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Les Coptes, chrétiens de la vallée du Nil
Irénée-Henri Dalmais

Professeur honoraire à l'Institut supérieur de Liturgie
de l'Institut catholique de Paris

« Copte », à l'origine signifie tout simplement « égyptien ». Depuis l'époque islamique ce terme, élaboré à partir du grec « Eguptes » par le biais d'une transcription arabe « al Coht », désigne surtout le chrétien égyptien, et plus particulièrement celui qui appartient à l'Église égyptienne. À partir du Ve siècle, celle-ci affirme sa spécificité, proclamant sa complète autonomie tant à l'égard de l'Église « impériale » (melkite) – considérée comme inféodée à l'Empire byzantin – que des décisions promulguées par le concile de Chalcédoine. Pour comprendre cette situation, nous nous sommes adressés au père Dalmais, éminent spécialiste du christianisme d'Orient.

La communauté chrétienne d'Alexandrie

Selon une tradition transmise au moins depuis le début du IVe siècle, la parole du Christ aurait été annoncée à Alexandrie par saint Marc, disciple et interprète de saint Pierre. Alexandrie, « proche de l'Égypte » selon l'expression du géographe Strabon, était une cité cosmopolite de culture grecque, créée dans les dernières décennies du IVe siècle avant notre ère par le conquérant macédonien Alexandre. Elle comptait parmi d'autres, et depuis longtemps, une importante communauté juive hellénisée. C'est vraisemblablement à partir de celle-ci que se constitua une communauté chrétienne. Nous ignorons par quelles voies, avant le IVe siècle, cette évangélisation pénétra les populations de langue égyptienne ou « copte ». À Alexandrie en tout cas, on l'observe dès le dernier tiers du IIe siècle. La cité est alors l'un des plus brillants foyers de l'hellénisme, notamment dans le domaine de la philosophie du courant dit néoplatonicien. Elle devient dès cette époque un centre exceptionnel de réflexion théologique chrétienne. Quelques personnalités jouent un rôle de premier plan dans le développement de la pensée chrétienne « orthodoxe » – certaines de ses expressions dites gnostiques devant être rapidement récusées par la « grande Église ». Une grande partie des enseignements de Clément d'Alexandrie nous est parvenue alors que nous ne connaissons à peu près rien de Pantène, considéré comme l'un de ses initiateurs. Du premier nous possédons en particulier ses Stromates (tapisseries) qui développent quelques thèmes fondamentaux d'une « gnose véritable » selon l'expression de son aîné saint Irénée. Origène apparaît plus important encore. Longtemps suspect en raison de certaines hypothèses aventureuses, il ne cessera pourtant de s'imposer comme l'un des interprètes majeurs des Écritures, et plus particulièrement de l'Évangile johannique, texte très tôt privilégié dans la tradition alexandrine. Son traité Des Principes expose l'une des premières synthèses de la théologie chrétienne. Plus tard, aux IVe et Ve siècles, Alexandrie apporte des contributions de première importance aux formulations de la dogmatique chrétienne, d'abord par le biais de son évêque saint Athanase, puis de saint Cyrille. Si importants qu'aient été l'influence du christianisme alexandrin et son rayonnement à travers tout le monde chrétien, force est toutefois de reconnaître que cette ligne spéculative ne sera pas la plus caractéristique du christianisme égyptien.

Le monachisme, une nouvelle forme de vie chrétienne

Il apparaît en Égypte dès la première moitié du IVe siècle, et même sans doute avant la fin du IIIe siècle au temps des persécutions de Dioclétien et de Galère – en grec monachos signifie « solitaire » et plus particulièrement « célibataire ». Cette forme de vie, qui existait sans doute depuis les origines parmi les chrétiens, n'entraînait alors pas de rupture avec la société. En Égypte au contraire, où monachisme signifie « solitude au désert », l'éloignement s'impose, à des distances d'ailleurs toujours limitées. La figure d'Antoine s'y affirme comme représentative du moine. Sa Vie, rédigée par l'évêque d'Alexandrie saint Athanase qui a été son ami, le fait connaître dès le lendemain de sa mort (en 357) à travers tout le monde chrétien d'expression grecque, latine ou araméenne. Après avoir mené durant de longues années une vie solitaire dans le delta du Nil puis dans une région désertique, il accepta de voir des disciples se grouper autour de lui. Ce noyau est à l'origine du monastère Saint-Antoine, lequel n'a jamais cessé d'exister et connaît aujourd'hui un extraordinaire renouveau. À côté d'Antoine, il importe d'évoquer deux autres types du « moine » égyptien : Pacôme son contemporain, considéré comme l'initiateur de la vie communautaire (cénobitique) en Haute-Égypte (Thébaïde), et Macaire, qui fut disciple d'Antoine avant de s'enfoncer dans le désert de Skété, près du wadi Natrun, à mi-chemin entre Le Caire et Alexandrie. Sur son tombeau s'élèvera le monastère de Saint-Macaire (Abu Makar) qui fut, durant plusieurs siècles, la résidence des patriarches coptes et reste présentement le plus important des monastères coptes.

Plusieurs siècles de controverses théologiques

C'est à partir de ces fondations monastiques, et pour une large part sous leur influence, que les masses de fellahs sont christianisées. Ancrés dans les coutumes et les traditions de l'ancienne Égypte, ils demeurent fidèles à la langue traditionnelle qui adopte l'alphabet grec pour devenir le copte.

Pour la doctrine, l'influence alexandrine ne cesse de s'affirmer. L'évêque saint Athanase, canonisé par le concile de Nicée en 325, avait été l'invincible champion des formulations fondamentales de la foi chrétienne. Un siècle plus tard, son successeur saint Cyrille (mort en 444) en explicite un aspect christologique, dans la ligne johannique familière aux Alexandrins depuis Origène. Il défend « l'unique nature incarnée » du Christ, Fils et Verbe de Dieu, acclame – en une expression typiquement égyptienne – la Vierge Marie comme Mère de Dieu et fait condamner Nestorius, patriarche de Constantinople, au concile d'Éphèse (431). Ces controverses théologiques et ces condamnations s'inscrivent malheureusement dans un contexte politique et militaire toujours plus difficile.

L'Empire romain est alors réduit à un Empire byzantin en tension perpétuelle avec l'Empire perse. L'Égypte, province romaine grenier de l'empire, en subit les conséquences : pression fiscale de plus en plus lourde, conscription des jeunes générations. La tentative impériale de faire accepter au concile de Chalcédoine de 451 une formulation christologique – élaborée au synode romain par promulguée comme loi d'empire et expression authentique de la « foi orthodoxe », elle est considérée en Égypte – et pour une part dans le domaine syrien – comme incompatible avec la formulation que saint Cyrille a fait canoniser par le concile d'Éphèse. C'est à proximité des grands monastères, et en particulier de celui de saint Macaire de Scétée au wadi Natrun – lequel devient d'ailleurs la résidence habituelle de son patriarche interdit à Alexandrie – que cette formulation est majoritairement récusée. La langue égyptienne, le copte, devient alors la langue officielle du patriarche.

L'Église copte et l'islam

La conquête de l'Égypte par les Arabes islamisés lui reconnaît le droit à l‘existence et à une relative autonomie dans le statut de dhimmi, de « protégé ». Rongée par les conversions à l'islam, souvent pour des raisons d'allégement fiscal autant que par l'ignorance de la spécificité chrétienne, la chrétienté demeure cependant longtemps majoritaire en Égypte, sans doute jusqu'au XIIIe siècle. Son existence est même pour une part favorisée aux temps de la dynastie fatimide, de confession chi'ite (969-1171) et de la dynastie ayyoubide inaugurée par Saladin (1169-1250). Elle peut alors fixer son organisation et sa liturgie, en collaboration avec l'Église syrienne « jacobite », qui connaît son âge d'or et dont elle partage l'expression de la foi. C'est dans ces conditions que voient le jour, non seulement les textes liturgiques en usage jusqu'à présent, mais aussi de grandes encyclopédies théologico-liturgiques et une Histoire des patriarches. Les témoignages de la tradition et de la spiritualité monastique prennent leur forme définitive ; depuis, ils ne cessent de nourrir et de fortifier la foi et la prière de la chrétienté copte. Il en va autrement avec la prise de pouvoir des Mameluks (1250-1517) qui sont incorporés par Selim Ier dans l'Empire turc des Ottomans. Leur puissance oligarchique est brisée par l'expédition de Bonaparte dans les dernières années du XVIIIe siècle et surtout, depuis 1811, par l'œuvre réformatrice de Méhémet Ali. Grâce à lui et à ses successeurs, un régime plus libéral s'établit en Égypte. À partir du milieu du XIXe siècle, l'influence occidentale s'impose de plus en plus et gagne peu à peu l'Église copte. Au début du XXe siècle, un Copte, Boutros Ghali, devient même premier ministre. Grâce à son intervention un patriarcat copte-catholique est créé en 1895, groupant une petite communauté d'Égyptiens coptes qui ont renoué avec l'Église catholique. Une Église copte évangélique prend également naissance autour d'un collège fondé par des presbytériens. Mais c'est surtout depuis l'avènement du patriarche Kyrillos VI (1959-1971) – plus tard canonisé par la voix publique – puis de son successeur Chenouda III (depuis 1971) que la communauté copte connaît un renouveau exceptionnel, malgré la montée de l'islamisme, non seulement dans le domaine catéchétique mais, plus encore, dans le monachisme.

Irénée-Henri Dalmais
Décembre 2000
 
Bibliographie
Les Liturgies d'Orient Les Liturgies d'Orient
Irénée-Henri Dalmais
Le Cerf, Paris, 1980

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