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Aï Khanoum, ou la redécouverte d'un royaume grec perdu d'Asie centrale
Paul Bernard
Ancien directeur de la délégation
archéologique française en Afghanistan
Membre de l’Institut

L'une des conséquences de la conquête de l'Orient par Alexandre (334-325 av. J.-C.) fut la formation en Asie centrale d'un puissant royaume grec qui, à son apogée, vers le milieu du IIe siècle av. J.-C., domina l'ensemble des territoires qu'occupent aujourd'hui les républiques ex-soviétiques de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan, l'Afghanistan et le Pakistan. Pendant longtemps l'existence de ce royaume qui disparut aux alentours de notre ère, conquis à son tour par des envahisseurs nomades venus du nord-est, ne fut connue que par quelques allusions à son histoire conservées par les auteurs classiques grecs et latins et par des exemplaires de ses monnaies entrés dans les collections des musées qui permettaient de reconstituer la lignée de ses souverains. Qui allait oser repartir sur les traces d'Alexandre ?

Les travaux de la Délégation archéologique française en Afghanistan

La première mission que reçut la Délégation archéologique française en Afghanistan après sa création en 1922 fut de retrouver sur le terrain la trace des monuments perdus de cette Grèce d'Asie centrale en allant fouiller à Bactres, l'ancienne capitale du pays, dans la vallée de l'Oxus (le moderne Amou Daria), dans le nord de l'Afghanistan. Mais l'entreprise mal conçue se solda par un échec et, faute d'avoir rien découvert, Alfred Foucher, le fouilleur malheureux, en tira la conclusion que cet État grec oriental, si puissant qu'il ait pu être, n'avait jamais possédé de véritable civilisation susceptible d'avoir laissé derrière elle des témoins matériels dignes d'attention, et que l'opinion savante avait été victime d'un « mirage bactrien ». Les belles monnaies qu'on admirait dans les médaillers avaient dû être commandées à des artistes venus d'Occident. Mais une longue enquête raisonnée menée par Daniel Schlumberger, l'un des successeurs de Foucher à la direction de la DAFA (1945-1964), sur l'influence qu'avait pu exercer l'art gréco-bactrien et indo-grec sur ses successeurs, aboutit, quarante ans plus tard, avec l'aide de la chance, à la découverte en 1964 sur la frontière entre l'Afghanistan et l'Union soviétique (aujourd'hui Tadjikistan) d'une grande ville grecque de l'antique Bactriane aux lieux-dits Aï Khanoum – en uzbek « Dame Lune ». Le soi-disant mirage était devenu réalité.

Une colonie grecque

Quand les archéologues français arrivèrent à Aï Khanoum où ils allaient fouiller de 1965 à 1978, ils se présentaient démunis de toute référence archéologique sur un site où, pour chaque trouvaille, les analogies étaient à chercher à plusieurs milliers de kilomètres de là, dans le monde méditerranéen et le Proche-Orient gréco-romain. Une chose cependant fut immédiatement certaine : cette ville d'une ampleur exceptionnelle, s'étalant sur une étendue triangulaire de 1,9 km sur 1,6 km, bordée par le confluent de deux fleuves, l'Oxus et l'Amou Daria, le maître fleuve de l'Asie centrale, par son affluent afghan, la Kokcha, et fermé sur le troisième côté par une acropole naturelle, avait été construite et habitée par des Grecs. En effet, comme nous l'apprirent de modestes graffitis griffonnés sur des vases puis de vraies inscriptions, la langue des habitants était le grec, dans la vie courante aussi bien que dans les documents administratifs, écrit sans trace de barbarisation jusqu'à la dernière heure de ce jour de 145 av. J.-C., quand ils abandonnèrent, pour n'y plus revenir, leur ville menacée par un déferlement de nomades. Pour les tombes de leurs défunts, des lettrés composaient des épitaphes en vers, et leurs princes gardaient dans la bibliothèque du palais une collection de manuscrits littéraires sur papyrus et parchemin, partis en poussière depuis le temps, mais dont l'un avait laissé, décalcomaniées dans la terre des décombres, les lettres encrées de quelques colonnes de son texte où l'on reconnut les restes d'un dialogue philosophique perdu d'Aristote où celui-ci critiquait la théorie de Platon sur les Idées. Au cœur de la ville, sur le parvis de la tombe d'un colon de la première heure, Kinéas, honoré comme le père fondateur de la cité, était exposée une stèle en pierre qui rappelait aux colons leurs devoirs envers leur identité nationale. On y lisait la copie, faite dans le sanctuaire d'Apollon à Delphes par un philosophe bien connu, Cléarque de Soles, disciple d'Aristote, et offerte par lui à la cité quand il y était passé, des célèbres maximes delphiques attribuées aux Sept Sages légendaires de la Grèce, sorte de bréviaire de la sagesse grecque exprimant, en formules lapidaires, les vertus idéales du citoyen dans sa vie publique et privée. Ces colons, descendants de ceux qu'Alexandre avait laissés derrière lui en Bactriane en nombre non négligeable, quand il descendit sur l'Inde, ou de ceux, bien plus nombreux, que les rois séleucides envoyèrent dans la première moitié du IIIe siècle av. J.-C. pour renforcer le peuplement de la province de Bactriane qui était alors rattachée à leur royaume de Syrie-Mésopotamie, portaient des noms grecs et macédoniens.

Nous ignorons quel est le roi qui ordonna la fondation de leur ville, Alexandre en 329-327 – l'Oxeianè mentionnée par le géographe Ptolémée reste une simple supposition – ou son successeur Séleucos I vers 305 av. J.-C. Cette fondation répondait à la nécessité de contrôler militairement et administrativement les riches plaines de la Bactriane orientale et d'en surveiller les accès qu'ouvraient vers elle les affluents de la rive droite de l'Oxus. Un grand arsenal rempli d'armements incendié par les conquérants nomades, la puissance de la ceinture de remparts massifs en briques crues et une citadelle quasiment imprenable à l'extrémité sud-est de l'acropole, au sommet de la falaise dominant les eaux de la Kokcha, témoignent de la valeur stratégique du site. La présence d'un vaste palais en dit long sur l'importance au sein du royaume gréco-bactrien de cette ville royale qui, dans la dernière période de son existence, fut rebaptisée « Eucratideia » par le roi Eucratide (171-145 av. J.-C.), qui en avait fait sa capitale personnelle et fit exécuter sur le palais un ambitieux programme de rénovation.

Un urbanisme et une technologie grecs

Le gymnase dont s'était dotée la ville était l'institution éducative par excellence, chargée de transmettre l'identité culturelle grecque. Les dieux protecteurs traditionnels du gymnase, Héraclès et Hermès, patronnaient à la fois la compétition physique et l'acquisition d'un savoir de base où la connaissance d'Homère tenait une place essentielle. Aï Khanoum, comme toute ville grecque, avait son théâtre, dont les gradins déployés en éventail contre le flanc intérieur de l'acropole pouvaient accueillir plusieurs milliers de spectateurs, et où les acteurs jouaient, masqués selon l'usage, les pièces du répertoire classique, comme nous l'a appris une sculpture représentant le masque traditionnel de l'esclave cuisinier, sorte de Maître Jacques de la comédie grecque, qui servait de bouche à une fontaine publique, autre élément caractéristique de l'urbanisme grec.

Dans leur vie quotidienne les colons utilisaient les instruments de la technologie grecque. On trouve dans leurs demeures ces meules à grains perfectionnées, dites meules à trémies, actionnées par un bras de levier à mouvement horizontal, que la colonisation grecque a semées comme autant de cartes de visite partout où elle est allée. Pressoirs, serrures, encriers, strigiles avec lesquels les athlètes, après l'effort, se raclaient la peau encrassée d'huile et de poussière, reproduisent des modèles occidentaux et des cadrans solaires de type grec à section hémisphérique servent à lire l'heure.

Grecs et Bactriens

Le caractère volontairement surdimensionné de l'architecture de la ville, son rôle de capitale royale qui ne faisait le plein de ses occupants que saisonnièrement et dont certains bâtiments, comme le théâtre et le gymnase, avaient pu être prévus pour répondre aux besoins de toute la province, enfin notre connaissance insuffisante des quartiers d'habitation font obstacle à une estimation précise du nombre d'habitants. La proportion de l'élément oriental dans la population urbaine nous échappe également : tout au plus sait-on que l'administration palatiale comportait dans des postes de rang moyen des fonctionnaires d'origine bactrienne dont nous avons retrouvé les signatures à la trésorerie sur des reçus. De la population indigène que nourrissait son riche terroir agricole, la ville n'hébergeait probablement de façon permanente que des notables plus ou moins hellénisés, que leurs goûts, leurs obligations ou leur intérêt personnel poussaient à rechercher la société des Grecs, les scribes et les fonctionnaires subalternes du palais ainsi que les petites gens qui constituaient le personnel de service des colons étrangers. Ceux-ci, administrateurs, militaires, grands propriétaires terriens, artisans des métiers d'art, formaient l'aristocratie de cette société. Il faut admettre que les colons n'auraient pu se maintenir aussi longtemps et prospérer comme ils firent dans un milieu résolument hostile. Après la farouche résistance rencontrée par Alexandre, il a bien fallu que s'établisse entre les nouveaux maîtres et la population bactrienne, principalement ses chefs traditionnels, un certain degré d'entente et de collaboration.

Techniques et bâtiments orientaux

L'Orient saute aux yeux dans l'architecture que cette société coloniale grecque s'est donnée. D'abord dans la technique de construction en briques crues, dont l'usage était en Bactriane si invétéré qu'il fut même appliqué à l'édifice qui s'y prêtait le moins, le théâtre, où la cuvette des gradins faits de briques crues nécessita, pour résister au ruissellement des eaux de pluie, le renouvellement incessant d'épaisses couches d'un enduit protecteur de torchis. La pierre était réservée aux colonnes, utilisées à profusion dans certains porches et les portiques des cours à péristyle – on compte cent dix-huit colonnes dans la cour d'entrée du palais, soixante dans une autre cour intérieure – et les trois ordres traditionnels de l'architecture grecque sont représentés, le dorique, l'ionique et surtout le corinthien qui, avec son décor végétal – peint en vert ! – de feuilles d'acanthe, flattait davantage l'œil. Ces colonnades créaient l'illusion d'une ambiance à la grecque, de même que les « antéfixes », plaques décoratives en terre cuite ornées généralement de palmettes qui, comme en Grèce, garnissaient le bord des toits ; à Aï Khanoum, cependant, elles faisaient difficilement oublier que ceux-ci étaient, à l'orientale, plats et faits d'une épaisseur de terre protégée d'un enduit de torchis, et non à la grecque, pentus et couverts de tuiles. À l'exception du gymnase et du théâtre dont la fonction était trop typiquement grecque pour que leur architecture puisse s'émanciper des modèles méditerranéens, les plans et l'aspect de la plupart des bâtiments sont largement mais librement inspirés de traditions orientales diverses. Le palais, conception architecturale par nature étrangère à la Grèce mère de la démocratie, qui, au centre la ville basse, regroupe sur un espace de 350 mètres sur 250 mètres, en une masse compacte sillonnée de couloirs, tout un ensemble de cours et de bâtiments remplissant une triple fonction administrative, économique et résidentielle, fait appel à une tradition représentée par le palais du Grand Roi de Perse à Suse. Architecture grandiose et sévère malgré l'étalage du décor de colonnes, intransigeante sur l'orthogonalité, éprise de symétrie, peu portée sur la décoration intérieure à laquelle suppléaient tapis et tentures couvrant les murs et les sols, c'est bien là une architecture impériale, qui se veut dominatrice et hautaine, faite pour impressionner plus que pour plaire.

Zeus et Mithra

Rien de grec non plus dans l'architecture religieuse. Les temples sont des édifices massifs, sans colonnade enveloppante, dressés sur de hauts podiums à degrés et dont les murs sont décorés extérieurement de fausses niches encadrées de bords à décrochements. Le Zeus, que l'on adorait dans le plus important d'entre eux, en bordure de la rue principale, et sur l'identité duquel une indication est fournie par le symbole du foudre ailé qui décorait la sandale grecque d'un des pieds conservés de la statue de culte plus grande que nature, avait probablement assimilé certains caractères du dieu solaire iranien Mithra. Au sommet de l'acropole, sur un monumental autel pyramidal à ciel ouvert de briques crues, auquel on accédait par un escalier, se pratiquait un culte sans idole, de caractère purement iranien, dont le feu était la divinité. À l'inverse le panthéon officiel de l'État qui figure sur les monnaies était resté strictement grec. La propension naturelle des Grecs à retrouver leurs propres dieux dans la personne de ceux des panthéons étrangers et l'esprit de large tolérance religieuse qui de ce fait était le leur facilitèrent certainement leur acceptation par les populations conquises.

Une architecture civile « mixte »

D'imposantes demeures patriciennes alignées le long de plusieurs rues parallèles formaient au confluent des deux fleuves le quartier résidentiel de la ville. D'autres, encore plus monumentales, occupaient un faubourg à l'extérieur du rempart Nord. À l'inverse des maisons grecques organisées autour d'une cour intérieure ouverte à tous, c'est, dans ces habitations, la pièce principale qui est en position centrale et autour de laquelle se regroupent les locaux d'habitation. La cour, désormais excentrée, qui prend place devant le corps de logis qui ouvre sur elle par un porche à colonnes, est devenue un espace privé destiné avant tout au maître de maison. Ce dispositif original est l'expression d'une hiérarchisation sociale accrue, caractéristique du phénomène colonial, qui affecte non seulement la cellule familiale, mais qu'on a pu observer également à l'échelle du corps civique dans l'architecture du théâtre, où, en rupture avec l'esprit égalitariste de la cité grecque, que même les monarchies hellénistiques n'ont pas osé enfreindre dans ce type de monument public, des loges spéciales bien voyantes à mi-pente sont réservées aux autorités de l'État. L'héritage grec se manifeste dans la présence dans toutes ces maisons de salles de bain, sans eau courante et où les ablutions se pratiquaient par aspersion. En revanche il n'y a plus, comme en Grèce, de pièces spécialement conçues pour les banquets, au sol mosaïqué, avec le long des murs une bordure surélevée sur laquelle les lits, mis bout à bout, s'alignaient. L'usage du banquet ne s'était certainement par perdu, mais il ne disposait plus d'un espace exclusif.

Un classicisme attardé

L'éloignement des grands foyers culturels que sont alors les royaumes hellénistiques du pourtour méditerranéen – les Séleucides de Syrie-Mésopotamie, les Ptolémées d'Égypte, les Attalides de Pergame, les Antigonides deMacédoine – et l'écran qu'interpose entre eux et les colons d'Asie centrale, à partir du milieu du IIIe siècle, la formation du royaume parthe ne sont sans doute pas étrangers au traditionalisme des arts figurés d'Aï Khanoum où prévaut une sorte de classicisme attardé, qui prolonge la dernière vision de l'art grec que les colons emportèrent avec eux de leurs cités respectives. La sculpture gréco-bactrienne ne fut pas touchée par l'esprit d'innovation qui renouvelle alors dans le monde méditerranéen l'univers des formes plastiques, mais elle eut du moins le mérite de sauvegarder ce qui faisait l'essence de la tradition, la maîtrise technique, la recherche d'un réalisme idéalisé et la science du rendu du corps humain. Les mosaïques, faites d'un semis de petits galets insérés dans un mortier et dessinant des motifs décoratifs réduits à de simples silhouettes bicolores, reproduisent une technique depuis longtemps passée de mode dans les ateliers méditerranéens, dont les compositions, faites d'un assemblage serré de petits cubes de couleur, rivalisent alors avec les effets de la peinture. On doit cependant aux artistes grecs d'Asie centrale l'introduction dans cette région et le perfectionnement d'une technique promise à une longue postérité, celle d'une plastique modelée en argile crue ou en stuc sur armature de bois et tigelles de plomb ; c'est elle, en particulier, qui servira aux artistes du Gandhara pour populariser l'imagerie bouddhique.

Des sites privilégiés, mais en danger

Depuis la fouille d'Aï Khanoum interrompue en 1978 par le coup d'État communiste et la guerre qui a suivi, d'autres sites liés à la colonisation grecque ont été découverts de l'autre côté de la frontière afghane du Nord, sur la rive droite de l'Oxus : Takht-i Sangin avec son temple du dieu Oxus rempli d'ex-voto, le site urbain de Termez, le port fluvial de Kampyr-tepe, à quoi s'ajoutent à Bactres même des restes de colonnes grecques, et plus loin vers le nord, à Samarcande, des sections du rempart de la ville et un grenier à céréales. Bien qu'Aï Khanoum soit devenu, depuis une dizaine d'années, la proie des fouilleurs clandestins qui, non contents de piller les restes dégagés de l'architecture de pierre, bouleversent à coups d'excavations sauvages les zones non encore fouillées, elle reste le lieu privilégié pour l'étude de l'hellénisme d'Asie centrale. N'ayant jamais été réoccupées après le départ précipité en 145 av. J.-C. de leurs occupants, les constructions de la période grecque y affleurent en surface et sont ainsi directement accessibles aux fouilleurs sans qu'ils aient à déblayer au préalable les couches postérieures qui, sur les autres sites, se sont accumulées au-dessus. Terrain de choix pour des recherches sur la nature et l'histoire de l'expansion coloniale grecque en milieu oriental, Aï Khanoum détient aussi certaines des clés qui aideront à comprendre comment l'hellénisme a pu marquer de son empreinte pendant plusieurs siècles les cultures locales qui, de l'Oxus à l'Indus, lui ont succédé. On ne comprendrait pas qu'un site pareil soit encore longtemps laissé en jachère.

Paul Bernard
Septembre 2003
 
Bibliographie
Aux confins de l’Orient barbare, Aï Khanoum, ville coloniale grecque. Alexandre le Grand Aux confins de l’Orient barbare, Aï Khanoum, ville coloniale grecque. Alexandre le Grand
Paul Bernard
In Les dossiers de l’archéologie 1974-5, p. 99-114
Faton, 1974

La vieille route de l'Inde de Bactres à Taxila La vieille route de l'Inde de Bactres à Taxila
Alfred Foucher
Mémoire de la délégation archéologique française en Afghanistan, 1942-1947

L'Orient hellénisé L'Orient hellénisé
D. Schlumberger
1969

Fouilles d'Aï Khanoum, tomes I-VII Fouilles d'Aï Khanoum, tomes I-VII
Paul Bernard et al.
Mémoires de la Délégations archéologique française en Afghanistan, 1973-1992

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