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À la recherche de William Shakespeare (1564-1616)
Gérard Hocmard
Agrégé d'anglais. Délégué général de l'association France-Grande-Bretagne. Past-Président de l'Académie d'Orléans (Agriculture, Sciences, Belles-Lettres et Arts).

Shakespeare est l'auteur universel par excellence, traduit et joué dans le monde entier. Sa notoriété dépasse même le cercle des lettrés et amateurs de théâtre, puisque certaines expressions de lui sont passées comme idiomes ou proverbes dans la langue anglaise, et qu'un certain nombre d'autres, reprises comme titres de livres par des auteurs anglophones, ont fait le tour de la terre, par exemple Brave New World, « Le Meilleur des Mondes », emprunté par Aldous Huxley. Au delà, certains de ses personnages, promus au rang d'archétypes, sont également reconnus par chacun. Qui ne connaît le prénom des amants de Vérone ? Qui n'identifie Hamlet aussitôt qu'apparaît un jeune homme vêtu d'un pourpoint noir, surtout s'il tient un crâne à la main ? Ainsi les personnages de Shakespeare sont répertoriés au patrimoine de l'humanité.

Conjectures et incertitudes

Or, si ses personnages sont célèbres et son œuvre universellement appréciée, Shakespeare lui-même nous reste un inconnu. Nous disposons cependant de beaucoup plus de documents sur lui que sur la plupart de ses contemporains. Mais les éléments dont nous disposons sont parfois contradictoires et, surtout, les recoupements nous font défaut. Nous disposons ainsi de plusieurs portraits traditionnellement considérés comme étant à son effigie sans qu'aucun soit attesté. La représentation la mieux connue, celle qui l'identifie à coup sûr aux yeux du public, ce portrait gravé au visage qui paraît comme un masque posé sur sa collerette et écrase un buste étriqué, est celle qui ouvre l'édition du Folio de 1623. Mais nous ne savons pas si elle est exécutée d'après nature et aucune description donnée par des contemporains qui auraient bien connu Shakespeare, comme Ben Jonson, ne vient recouper les traits reproduits.

Nous sommes également réduits à des conjectures – la plupart du temps avec de bonnes probabilités – là où nous aimerions être en mesure de vérifier l'exactitude ne nos hypothèses. Ainsi, nous voyons Shakespeare tenir le rôle principal à la création de la comédie de Ben Jonson Everyman in His Humour en 1598, cosigner le bail du Globe en 1599 et recevoir du drap rouge pour le défilé du couronnement du roi Jacques Ier en tant que chef de la Troupe du Roi – The King's men – en 1604. Mais nous sommes la plupart du temps contraints de nous rabattre sur la tradition, passablement enjolivée au fil du temps, pour suivre le déroulement de sa carrière d'acteur, en particulier des débuts de celle-ci, et la datation de ses pièces n'est pas sans poser des problèmes.

Le lieu et l'occasion de la création de certaines pièces, La Nuit des Rois devant la Reine, pour Noël, ou Les Joyeuses Commères de Windsor pour la cérémonie annuelle de l'Ordre de la Jarretière, suggèrent des commandes royales. Quelques indices laissent à penser que Shakespeare appartenait à une famille de « récusants », c'est-à-dire de catholiques refusant l'allégeance à l'Église anglicane. Compte tenu des relations qu'on le sait entretenir par exemple avec le comte de Southampton, il ne serait pas absurde qu'il ait fréquenté la mystérieuse « École de la Nuit », qui rassemblait autour de Sir Walter Raleigh les esprits forts du temps. Il a aussi vraisemblablement dû partager la disgrâce de ceux qui avaient, de près ou de loin, trempé dans la Conspiration d'Essex, dans la mesure où le signal du déclenchement avait été la représentation, la veille au soir au Globe, de son Richard II, histoire d'un roi déposé et assassiné, et où Elizabeth avait notoirement capté l'allusion. Nous sommes tentés de lire en filigrane dans les Sonnets une confidence et une histoire sentimentale dont nous n'avons pas les clés. Au regard de ces incertitudes et de ces conjectures, les renseignements glanés au fil des registres d'état civil ou des impôts, auprès des services du Lord Chambellan qui notent les créations de pièces, des libraires qui consignent toutes les nouvelles éditions, ou encore en explorant les archives notariales de Stratford, nous permettent de baliser une vie particulièrement intense.

Une vie intense, une œuvre immense

C'est le 26 avril 1564 qu'est noté, dans le registre paroissial de l'église de la Sainte Trinité à Stratford-upon-Avon, le baptême de « Gulielmus filius Johannes Shakspere ». Il est vraisemblablement né la veille et peut-être le jour-même. Son père est gantier et sa mère, Mary Arden, fille de propriétaires terriens. Ils sont illettrés et signent d'une croix. William est le troisième de huit enfants, premier à survivre. Le père deviendra maire, se verra attribuer des armes parlantes – une lance brandie – avant de voir ses affaires péricliter et de se faire, un soir où il a bu, arrêter pour tapage nocturne.

En 1582, « William Shagspere » épouse Anne Hathaway, du village voisin de Shottery. Il a dix-huit ans, ce qui est précoce pour un marié de l'époque ; elle en a vingt-six, ce qui est tardif pour une épousée du temps. Contrairement à l'usage, les bans n'ont été publiés qu'une fois et, surtout, la licence de mariage a été grattée. Elle avait été accordée la veille à « Wm Shaxpere » pour épouser « Anne Whately, de Temple Grafton »… Six mois après naît une fille, Susanna. Deux jumeaux « Shakspeare » suivront en février 1585, un garçon, Hamnet, qui mourra à l'âge de onze ans, et une fille, Judith.

Le nom du poète ne réapparaît qu'en 1592 dans la diatribe d'un plumitif qui se plaint du succès de ce « corbeau arriviste ». Dès l'année suivante paraît le poème Vénus et Adonis, suivi en 1594 du Viol de Lucrèce, dédié, comme le précédent, au comte de Southampton. En fait, dès ce moment-là, Shakespeare semble s'être fait un nom à Londres, puisqu'il est cité conjointement avec deux autres membres de la troupe du Lord Chambellan, Kempe et Burbage, tous deux acteurs connus, comme ayant reçu vingt livres à titre de gratification pour des « comédies et interludes » joués devant la Reine.

S'ouvre de fait, dès lors, une carrière brillante et féconde qui lui procure apparemment la fortune. Les pièces publiées anonymement à partir de 1594, les première et deuxième parties d'Henry VI, Richard III, Titus Andronicus, Roméo & Juliette, Richard II, paraissent en quartos sous son nom dès 1598, tandis que le chroniqueur Francis Meres cite de lui La Comédie des Erreurs, La Mégère apprivoisée, Les Deux Gentilshommes de Vérone, Peines d'amour perdues, Le Songe d'une nuit d'été, Le Roi JeanLe Marchand de Venise, la troisième partie d'Henry VI et les deux Henry IV. Plusieurs des Sonnets non encore publiés circulent déjà et en 1597, Shakespeare a acheté pour une somme de soixantes livres New Place, deuxième plus importante maison de Stratford si l'on en croit le registre des taxes foncières, avant d'investir en 1598 dans la ferme des impôts.

Pourquoi faut-il que les archives nous indiquent qu'en 1596, William Shakespeare, de la paroisse de Sainte-Hélène à Londres, doit cinq shillings de taxes et, la même année, qu'ait été enregistrée une plainte de William Wayte, malfrat notoire, pour menace de mort de la part de « William Shakespeare, Francis Langley et leurs femmes et complices » ? Qu'en 1597, année de l'achat de New Place, le dramaturge soit signalé comme ayant disparu sans avoir payé les taxes qu'il doit toujours ? Et qu'en 1598, lorsqu'il investit dans la ferme des impôts, il soit recherché à Londres pour dette fiscale cumulée de treize shillings et quatre pence ? 1599 est une année charnière, qui voit l'éditeur Jaggard publier le recueil du Passionate Pilgrim, qu'il attribue à Shakespeare mais dans lequel on ne reconnaît actuellement que le poème de ce nom et quatre sonnets comme étant de sa main. Cette saison-là voit la troupe du Lord Chambellan créer Beaucoup de Bruit pour rien et la dernière pièce historique qu'écrira le poète, Henry V, qui clôt ce qu'on appelle la « seconde tétralogie ». La troupe – « Shakespeare et autres » disent les registres – emménage au théâtre du Globe nouvellement construit, dont le poète est co-exploitant.

Vont suivre alors Julius Caesar, Comme il vous plaira et La Nuit des Rois en 1600, suivis de Hamlet et des Joyeuses Commères de Windsor en 1601, année où meurt John Shakespeare, le père de William et où un métayer des Hathaway signale dans son testament que William et Anne lui doivent quarante shillings. Troilus & Cressida est joué en 1602 et, en 1603, une patente royale signée du nouveau souverain, Jacques VI d'Écosse qui a succédé à la reine Elizabeth sous le nom de Jacques Ier, renouvelle le privilège de produire des pièces au Globe tandis que la Troupe du Lord Chambellan devient Troupe du Roi… En 1604, Shakespeare, dont la présence est attestée dans le quartier de Cripplegate comme locataire d'un chapelier par le fait qu'il devra ultérieurement témoigner à ce titre lors d'un procès, est premier cité sur la liste des « King's Men » devant participer au défilé du couronnement.

Le Globe a donné entretemps Tout est bien qui finit bien, Mesure pour mesure et Othello. En 1605, Shakespeare, qui a achevé Le Roi Lear et Macbeth, investit la somme considérable pour l'époque de quatre cent quarante livres dans la ferme des dîmes de Stratford. Célèbre à Londres, il est dorénavant une sommité locale et, peu après avoir encore écrit Antoine & Cléopâtre et Coriolan en 1606, il va, en 1607, marier sa fille Susanna, apparemment le plus beau parti de la ville, avec le Dr. John Hall, médecin à Stratford.

Alors que vient d'être produit Timon d'Athènes en 1608, Shakespeare prend une participation d'un septième dans l'exploitation du Blackfriars Theatre, théâtre fermé, à l'italienne, situé sur la rive droite de la Tamise, où des représentations peuvent avoir lieu même en hiver, à la différence du Globe, où les séances ont lieu en plein air, de mai à septembre. Déjà, cependant, sa production littéraire, qui est considérable, commence à faiblir. Après la publication en 1609 du livre des Sonnets (cent cinquante quatre en tout) Shakespeare ne donnera plus, la même année, que Périclès, prince de Tyr, puis respectivement Cymbeline, Le Conte d'Hiver et La Tempête au cours de trois saisons suivantes. Comme Prospéro qui, dans cette dernière, jette sa baguette magique et renonce à ses enchantements, il semble que Shakespeare soit las et se préoccupe surtout de la gestion de ses biens. Il achète vingt arpents de terre (soit huit hectares) près de Stratford, va bientôt racheter le vieux poste de garde de Bishopsgate à Londres pour le louer à des commerçants.

Il semble que l'incendie du Globe, le 29 juin 1613 l'ait considérablement affecté. Au cours d'une des représentations du Henry VIII qu'il a écrit en collaboration avec John Fletcher, une balle d'étoupe, tirée par un des canons chargés à blanc pour les besoins d'une des scènes, a enflammé le chaume du toit et le théâtre est détruit. A-t-il été blessé ? L'incendie a-t-il brisé un ressort en lui ? Il écrira encore Les Deux Nobles Cousins, mais encore en collaboration avec John Fletcher, et négociera ses parts lorsque reprendra l'exploitation du Globe reconstruit. Retiré à Stratford, Shakespeare est-il malade pour songer à rédiger son testament, à hâter le mariage de sa fille ? Tandis qu'un premier jet du document est établi fin janvier 1616, il marie Judith à Thomas Quiney début février. Sur la version définitive qui lui est présentée pour recevoir sa signature fin mars, il appose trois fois son nom, d'une écriture peu assurée. Sa fille Susanna est sa principale héritière ; plusieurs amis reçoivent des sommes d'argent pour s'acheter des bagues en souvenir de lui, selon une coutume anglaise qui durera jusqu'au XIXe siècle. Sa femme n'a droit qu'à son « deuxième meilleur lit ». Moins d'un mois plus tard, le registre paroissial de la Sainte Trinité enregistre sa mort le 23 avril 1616. Il est enterré le 25. Sa pierre tombale, à gauche au pied de l'autel, ne porte pas de nom et ne recevra d'inscription qu'au XVIIIe siècle. En revanche, un monument est installé à proximité, en hauteur contre le mur de l'église et le représente rondouillard et chauve, tenant l'emblême de ce pourquoi il est connu localement, le sac de blé qui sied au fermier des dîmes. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle, lorsque l'acteur David Garrick aura inventé le premier festival en donnant à Stratford une semaine de représentations de pièces de Shakespeare que le monument, délabré, sera remplacé par une nouvelle effigie où un Shakespeare à la maigreur plus poétique tient une plume d'oie, qui est depuis changée chaque année en grande pompe le 23 avril.

Hypothèses, fables et mystères...

On voit d'emblée toutes les questions que posent les éléments biographiques dont nous disposons. Indépendamment des questions sur un mariage apparemment précipité et sur des relations conjugales difficiles, nous n'arrivons pas à concilier l'image de l'auteur génial avec celle du fermier des dîmes, celle de l'acteur familier des milieux interlopes avec le notable procédurier du Warwickshire. Pourquoi n'avons-nous aucun billet de sa main ? Pourquoi seulement six signatures, dont trois tremblotées, qui n'autorisent guère à imaginer l'écrivain à la main alerte, auteur, en vingt ans, de cent cinquante quatre sonnets, de deux longs poèmes lyriques et de trente-sept pièces dont la plus courte, Macbeth, est plus longue que Le Cid ? Où a-t-il acquis ce savoir encyclopédique qui suinte de ses pièces, cette connaissance directe de modèles latins, italiens ou français non encore traduits de son temps ? Pourquoi ce silence à sa mort alors que la moindre disparition d'un auteur mineur donne lieu, à l'époque, à une débauche d'élégies, lamentations et odes ? Pourquoi le poète et dramaturge Michael Drayton, patient du Dr. Hall – le gendre de Shakespeare ! – dont nous possédons une correspondance fournie, ne fait-il pas une seule fois allusion à son compatriote de Stratford ? Pourquoi l'épistolier John Chamberlain, qui écrit entre 1598 et 1623 à de multiples correspondants pour les tenir au courant de la vie politique et culturelle à Londres, ne fait-il jamais allusion à lui ? Pourquoi le Compleat Gentleman d'Henry Peacham, paru en 1622 et qui prétend dresser une sorte de palmarès des meilleurs écrivains du temps, ne mentionne-t-il pas Shakespeare ?

Autant de questions auxquelles d'aucuns prétendent, surtout depuis le milieu du XIXe siècle, donner des réponses plus romanesques les unes que les autres. Ceci les amène à poser tous l'hypothèse d'un Shakespeare simple nom de plume et à ferrailler en faveur de tel ou tel candidat qui serait le seul, le vrai auteur génial, fervent d'anonymat pour des raisons diverses… On peut ainsi relever une bonne cinquantaine de noms à qui d'aucuns ont voulu successivement ou simultanément attribuer la paternité des œuvres de Shakespeare.

Il n'est bien sûr pas possible de toutes les examiner dans le cadre de cet article, mais un échantillonnage donnera une idée des hypothèses qui ont été avancées.

Sir Francis Bacon, chancelier d'Angleterre a longtemps été tenu pour le plus probable des Shakespeares. La raison en était toute trouvée : il était impossible à l'homme d'État de commettre sous son propre noms œuvres théâtrales et sonnets, tandis qu'il pouvait sans déroger signer des essais moraux et politiques. Outre que les dates ne concordent pas tout à fait, et même si Bacon est un grand styliste, le style de ses écrits, justement, est difficilement conciliable avec celui de Shakespeare et la chose est confirmée par l'analyse rigoureuse du vocabulaire, des distributions de mots, des cadences que permet dorénavant l'informatique.

Les dates ne concordent pas ? Qu'à cela ne tienne : Marlowe, né la même année que l'homme de Stratford et disparu en 1593 alors que se lève l'étoile de Shakespeare, est évidemment l'auteur des pièces attribuées à ce dernier. Son assassinat commandité par le chef du service secret de la reine n'était peut-être après tout qu'une mise en scène. Il se sera fait un peu oublier avant de reparaître sous une nouvelle identité pour connaître à nouveau la gloire avec ses pièces. Pourquoi ne pas imaginer, pendant qu'on y est, qu'il s'est fait refaire le visage par un chirurgien brésilien ? L'hypothèse ne peut séduire que les aficionados de James Bond, ce qu'était Kit Marlowe en son temps. Comment imaginer en effet qu'avec le bruit qu'avait fait son assassinat, les contemporains ne l'auraient pas reconnu sous sa perruque et son masque de Shakespeare ? Oui, mais justement, si on regarde bien le célèbre portrait gravé qui figure en frontispice du Folio de 1623, on ne pourra pas manquer de trouver que le visage fait penser à un masque, qu'il paraît posé sur un buste trop étroit d'épaules, comme pour indiquer que l'auteur s'avance masqué…

Et si Shakespeare était le nom de plume commun à une série d'auteurs qui, pour des raisons diverses, n'auraient pas souhaité, ou pas pu, signer de leur nom ? En d'autres termes, quid d'une création collective ? D'un Shakespeare prédécesseur du mathématicien Bourbaki, lequel comme chacun sait, était en fait un groupe de mathématiciens et logiciens ? Ici encore, l'analyse informatique du style est impitoyable : les trente-sept pièces, les poèmes lyriques et les sonnets sont d'une seule et même plume. Reste le cas du comte d'Oxford, qui l'emporte de loin sur les autres candidats « aristocratiques » que sont les comtes de Rutland et Derby. Les dates de sa vie ne constituent pas un obstacle, il est l'auteur de bons sonnets et a une certaine réputation à la cour où il est surnommé « le porte-lance » – tiens, tiens, la traduction quasi littérale de shake spear ! Mais surtout, lorsqu'on a retrouvé sa Bible, il y a une vingtaine d'années, on y a trouvé un certain nombre d'expressions ou d'images soulignées, dont une soixantaine figurent justement dans l'œuvre de Shakespeare. Étrange, certes, mais est-ce assez pour lui attribuer cette dernière ? On peut renverser le processus et imaginer que l'homme de goût qu'était Oxford ait pu remarquer l'utilisation faite par le dramaturge de certains passages et les annoter dans sa Bible.

En fait aucune des hypothèses avancées n'apporte d'élément suffisant à emporter la conviction. Si encore elles étaient toutes sérieuses ! Mais il faut savoir que tous les Shakespeares ne sont pas britanniques, car le débat franchit les frontières. Des Allemands ont avancé qu'il pourrait avoir eu un ancêtre du nom de Sigisbert, dont la sonorité se serait transformée dans les gosiers anglais, à moins qu'il ait été juif, descendant d'un négociant qui aurait pris pour nom patronymique celui de sa ville d'origine, Schachsburg, corruption d'Isaacsburg, et serait venu s'installer en Warwickshire. Certains Français en tiennent pour un ancêtre appelé Jacques Père, dont le nom, prononcé à l'anglaise en faisant sonner toutes les consonnes… Le colonel Kadhafi, quant à lui, a affirmé que Shakespeare ne pouvait qu'être arabe, son nom étant une déformation de Sheikh Zubaire, qui veut dire « grand chef » aussi sûrement que cacaracamouchen veut dire « ma chère âme » en turc moliéresque. Pas plus tard qu'en l'an 2000 est parvenue la nouvelle, annoncée par un professeur italien, que le dramaturge était en fait né Michelangelo Florio Crollalanza à Messine, s'était réfugié à Londres pour fuir l'Inquisition et, une fois là, avait anglicisé son patronyme, qui signifie « porte-lance » en… Shakespeare. Élémentaire, mon cher William !

On peut rire de toutes ces élucubrations, mais elles en disent long sur la fascination qu'exerce Shakespeare à travers la planète. Le mystère de sa personnalité reste un des plus lancinants qui soient et les tentatives d'arraisonnement culturel mentionnées ci-dessus n'apparaîtraient pas s'il s'agissait d'un auteur de second rayon. Elles sont en fait autant d'hommages.

Gérard Hocmard
Mai 2005
 
Bibliographie
Shakespeare Shakespeare
Gerard Hocmard
Thèmes et documents
Ellipses, Paris, 2000

Oeuvres complètes Oeuvres complètes
William Shakespeare
Robert Laffont, Paris, 2002
Edition bilingue, français-anglais
Tragédies. édition sous la direction de Jean-Michel Deprats Tragédies. édition sous la direction de Jean-Michel Deprats
William Shakespeare
édition sous la direction de Jean-Michel Deprats
La Pléiade
Gallimard, Paris, 2002

Shakespeare, Les Feux de l'envie Shakespeare, Les Feux de l'envie
René Girard
Grasset, Paris, 1990

Shakespeare et l'invention de l'histoire Shakespeare et l'invention de l'histoire
Dominique Goy-Blanquet
Le Cri, Bruxelles, 1997

Shakespeare de A à Z,ou presque... Shakespeare de A à Z,ou presque...
Michel Grivelet, Marie-Madeleine Martinet et Dominique Goy-Blanquet
Aubier-Montaigne, Paris, 1988

Shakespeare, le Théâtre du monde Shakespeare, le Théâtre du monde
Marie-Thérèse Jones-Davies
Balland, Paris, 1987

Temps et vision tragique, Shakespeare et ses contemporains Temps et vision tragique, Shakespeare et ses contemporains
Gixèle Verret
Presses de la Sorbonne nouvelle, Paris, 1985

Shakespeare Shakespeare
Michèle Vignaux
Les Fondamentaux
Hachette, Paris, 1998

Oeuvres complètes. édition sous la direction d'Henri Fluchère, 3 volumes Oeuvres complètes. édition sous la direction d'Henri Fluchère, 3 volumes
William Shakespeare
édition sous la direction d'Henri Fluchère, 3 volumes
La Pléiade, Paris, 1959

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