirta (EA 71) et se mettent à la solde des deux fils de Labayu (EA 246). La remarque : « les pays se sont joints aux ‘Apiru » (EA 85) apparaît plusieurs fois pour exprimer que ces pays échappent au contrôle de l'Égypte tandis que le roi de Hazor est dénoncé comme ayant abandonné sa maison et s'être aligné avec les ‘Apiru (EA 148), ce qui n'empêche pas ce dernier de protester de sa fidélité au pharaon : « Je garde Hazor et ses villages pour le roi mon seigneur. » (EA 228.)

En fait, c'est surtout Labayu, maire de Sichem, qui, avec ses deux fils, est dénoncé comme s'étant allié avec les ‘Apiru et contrôlant avec leur aide la Cisjordanie centrale, menaçant même la plaine de Yizréel : l'« homme de Megiddo », Biridiya, dénonce leur menace sur « Megiddo, la ville du roi » (EA 243) et demande « une garnison de 100 hommes pour garder sa ville de peur que Labayu ne s'en empare » (EA 244)… tandis que, de son côté, Labayu proteste de son innocence : « Je suis un serviteur loyal du roi ! Je ne suis pas un rebelle et je ne manque pas à mon devoir. Je n'ai pas refusé de payer mon tribut et je n'ai rien refusé de ce que mon commissaire avait demandé. » (EA 254.)

Plus au sud, la menace des ‘Apiru se fait sentir sur la région d'Ayyalôn : le roi de Gézer, Milkilu, informe le pharaon que « les ‘Apiru ont écrit à Ayyalôn et à Zoréa et les deux fils de Milkilu ont failli être tués » (EA 273) tandis que le maire de Jérusalem, ‘Abdihéba dénonce « l'action de Milkilu et celle des fils de Labayu qui ont livré le pays du roi aux ‘Apiru » de telle façon que les caravanes du roi sont interceptées dans la campagne d'Ayyalôn et que la ville de Jérusalem est pratiquement isolée (EA 287). Cette importance et ce rôle des ‘Apiru en Cisjordanie centrale au XIVe siècle permettent de mieux comprendre les origines d'Israël en Canaan au XIIIe siècle.

D'une façon plus générale, cette documentation révèle que la situation sociale et économique devient de plus en plus difficile. La société elle-même semble très divisée entre des chefs soumis à l'Égypte, mais cherchant surtout à profiter de leur position, et une population soumise à de nombreuses exactions avec l'envoi régulier vers l'Égypte de personnels, captifs ou esclaves, d'argent, de chars, de bétail ; EA 301 mentionne, par exemple, « 500 bœufs et 20 filles ». Le poids de ces prélèvements et l'instabilité politique, ainsi que les nombreuses interventions militaires entre cités rivales, ont dû décourager la population. Les explorations archéologiques de surface révèlent, au bronze récent, une dépopulation particulièrement sensible dans les collines et dans les montagnes dominées par l'insécurité.

La première mention d'Israël

Cette documentation d'El-Amarna nous donne ainsi un témoignage direct sur la situation de Canaan jusque sous les pharaons Toutankhamon et Ay, jusque vers 1320. L'Égypte est bientôt dominée par une nouvelle dynastie (XIXe dynastie) et entre dans l'époque ramesside dont le plus célèbre pharaon est Ramsès II. Ce dernier commença son long règne de 66 ans (env. 1279-1213) par de grands travaux de construction puis, en sa cinquième année, affronta l'armée hittite en Syrie à la fameuse bataille de Qadesh qui, après diverses autres campagnes, aboutit à un traité de non-agression dans sa vingt et unième année : l'Amourrou reste hittite et Canaan égyptien. Comme son père Séti Ier, il laissa une stèle à son nom dans la ville fortifiée de Beth-Shean.

Le fils et successeur de Ramsès II, Merneptah (env. 1212-1202) commémora ses diverses campagnes – Libye, Nubie, Canaan – sur une stèle déposée dans son monument funéraire de la nécropole thébaine ; elle comporte un hymne célébrant la paix avec un court passage sur Canaan : « Canaan a été razzié de la pire manière. Ashqélôn a été enlevée. Gézer a été saisie. Yeno‘am est comme si elle n'avait pas existé. Israël est dévasté, sa semence n'existe plus. Huru [la Palestine] est devenue une veuve du fait de l'Égypte… ». Bien plus, d'après les remarques de l'égyptologue F. Yurco, ce pharaon, qui se faisait appelé « celui qui s'était emparé de Gézer », fit représenter cette campagne en Canaan sur des bas-reliefs de la cour de la cachette. Ces reliefs et, surtout, cette première mention d'Israël en référence à une bataille vers 1210 ont été beaucoup étudiés. Israël y apparaît comme une population du pays de Canaan, plus précisément une population qui ne s'abrite pas dans une ville fortifiée mais tient la campagne. Cette mention est donc très importante car elle permet de situer très probablement au XIIIe l'apparition d'Israël en Canaan, puisque le nom d'Israël est totalement absent des lettres d'El-Amarna.

Cependant on notera que la divinité de ce groupe Israël, Yhwh, prononcé probablement « Yahwoh », introduite en Canaan en même temps que le groupe qui l'adorait, n'était vraisemblablement pas totalement inconnue des pharaons égyptiens qui avaient été confrontés au XIVe et au XIIIe siècle aux « Shosu de Yahwo' », aux côtés des « Shosu de Se'ir » et des « Shosu d'Édom », dans la région orientale de la péninsule du Sinaï, entre le Négev et la mer Rouge, comme en témoignent des listes égyptiennes de l'époque d'Aménophis III (à Soleb) et de Ramsès II (à Amara-Ouest et à Aksha). Les « Shosu » étaient apparemment une population nomade ou semi-nomade située au sud et à l'est de Canaan, évidemment mal contrôlée par l'Égypte, et correspondant probablement aux tribus nord-arabes, spécialement aux Madianites de la tradition biblique ancienne.

Bien que les commentateurs aient souvent affirmé jusqu'ici que la bataille de Merneptah contre Israël n'avait aucun écho dans la Bible, on peut la rapprocher de la fameuse bataille des alliés Gabaonites et Israélites contre une coalition de rois cananéens, bataille rapportée en Josué 10 et située à la montée de Beth-Horôn débouchant sur la vallée d'Ayyalôn, non loin de Gézer. Apparemment l'enjeu de cette dernière bataille consistait à prendre le contrôle de l'accès septentrional vers Jérusalem. La participation de nombreuses troupes auxiliaires cananéennes dans l'armée égyptienne et l'objectif de dégager l'accès vers Jérusalem ont pu laisser aux Israélites le souvenir d'une bataille israélito-cananéenne et non israélito-égyptienne et ce ne serait pas la première fois dans l'histoire – ni la dernière – que, après une bataille longue et incertaine, chacun des camps se serait déclaré vainqueur.

Quoi qu'il en soit, la stèle de Merneptah révèle une révolte importante en Canaan, incluant trois villes fortifiées et la participation d'un nouveau groupe « Israël » qui semble jouer un rôle analogue à celui des ‘Apiru des lettres d'El-Amarna en n'étant pas rattaché à une ville précise et en occupant une partie de la Cisjordanie centrale, ce qui concorde assez bien avec les traditions israélites anciennes que nous ne ferons qu'évoquer ici. On notera simplement aussi que, d'après les explorations de surface, la courbe démographique décroissante de Canaan, spécialement de la région de collines, semble s'inverser vers 1200 avec l'installation de nouveaux villages en bordure du désert oriental et une population ayant tendance à augmenter en « colonisant » peu à peu les parties occidentales.

Les Philistins

La révolte cananéenne semble donc avoir été assez rapidement matée par Merneptah qui réaffirma avec force le contrôle égyptien sur Canaan. En fait, ce contrôle égyptien fut bientôt confronté à une menace autrement sérieuse, celle dite des peuples de la Mer, en fait plutôt des « peuples du Nord », Philistins, Tjekker, Shekelesh, Denyen et Oueshesh, sous Ramsès III (env. 1185-1153) qui stoppa leur avance dans une double bataille sur terre et sur mer, probablement dans la partie orientale du Delta. Ces peuples s'installeront sur la côte du Levant-Sud, en particulier les Philistins dans la plaine fertile située entre Jaffa et Gaza et les Tjekker un peu plus au nord, dans la région de Dor comme l'indique le récit de Wenamon. Assez vite, ils seront à l'origine d'une nouvelle civilisation, la civilisation philistine ou philistienne dans laquelle les traditions de leur pays d'origine furent mêlées et en partie absorbées dans la civilisation cananéenne locale, en particulier en ce qui concerne l'écriture et la langue.

Après le règne de Ramsès III, le contrôle égyptien sur Canaan semble considérablement s'affaiblir puis disparaître totalement d'abord dans le nord puis dans le sud, probablement sous le règne de Ramsès VI (env. 1143-1136), suivi par les troubles de la fin de la XXe dynastie.

Nous ne savons que peu de chose sur la politique asiatique de la XXIe dynastie égyptienne au début de la « troisième période intermédiaire » et sa chronologie reste assez incertaine. À cette époque (XIe siècle), d'après la tradition biblique et les vestiges archéologiques, les Philistins essayèrent de profiter de la disparition du contrôle égyptien d'abord pour agrandir leur territoire, puis pour étendre leur domination sur toute la Palestine, en particulier la plaine de Yizréel et les collines de Cisjordanie centrale habitée par le groupe Israël, auquel semblent s'être ralliés d'autres groupes de ‘Apiru/Hébreux. C'est cette domination des Philistins sur une grande partie du sud de Canaan qui donna à cette région le nom de Palestine, c'est-à-dire le pays des Philistins. Cette confédération de tribus « israélites » tenta d'organiser sa résistance sous la direction de celui qu'ils avaient désigné comme leur roi, « Saül », mais celui périt finalement à la bataille du mont Gilboa (vers 1010) et les derniers résistants israélites se réfugièrent à Mahanayim, de l'autre côté du Jourdain.

Cependant la victoire et la domination philistines furent de courte durée. Un ancien ‘Apiru/Hébreu, qui avait été un moment mercenaire au service du roi philistin de Gat, David, réussit à se faire reconnaître « roi de Juda » à Hébron et, bientôt, à rallier les tribus israélites. Il put alors repousser les Philistins hors de la Cisjordanie centrale et s'emparer de Jérusalem dont il fit sa capitale. Bientôt, hormis la Philistie à laquelle il ne s'attaque jamais directement, le nouveau roi de Jérusalem étendit sa domination directe sur presque tout l'ancien territoire de Canaan et intervint même militairement en Transjordanie, à l'est, et en pays araméen, au nord.

Dernières campagnes militaires égyptiennes contre Canaan

Pendant toute cette période, l'Égypte, absorbée par ses problèmes de politique intérieure et à nouveau divisée entre deux capitales, Tanis et Thèbes, semble rester absente et ne plus intervenir en Canaan. Cependant elle ne s'en désintéressait pas totalement et accueillait à la cour de Tanis le prince araméen Hadad échappant à l'armée du général israélite Joab (1 Rois 11, 18-20). À la mort de David puis de Joab, le pharaon laissa repartir Hadad qui revint en pays araméen et s'empara de Damas (1 Rois 11, 23-25). Il en fit sa capitale, fondant ainsi un royaume qui devait marquer l'histoire du Levant pendant plus de deux siècles. De son côté, le pharaon lui-même, probablement Siamoun, tenta de réaffirmer son pouvoir politique sur Canaan et organisa une campagne militaire pendant laquelle il s'empara de Gézer et donna une de ses filles en mariage au nouveau roi Salomon (1 Rois 10,16). Ce mariage de Salomon avec la « fille du pharaon » a souvent été discuté et mal interprété. En fait, c'était, pour le pharaon, un moyen traditionnel de contrôler ce qui se passait à la cour de Jérusalem dont le royaume était ainsi placé dans l'orbite de l'influence politique de l'Égypte.

Vers 945, le fondateur de la XXIIIe dynastie, Shéshonq Ier tenta de réaffirmer de façon encore plus claire le contrôle égyptien sur Canaan. Il accueillit d'abord le principal opposant à Salomon, Jéroboam (1 Rois 11, 40), le renvoyant dans son pays à la mort du roi, ce qui lui permit de se faire reconnaître comme roi d'Israël, à Sichem (1 Rois 12, 20). Après cette préparation politique affaiblissant le pouvoir local suivant l'adage « diviser pour régner », il entreprit lui-même une campagne militaire en Canaan vers 925. Cette campagne nous est connue par la liste des villes conquises exposée sur un mur des temples de Karnak ainsi que par 1 Rois 15, 25 : « La cinquième année du roi Roboam, Shishaq, roi d'Égypte, monta contre Jérusalem. Il prit les trésors du temple de Yhwh et les trésors de la maison du roi. Il prit absolument tout… ». En fait, ce très lourd tribut exprimait une soumission politique totale du roi de Juda, alors que le roi d'Israël essayait de résister, ce qui conduisit l'armée égyptienne à s'emparer de ses principales places fortes jusqu'à Megiddo, au nord.

Cette campagne militaire semble avoir représenté le dernier effort égyptien pour rétablir son contrôle direct sur Canaan. Shéshonq Ier mourut peu après et ses successeurs semblent s'être contentés de l'action diplomatique pour continuer à exercer une certaine influence politique sur les divers rois de Canaan – Pentapole philistine, Juda, Israël et Tyr.

André Lemaire
Janvier 2004
 
Bibliographie
L'Egypte et la vallée du Nil, tome 2 : De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire L'Egypte et la vallée du Nil, tome 2 : De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire
Claude Vandersleyen
Nouvelle Clio
PUF, Paris, 1995

La Naissance du monothéisme, point de vue d'un historien La Naissance du monothéisme, point de vue d'un historien
André Lemaire
Bayard Editions, Paris, 2003

The third Itermediate Period in Egypt (110-650 B.C.) The third Itermediate Period in Egypt (110-650 B.C.)
K.A. Kichen
Aris and Phillips, Warminster, 1986

La Protohistoire d'Israël La Protohistoire d'Israël
Sous la direction d'Ernest-Marie Laperrousaz
Cerf, Paris, 1990

Les Lettres d'El-Amarna. Correspondance diplomatique du pharaon Les Lettres d'El-Amarna. Correspondance diplomatique du pharaon

In Littératures anciennes du Proche-Orient 13
Cerf, Paris, 1987

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